Elle souffrira toujours de son manque de sincérité. Sur la grande muraille, elle salue la Chine et sa justice. A Nantes hier, elle la condamne. (Jean-Pierre Raffarin, Parisien, 17/08/08)

Publié le par François Alex

SÉNATEUR de la Vienne et vice-président de l’UMP, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin sera candidat en octobre à la présidence du Sénat. Il a choisi comme thème vendredi prochain, au Futuroscope de Poitiers de son troisième séminaire annuel d’été : « La Chine vue de l’Inde ».

Le conflit Russie-Géorgie ne se solde-t-il pas d’ores et déjà par un échec spectaculaire des Américains qui aidaient tant la Géorgie pro-américaine et par un succès de Moscou qui vient de rappeler que rien n’est possible sur le continent contre eux ?


Jean-Pierre Raffarin. Cette guerre contient les germes d’un conflit durable. L’avantage russe d’aujourd’hui peut se retourner. L’ONU n’a pas encore finalisé sa position. Et les Américains n’ont pas dit leur dernier mot. Nicolas Sarkozy a réussi trois performances : il a imposé la priorité du cessez-le-feu ; il a imposé le rôle de l’Europe ; il est parvenu à maintenir le fil de la confiance avec les Américains. Il est clair que les Etats-Unis sont entrés dans une période de recul due à l’incertitude électorale. Progressivement, Georges Bush quitte la scène internationale. Ses tournées d’adieu ne font qu’amplifier son retrait.

Nicolas Sarkozy, agissant en tant que président de l’Union européenne, ne s’est-il pas montré trop compréhensif avec la Russie, comme le dit aujourd’hui une partie des pays de l’Est européen ?

Je ne le pense pas car la priorité du cessez-le-feu était à ce prix. Je rappelle que les négociations ont commencé par la recherche de l’accord avec les Géorgiens. Les négociations seront sans doute longues. Nicolas Sarkozy, en un an, a conquis une manifeste stature internationale. Ainsi il veillera durablement aux équilibres.

« En Chine, le retour du petit livre rouge est impossible »


Que répondez-vous à Daniel Cohn-Bendit qui, dimanche dernier dans nos colonnes, assurait que les JO de Pékin, c’était peut-être pire que les JO de Berlin en 1936 ?

C’est ridicule. Daniel Cohn-Bendit est un provocateur professionnel. Il utilise l’actualité contre l’histoire. La Chine n’a fait la guerre dans son histoire que pour se défendre des invasions. Le patriotisme chinois n’est pas expansionniste. Cohn-Bendit fait partie des soixante-huitards qui regrettent l’ouverture de la Chine sur le monde. C’est un nostalgique de Mao. Dans la Chine du XXI e siècle, le retour du petit livre rouge est impossible.

Comment expliquer avec le recul la passivité des autorités françaises au moment du passage de la flamme olympique à Paris, attitude que vous avez été chargé d’essayer de faire oublier aux Chinois ?


Les autorités françaises ont été surprises par la détermination des manifestants. Cela a créé des inquiétudes chez les dirigeants chinois et des incompréhensions dans la population. Les Occidentaux ignorent trop souvent qu’il y a maintenant une opinion publique chinoise qui réagit de manière indépendante des pouvoirs politiques. Cette opinion publique souhaite le succès des JO et ne comprend pas ceux qui s’y opposent.

L’échec de Laure Manaudou à Pékin comporte-t-il, à vos yeux, des leçons pour tous ?


En sport, la défaite est dure, mais n’est pas grave. Ce n’est pas la guerre. C’est dans les défaites que se forgent les caractères. La gloire est parfois trop douce. La France porte en son histoire la valeur première de l’humanité : la résistance. J’ai confiance dans les ressources humaines de Laure.

Le socialiste Jean-Louis Bianco ancien secrétaire général de l’Elysée du temps de François Mitterrand juge que la France se comporte « comme une carpette » face à Pékin…

Ces propos sont inutilement offensants, donc dérisoires. C’est surprenant de la part de quelqu’un qui a fréquenté à l’Elysée des hommes d’Etat. J’ai assisté le 8 août à Pékin à l’entretien du président français et du président chinois. Je le dis en conscience : pour les valeurs de notre République, Nicolas Sarkozy a fait honneur à la France.

Le dalaï-lama a dit mercredi aux parlementaires français réunis au Sénat que la répression au Tibet était « dure et féroce ». Vous que l’on présente comme un prochinois, ce propos ne vous inquiète-t-il pas ?


La paix du monde ne se fera pas sans la Chine. Là est la raison de mon intérêt pour l’Asie. La réception par les parlementaires expression du pluralisme n’était pas critiquable. En revanche, je crois que la politisation de la visite pastorale du dalaï-lama ne sert pas nécessairement les intérêts du peuple tibétain. Les Tibétains ne gagnent pas à être otages d’un rapport de force tendu entre la Chine et l’Occident.

Comment avez-vous réagi lorsque votre collègue Gérard Larcher, juste avant le début des JO, a officialisé, dans « Paris Match », son intention de se porter candidat contre vous à la présidence du Sénat ? Qu’est-ce qui vous différencie ?


Gérard Larcher et Philippe Marini ont tous les deux annoncé leur candidature. Elles sont également légitimes. En ce qui me concerne, je veux donner la priorité à l’échéance collective du 21 septembre jour de l’élection des sénateurs sur l’échéance individuelle du 1 e r octobre jour de l’élection du président du Sénat. Christian Poncelet et Jean-Claude Gaudin sont d’accord avec moi sur ce point. Pour le débat, je proposerai en septembre une contribution pour « un nouveau Sénat ». Les institutions de la France ont maintenant besoin d’un « Sénat libre ». Ce projet sera fondé sur mon expérience d’élu local, de responsable national et d’acteur international. Ma différence, c’est ma conviction pour la France : le Sénat doit réussir la rencontre du local et du mondial. Là est sa modernité.

« Ségolène Royal part au Tibet. Quel camp son opportunisme choisira-t-il ? »


Considérez-vous que l’UMP fonctionne actuellement de façon efficace et équilibrée ?


L’UMP est sortie des débats sur la Constitution rassemblée et confortée. Je suis l’un des fondateurs avec Jacques Chirac, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy de notre mouvement, et je tiens pour fondamental sa vocation de rassemblement. Il faut toujours veiller à l’équilibre de l’unité et de la diversité. Nicolas Sarkozy est particulièrement attaché à cet équilibre.

Comment expliquer que l’affaire des chargés de mission de la Ville de Paris qui vient d’amener les juges à entendre Claude Chirac n’ait toujours pas été réglée en 2008 alors qu’elle date d’avant 1995, quand Jacques Chirac n’était que maire de Paris ?


Jacques Chirac a assumé ses fonctions avec désintéressement. Ces affaires, très politiciennes, n’ont plus de sens car leur objectif écarter Jacques Chirac du pouvoir est devenu caduc.

Est-il important que les socialistes se dotent au plus vite d’un chef ? De votre point de vue, qui serait, pour vous, le plus « dangereux » ?


Il faut en effet un leader au PS. Ségolène Royal n’a pas réussi à s’imposer après sa campagne présidentielle. Elle souffrira toujours de son manque de sincérité. Sur la grande muraille, elle salue la Chine et sa justice. A Nantes hier, elle la condamne. Maintenant, elle part au Tibet. Quel camp son opportunisme choisira-t-il ? En tout cas, la nouvelle autorité au PS sera fondée sur la compétence et la sincérité. A ce jour, Martine Aubry a sans doute, pour le PS, le meilleur profil.



L’INVITÉ DU DIMANCHE : JEAN-PIERRE RAFFARIN

L'étonnant soutien de Raffarin à Martine Aubry

Propos recueillis par Dominique de Montvalon | 17.08.2008, 07h00

Le Parisien

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