Si on ne donne pas au sein du Parti socialiste l'exemple d'une grande fraternité, notre candidat risque de sortir de ce processus interne affaibli. (Le Monde, 06/09/2006)
LE MONDE | 05.09.06 | 13h57 • Mis à jour le 05.09.06 | 13h57
En affichant depuis plusieurs semaines le spectacle de ses divisions, le PS ne fait-il pas le jeu de Nicolas Sarkozy ?
Les militants, aujourd'hui, sont malheureux. Ils voudraient que leurs chefs se rassemblent rapidement. Les paroles qui dépassent parfois la pensée qui sont échangées au sein du Parti socialiste servent la droite. Puisque la droite les reprend. (...) Il faut que les choses se passent le mieux possible avant le vote. Si on ne donne pas au sein du Parti socialiste l'exemple d'une grande fraternité, ce sera plus difficile après. Comme l'a d'ailleurs dit François Hollande, il ne faut pas que notre candidat sorte de ce processus interne affaibli. Certains candidats doivent-ils se retirer afin que celui qui sera choisi par les militants le soit avec un score qui ne l'affaiblisse pas ?
Ce n'est pas à moi d'appeler au retrait des uns et des autres. (...) Mais ce qui n'est pas normal, ce sont les attaques personnelles et il faut qu'elles cessent.
Vous prônez comme Nicolas Sarkozy le retour à une forme d'autorité qui heurte une partie de la gauche...
La juste autorité est une condition de l'ordre social juste. La juste autorité, c'est que chacun exerce ses fonctions là où il est. Par exemple, l'école fonctionnerait mieux si les familles fonctionnaient mieux.Vous proposez des "écoles de parents". L'Etat doit-il aller jusqu'à contrôler la façon dont une famille éduque ses enfants ?
Il ne s'agit pas de contrôler, mais de donner les moyens à chacun d'exercer correctement son autorité. Les familles pauvres ne sont pas de pauvres familles. (...) Bien souvent, ce sont la pauvreté, la misère, les difficultés de tous ordres qui empêchent le juste exercice de l'autorité parentale. Le lien est très direct entre la juste autorité et la justice sociale.Pourquoi avez-vous refusé la proposition de Laurent Fabius d'augmenter de 100 euros le smic immédiatement ?
Octroyer 100 euros à ceux qui gagnent le smic ne suffit pas à régler la question. Aujourd'hui, on le sait, il y a une marge de manoeuvre pour l'augmentation des bas salaires. La France, sur les cinq années qui viennent de s'écouler, est le pays qui a le moins augmenté le smic et les bas salaires. Donc, il y a une marge de manoeuvre dans la répartition des fruits de la croissance. Nous avons une croissance fragile, avec deux points et demi. Elle est fragile car nous avons un déficit du commerce extérieur, un endettement important. Malgré tout, une partie de ces fruits de la croissance est à redistribuer entre le capital et le travail. C'est dans le projet socialiste, il faut ouvrir une conférence sur les salaires et le pouvoir d'achat entre les organisations syndicales et le patronat. L'Etat étant le garant de cette bonne négociation.Etes-vous choquée par la proposition de Nicolas Sarkozy de faire voter les salariés d'une entreprise pour ou contre la grève ?
Oui, c'est très choquant. (...) Oser dire que le droit de grève est une dictature des minorités, est un vrai scandale, un mépris par rapport à l'histoire de France où des hommes et des femmes ont risqué leur vie pour conquérir ce droit élémentaire. (...) Dans les pays où le dialogue social fonctionne bien, alors il peut y avoir des convergences sociales. Une prévention des conflits. Il y a un rapport de forces et une transparence des comptes de l'entreprise. C'est-à-dire il y a l'accès des syndicats aux comptes de l'entreprise, donc une anticipation des problèmes, une mutation...Vous êtes pour une maison de verre, transparence des partis, des entreprises, des familles même...
Non, car je suis pour le respect de l'intimité. (...) Il ne faut plus de mensonge officiel, de choses occultées. Les gens ensuite perdent la confiance dans les responsables politiques. La transparence doit être dans bien des domaines. Dans celui de l'environnement où là aussi on voit les mensonges sur les OGM, sur le nuage de Tchernobyl, sur la pollution, sur la dégradation de l'environnement et son influence sur le cancer du sein : on sait maintenant qu'il est lié aux insecticides et aux pesticides dans l'alimentation. Le jour où l'on dira l'ensemble des données liées à la protection du cadre de vie, pour que les citoyens s'en emparent...Etes-vous pour la régularisation massive des sans-papiers ?
Aujourd'hui, si la question d'une régularisation massive se pose, c'est quand même le constat d'une singulière faillite du ministre de l'intérieur actuel. (...) La solution est dans une régularisation régulière en fonction des besoins de l'économie puisque c'est la loi. Cette régularisation régulière n'a pas eu lieu. Je suis pour la régionalisation de l'examen des dossiers de demandes par rapport aux besoins des entreprises. (...) Si l'on veut bien caler les besoins de l'économie française par rapport aux demandes de l'immigration et au contrat de travail, il faut rapprocher les décisions des territoires. Il faut des visas saisonniers durables, des visas automatiquement renouvelés pour les étrangers qui viennent travailler en France.Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué, Laurent Bazin et Stéphane Paoli
