Si les choses se passent facilement pour Ségolène Royal et la gauche, Jean-Marc Ayrault pourrait faire un bon premier ministre... (Le Monde, 18/11/2006)

Publié le par François Alex

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La naissance du "ségolénisme" ?

 

 
Quelles sont les ruptures que la victoire de Ségolène Royal suscitent dans l'histoire du parti ? Est-ce que le parti d'Epinay n'est plus ? 

Alain Bergounioux : Il faut d'abord revenir sur comment s'est constitué le parti d'Epinay en 1971. La prise de pouvoir par François Mitterrand s'était effectuée par l'extérieur. C'est une période où les partis avaient le premier rôle. François Mitterrand avait dénoué les contradictions d'une SFIO qui n'avait pas pu se renouveler. Aujourd'hui, le contexte est semblable. Ségolène Royal se retrouve dans un parti divisé par le référendum sur l'Europe et sans leader incontestable. Elle s'est appuyée sur un mouvement extérieur pour le faire évoluer. On est dans quelque chose qui n'est pas sans rappeler l'époque de François Mitterrand à Epinay.

A la différence de 1971, la nouveauté, c'est que l'opinion a pesé beaucoup plus sur le parti aujourd'hui qu'il y a trente ans. Dans le fond, on a un procédé ancien avec des idées socialistes renouvelées de l'extérieur par un candidat légitimé – François Mitterrand était le candidat des socialistes en 1965.

Sur le plan des idées, quelle pourrait être la filiation Ségolène Royal parmi les grands courants du PS ?

Alain Bergounioux : C'est une filiation mitterrandienne. Le début de sa carrière s'est faite dans l'ombre de François Mitterrand. C'était une certaine manière de poser les problèmes de société. Mais en même temps, il existe aussi une influence plus discrète pour elle que pour François Mitterrand avec Jacques Delors, connu pour son pragmatisme. Enfin, son propre tempérament qu'elle a mis en œuvre dans ses différents ministères et sa région avec un socialisme décentralisé, s'appuyant sur les régions et les collectivités locales. C'est un mélange de mitterrandisme, de réformisme delorien et de socialisme décentralisé. Savoir si maintenant cela suffit pour en faire un courant, cela dépend de l'avenir, du succès ou de l'échec lors de la présidentielle. En cas de succès, un futur courant ségoléniste pourrait se constituer. En cas d'échec, c'est plus compliqué. Si les choses se passent facilement pour Ségolène Royal et la gauche, Jean-Marc Ayrault pourrait faire un bon premier ministre. Si elles se passent moins bien, Ségolène Royal pourrait avoir besoin d'un Dominique Strauss-Kahn, tout comme François Mitterrand avait appelé Michel Rocard à Matignon en 1988, non par affinité comme on le sait, mais parce qu'il en avait besoin.

Quel est l'avenir du parti avec une candidate à qui l'on prête le souhait de prendre ses distances par rapport à lui ?

Alain Bergounioux : Dans son discours, elle loue le rôle du parti et a annoncé que son quartier général de campagne sera le siège du PS. A la différence des années 1970, les partis en général et le Parti socialiste en particulier sont plus dépendants des opinions. Les partis ont moins de force pour imposer une ligne. Les partis sont plus instrumentalisés aujourd'hui que dans les années 1970. Leur rôle est complètement différent. Aujourd'hui, le parti soutient le candidat avec moins de détermination politique qu'avant. Cette évolution du parti est en route depuis 1971. François Mitterrand avait entamé la présidentialisation du parti et Ségolène Royal la porte plus loin. C'est une continuité et une accentuation.

Trois questions à Alain Bergounioux, secrétaire national aux études du Parti socialiste et historien du parti.

Propos recueillis par Gaïdz Minassian
LEMONDE.FR | 17.11.06 | 12h45  •  Mis à jour le 17.11.06 | 13h08
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