VIDEO Au fil des ans, le blairisme a exercé un attrait, souvent inavoué, en dehors du royaume, notamment en France.(Le Monde + Youtube, 12/05/2007)

Publié le par François Alex

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Le legs de Tony Blair

 

Tout homme d'Etat réformiste rêve d'imprimer sa vision dans la réalité, et de laisser en héritage un pays transformé selon ses vœux. Margaret Thatcher y avait réussi à sa manière, pour le meilleur et pour le pire. Tony Blair n'y est qu'en partie parvenu, avant de perdre dans le naufrage irakien la confiance qui scellait son contrat avec le peuple britannique et légitimait son entreprise novatrice. 

TonyBlair.jpgPour inaccompli qu'il soit, le legs de M. Blair impressionne. Dans de nombreux domaines, le chef du New Labour a imaginé, stimulé ou accompagné la modernisation de la vieille nation qui, en quête désespérée d'un nouveau leadership, s'était électoralement donnée à lui lors du triomphe travailliste de 1997. Avec l'aide de son ami, devenu rival, et désormais plus que probable successeur, Gordon Brown, il a fait fructifier les bienfaits économiques reçus des conservateurs. Les dix années de règne de M. Blair resteront synonymes de croissance soutenue, d'inflation maîtrisée, de chômage vaincu.

Tony Blair a modifié le cadre institutionnel du royaume en accordant une réelle autonomie à l'Ecosse et au Pays de Galles, avant de réussir la mission longtemps jugée impossible de réconcilier, pour qu'ils gouvernent ensemble, les ennemis jurés d'Irlande du Nord. Tacticien brillant, négociateur inlassable et communicateur hors pair, ce politicien chaleureux et optimiste avait, comme chef de l'opposition, métamorphosé son parti, en mettant fin à sa dérive dogmatique et suicidaire. Une fois au pouvoir, vainqueur à trois reprises des élections générales, il a rétabli la réputation gestionnaire du Labour et l'a promu à nouveau comme "parti naturel" de gouvernement.

En ancrant le travaillisme résolument au centre, en ralliant les classes moyennes à son projet, à la fois libéral et social-démocrate, de réforme des services publics, M. Blair a obligé ses adversaires conservateurs à se renouveler. En ce sens, le jeune chef de la droite, David Cameron, peut être tenu pour le véritable dauphin du premier ministre sortant. Au fil des ans, le blairisme a exercé un attrait, souvent inavoué, en dehors du royaume, notamment en France.

M. Blair eut ses faiblesses : une trop grande confiance en soi, une tendance à surestimer son influence, un goût prononcé pour la fréquentation des riches ou des célébrités. Il a subi de sérieux échecs : le rendez-vous raté avec l'euro, la réforme inachevée de la Chambre des Lords ou celle, reportée, des retraites, l'accroissement des inégalités, la persistance de zones de pauvreté. Et, bien sûr, le fiasco irakien, qui l'a contraint à un départ prématuré. A cela s'ajoute l'inévitable usure au bout de dix années de pouvoir. Reste à savoir si le verdict de l'Histoire sera plus clément pour M. Blair que celui, aujourd'hui plutôt sévère, de ses compatriotes.

LE MONDE | 11.05.07 | 11h04

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