Dominique Méda : la ville doit s’adapter aux rythmes de ses habitants

Publié le par François Alex


Journal l'Humanité

Rubrique Politique
Article paru dans l'édition du 2 février 2001.

 

Dominique Méda : la ville doit s’adapter aux rythmes de ses habitants

Auteure du Temps des femmes. Pour un nouveau partage des rôles, ouvrage qui sortira le 1er mars aux éditions Flammarion, Dominique Méda collabore auprès de Bertrand Delanoë en tant que responsable du groupe de réflexion " femmes ". Le 3 mars, elle participera à un forum qu’organise la liste Changeons d’ère à Paris, sur " les temps des villes ", un concept créé par les Italiens. L’initiative fleurit dans plusieurs communes de France.

En quoi ce concept " des temps des villes " peut-il apporter un plus à la population ?

Dominique Méda. Le premier plus, c’est le caractère démocratique de cette opération, qui permet aux habitants, particulièrement aux femmes, d’avoir droit à une vie professionnelle, une vie familiale, une vie personnelle et sociale normale. On écoute les gens, on prend en considération leurs difficultés concrètes, on fait des diagnostics pour comprendre où ça coince, et ensuite, on prend des mesures générales pour y remédier. Le but consiste à faire prendre en charge par les politiques municipales, par des services nouveaux les problèmes que chaque citoyen rencontre dans sa vie quotidienne. En France, c’est le réseau Eurexcter qui a adopté et développé le projet. Il est parti de l’idée que le territoire, s’il était le théâtre d’une désynchronisation des temps sociaux, il était également le lieu le plus propice pour recomposer ces temps. Il s’agit ni plus ni moins d’adapter les rythmes de la ville à ses habitants et non l’inverse.

Pourquoi le " temps des villes " devrait-il d’abord s’adapter aux " temps des femmes " ?

Dominique Méda. Il ne doit pas d’abord s’adapter aux femmes. On part du fait, maintenant bien documenté, que c’est sur elles que repose la quasi-totalité des tâches ménagères (80 %) et familiales (au moins les deux tiers) et que l’on vit toujours avec une idée bien traditionnelle de la division des rôles. Le concept " temps des villes " part de cette réalité-là. Ce sont les femmes qui assurent la double journée et n’en peuvent plus de courir après le temps, de coordonner, d’anticiper... On souhaite donc mettre en place des dispositifs qui amélioreront la coordination pour tous. Si on réfléchit sur les horaires des crèches, des écoles, des administrations, sur les lieux d’information - qui doivent être très subtiles entre les désirs des consommateurs et les contraintes des salariés - on ne prend pas des mesures uniquement pour les femmes, mais pour tous. Quand les hommes prendront leur part des tâches domestiques et familiales, ils pourront aussi en profiter... En Italie, pays phare dans ce domaine, un des " slogans " du temps des villes affichait : " Les femmes changent les temps de tous ".

Propos recueillis

par Mina Kaci

 

 
Page imprimée sur http://www.humanite.fr
© Journal l'Humanité

 

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