Le Monde 31.03.06/Avis aux candidats à l'élection présidentielle de 2007, le livre de Dominique Méda et d'Alain Lefebvre regorge de nombreuses pistes pour sortir de l'impasse dans laquelle le modèle s
Au final, un choix clair : la France a tout intérêt à s'inspirer des modèles scandinaves. La thèse développée est d'autant plus intéressante qu'il ne s'agit ni de faire du couper/coller ni de mettre une croix sur la culture sociale française. "Notre point de vue est qu'en nous rapprochant des pays nordiques, nous pouvons retrouver les principes fondateurs de notre modèle, parmi lesquels la redistribution occupe un rang non négligeable, et ainsi adapter nos politiques pour rendre notre pays plus compétitif", insistent les auteurs. Une voie médiane, donc.
Pour autant, les propositions choisies au sein de l'arsenal scandinave décapent puisqu'il s'agit d'en finir avec le rafistolage auquel se sont livrés gouvernements de droite comme de gauche au cours des vingt dernières années et qui ont conduit - les chapitres consacrés au diagnostic du mal français sont sévères - à la survie d'un "régime corporatiste conservateur" qui protège ceux qui en ont le moins besoin et pénalise les plus fragiles. Selon les essayistes, et l'actualité ne peut que leur donner raison, il existe, en effet, "une incapacité des partenaires sociaux et du gouvernement à s'accorder sur des objectifs communs et sur les moyens à mettre en oeuvre afin de les atteindre. D'où une prédilection pour le conflit et la crise comme mode de résolution des problèmes. C'est sans doute à ce niveau, celui de la gouvernance, martèlent-ils, que les insuffisances de la France sont les plus criantes".
Pour rompre avec ce gâchis financier et humain, la seule issue vise à concilier flexibilité et sécurité. Pour aider les entreprises à mieux s'adapter, Dominique Méda et Alain Lefebvre proposent de revenir - et ils savent que tout cela se fera dans la douleur - sur les procédures de licenciement et notamment le contrôle du juge sur le "motif économique". Contrepartie immédiate à ce pas en avant vers les employeurs : une batterie de dispositifs (réforme de la formation continue, suppression des contrats à durée déterminée, etc.) qui inciterait les entreprises à garder leurs salariés et donc à faire évoluer leurs compétences, par obligation.
Autre piste majeure, une sérieuse remise à plat de notre bonne vieille protection sociale, largement dépassée par les événements à en croire leur diagnostic : "Au lieu de réparer les dégâts de façon toujours trop tardive en versant des revenus de remplacement, elle ferait mieux de viser à l'emploi de toutes les catégories de la société et de prévenir les risques grâce à un investissement dans le capital humain et la jeunesse." Traduction concrète de ce voeu pieux : une révision radicale de la politique familiale avec le développement de structures d'accueil pour les 0 à 3 ans, la création d'un capital-temps qui pourrait être consommé par les parents sous forme de réductions journalières du temps de travail, etc.
Reste la question cruciale des conditions de possibilité de ces réformes. Réponse ? La nécessité d'une "représentation partagée de la société et de son avenir" comme elle existe au sein des pays nordiques. Y parvenir passe par le renforcement des organisations syndicales, éléments fondateurs du modèle social français et qui doivent, à leur tour, réussir à se réformer. Voilà pourquoi les auteurs proposent, entre autres, de favoriser, à l'instar de la Suède ou du Danemark, le syndicalisme de service, où il devient avantageux pour les salariés d'être affiliés à une organisation grâce à la mise en place d'exonérations fiscales spécifiques. Deuxième urgence : supprimer les empilements inutiles entre les différentes structures administratives (communes, départements, régions, ministères, etc.), bref, revisiter l'Etat. De bonnes idées assurément, dont la mise en musique demandera un chef d'orchestre doté d'un sérieux courage politique.
FAUT-IL BRÛLER LE MODÈLE SOCIAL FRANÇAIS ? d'Alain Lefebvre et Dominique Méda. Seuil, 154 p., 9 €.