Quand, en mars 2006, Royal s'intéresse à la flexibilité made in Britain, le blairisme a cessé d'être un modèle, au profit des pays scandinaves (Libération, 11/05/2007)

Publié le par François Alex

 

Le PS toujours pas au clair avec Blair

 

Les socialistes se divisent sur le bilan du Premier ministre britannique, aujourd'hui à Paris, qui quittera le pouvoir le 27 juin.

TonyBlair.jpgDix ans et trois victoires consécutives plus tard, Tony Blair s'en va. Le Premier ministre britannique a officialisé hier un départ qui sera effectif le 27 juin. Son règne s'achève au moment où commence en France celui de Nicolas Sarkozy, qui a souvent pris un malin plaisir à tenter de s'approprier cette référence, et qui le rencontrera aujourd'hui. Et au moment où la gauche française vient de subir son troisième échec consécutif à l'élection présidentielle. Le PS, lui, a souvent été gêné aux entournures par un Tony Blair dont l'action ne répond pas franchement à ses canons. Hier encore, l'annonce de son retrait n'a pas suscité le moindre commentaire officiel de ses camarades français. Certes, encore sonnés par la défaite de Ségolène Royal, les dirigeants du PS avaient d'autres chats à fouetter. Mais le silence a une autre explication : l'envie d'oublier au plus vite un homme dont le seul nom les renvoie à leurs propres atermoiements stratégiques et programmatiques. Depuis son arrivée au 10 Downing Street, il y a dix ans, presque jour pour jour, le Premier ministre britannique n'a pas cessé d'être l'objet d'une véritable phobie de la part des socialistes français, phobie derrière laquelle a pu poindre, par intermittences, un soupçon d'envie.

Grand bruit. Dernier avatar de cette ambivalence : l'attitude de Ségolène Royal. Lorsqu'en février 2006, elle tente de rompre la mise en quarantaine du blairisme et affirme, au Guardian, que Tony Blair «a obtenu de vrais succès en recourant à plus de flexibilité et plus de sécurité», elle ouvre une brèche. La déclaration fait grand bruit et contribue à donner de la candidate l'image d'une personnalité émancipée des règles non écrites du PS.

Tony Blair quittera le pouvoir le 10 juin,
 où il sera resté dix ans. (REUTERS)

Mais le propos reste sans suite et, à quelques jours du premier tour, François Hollande affirmera benoîtement, au Timesque si la candidate ne s'est pas rendue à Londres durant sa campagne, c'était non à cause d'un désaccord de fond, mais «parce ce qu'on nous aurait accusés d'être trop proches de Blair» . Un seul responsable socialiste, le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel (lire ci-contre), revendique haut et fort le modèle blairiste depuis de nombreuses années...

Globalement, reconnaît Pierre Moscovici, ancien ministre chargé des Affaires européennes et secrétaire aux relations internationales du PS, «tout ce qui venait de Blair a été diabolisé». Il est vrai que l'intéressé y a mis du sien. Le soir de son élection, en 1997, craignant d'apparaître trop proche d'une gauche française archaïque, il refusa de prendre Lionel Jospin au téléphone ; lequel le lui rappela, un mois plus tard, lors de sa propre victoire électorale. Par la suite, il ne put s'empêcher de faire la leçon aux socialistes français, en leur expliquant par exemple, dans un discours devant les députés français, que seul «ce qui compte est ce qui marche» . Façon de se démarquer d'une supposée rigidité dogmatique du PS.

Pâli. Si Tony Blair est resté jusqu'au bout, vu de la rue de Solférino, le méchant loup libéral, le paradoxe veut que son étoile ait singulièrement pâli entre temps. Son alignement sur l'Amérique de George Bush dans la crise irakienne a détourné de lui une bonne partie des réformistes de gauche européens. Sa réussite économique elle-même ne fait plus consensus.

Quand, en mars 2006, Royal s'intéresse à la flexibilité made in Britain, le blairisme a cessé d'être un modèle, au profit des pays scandinaves dont les solutions semblent plus prometteuses. Au reste, économie de services privée d'industrie mais assise sur une rente linguistique ­ l'anglais ­, qui lui permet d'attirer les activités financières, les grandes fortunes et les sièges des multinationales, l'exemple britannique n'a que peu de points communs avec la situation française. Le système électoral à un tour, qui rend impossible l'émergence d'une force à la gauche du Labour mais se traduit par une forte abstention dans les circonscriptions populaires, est un autre facteur invalidant la référence à une voie blairiste pour la recomposition de la gauche française.

Pour autant, l'inventaire du blairisme vu de France reste à faire. «L'étude du blairisme a été plus symbolique que réelle. C'est une expérience du pouvoir qui mérite d'être regardé de plus près», confie le député européen Vincent Peillon. «Il faut prendre ce qui a fonctionné, estime Moscovici. Blair est arrivé au pouvoir après dix-huit ans de conservatisme et grâce à un travail de refondation théorique, de reconnexion avec les citoyens, de communication, indispensables à un parti moderne. Il ne s'agit pas aujourd'hui pour le PS de se recentrer, mais de faire preuve de professionnalisme et d'ambition et de trouver le moyen d'être en phase avec la société. Le blairisme n'est pas exportable, mais sa cohérence, sa clarté et sa vision stratégique peuvent nous inspirer.» Le blairisme comme art politique, en somme.

Bionet Il y a peu
de resemblance entre l'esprit anglo-saxon et l'esprit latin des Français que je trouve plus proche de l'esprit Italien. Luxe, farniente et bordel organisé.... Vendredi 11 Mai 2007 - 16:46
manue m
Pour Emmanuel.... Emprun sur 50 ans... 4 boulots pour rembourser....la c'est un peu exagere... OK les gens empruntent mais c'est le pays d'Europe ou il y a le plus de proprietaires! Les prix de l'imm... Vendredi 11 Mai 2007 - 16:46
coco taux de chômage ou taux d'emploi
Peut-être devrait-on comparer le taux d'emploi des personnes en âges de travailler, ce qui évitera les querelles statistiques sur le chômage (la bonne planque habituelle des anti-libéraux)... ... Vendredi 11 Mai 2007 - 16:46
manue m
Comme partout il y a du mieux et du moins bien dans les deux pays mais trop de francais ont une vision negative de la Grande Bretagne qui est fausse. Je suis revenue en France pendant 1 an et j'ai mis... Vendredi 11 Mai 2007 - 16:46
Renedupont nivellement simpliste
Les inegalites en Angleterre sont abominables! Les riches sont richissime et les pauvres sont, eh bien, pauvre. En France, les riches sont pas si riches (ou alors ils partent) et les pauvres sont, eu.... Vendredi 11 Mai 2007 - 15:23
fred pour sylvainp (fin)
j'ai oublié de mettre ma conclusion .....!!:-(( je ne dis pas que la france est mieux ou l'angleterre moins bien .... simplement que ce sont deux systemes tellement éloignés l'un de l'autre , que... Vendredi 11 Mai 2007 - 15:23
manue m
Moi j'habite en Ecosse depuis 9 ans et je suis d'accord avec Sylvainp et sugarfree. Et arretez toujours de critiquer le systeme de sante britannique! Le systeme francais n'est qu'une illusion. En GB... Vendredi 11 Mai 2007 - 15:23
Alex31 Le PS doit évoluer avec des nouveaux!
Les désaccords, et surtout les haines sont si fortes, si exacerbées au Parti socialiste que ses dirigeants ne peuvent plus se parler ni même se regarder sans se blesser.... Vendredi 11 Mai 2007 - 15:23
Emmanuel et la qualité de vie?
L'Angleterre arrive dernière en terme de qualité de vie des 26 pays développés (étude UNICEF). On y emprunte sur 50 ans pour être propriétaire et on prend 4 boulots pour rembourser pendant que ... Vendredi 11 Mai 2007 - 15:23
sylvainp Au lieu defaire des generalites
Pourquoi tout mettre a la poubelle comme vous le faites, au lieu d'avouer que certaines choses fonctionnent bien ? Vous haissez la GB à ce point ? J'ai juste une question concrete et qui prouve qu... Vendredi 11 Mai 2007 - 15:22
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Publié dans MODELE ANGLO-SAXON

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