Notre débat sur le modèle social français se poursuit, cette semaine, avec Gérard Mestrallet. Le PDG de Suez, qui a commencé sa carrière dans les ministères de gauche, dirige 160 000 personnes dans le

Publié le par François Alex

Le modèle social français
Mes quatre remèdes

Notre débat sur le modèle social français se poursuit, cette semaine, avec Gérard Mestrallet. Le PDG de Suez, qui a commencé sa carrière dans les ministères de gauche, dirige 160 000 personnes dans le monde.

 

 

Gérard Mestrallet

Ne nous berçons plus d'illusions. Il n'est plus possible de parler de modèle social français. On ne peut en effet qualifier de modèle un système qui produit des déficits et du chômage, et que l'on doit financer à crédit en laissant les ardoises aux générations futures. Pour sauver notre protection sociale, il ne faut pas la figer, mais au contraire la transformer. Pour cela, la France doit renouer avec une croissance forte.

Les Français ne sont pas en cause. C'est le système public qui les encadre. Conçu dans l'après-guerre à l'ère du dirigisme économique, notre système social et administratif est devenu trop rigide. Malgré cela, les Français travaillent mieux que les autres. Leur productivité individuelle reste remarquable. Et ce n'est pas un hasard si de grandes entreprises réussissent à faire jeu égal avec leurs concurrents étrangers sur le marché mondial.

L'Etat doit se réformer lui-même. Sa taille et son fonctionnement n'ont guère varié, alors même que ses prérogatives ont été réduites par le haut au profit de Bruxelles et par le bas au profit des collectivités locales. Sa productivité a baissé, augmentant les frais généraux de la Nation. Cette rigidité est encouragée par le fait que le système public ne craint pas pour sa survie, à la différence d'une entreprise en situation de concurrence.

Pour retrouver une protection sociale digne de ce nom, il faut privilégier quatre angles d'attaque :

Travailler plus. Les Français travaillent 36 % de moins que les Américains. Ils créent donc moins de richesse et moins de croissance. Il faut cesser de faire croire qu'on peut travailler moins, être mieux protégé tout en gagnant plus. Pour sauver le système social, il faut d'abord créer davantage de richesse et pour cela travailler plus et plus longtemps.

La formation tout au long de la vie. La nécessité de cette formation est bien plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'était dans les années 70, quand Jacques Delors mettait en place les premiers dispositifs sur la formation permanente. La probabilité de devoir effectuer plusieurs métiers au cours d'une vie est aujourd'hui bien plus élevée. La formation permettra de maintenir le niveau d'« employabilité » des salariés, et leur donnera la possibilité de réussir professionnellement dans un monde en mutation rapide.

La flexibilité de l'emploi. A force de surprotéger les emplois existants, la barre pour accéder au premier emploi est de plus en plus élevée. Davantage de souplesse dans les conditions d'embauche ferait reculer le chômage. Car la France possède des gisements d'emplois considérables dans les très petites entreprises et dans les services. Si la France avait le même taux d'emploi dans les services que les Etats-Unis, ce serait 3 millions de salariés en plus ! Cessons également de modifier le système complexe des aides à l'emploi à chaque changement de gouvernement. Laissons la boîte à outils Borloo fonctionner quelques années, comme en Grande-Bretagne.

Créer de vrais fonds de pension par l'actionnariat salarié. Le régime de retraite des salariés est loin d'être bouclé financièrement. N'opposons pas régime de répartition et capitalisation. On a besoin des deux. Puisque la répartition existe, permettons aussi aux fonds de pension d'exister, en facilitant un élargissement de l'actionnariat salarié en un instrument d'épargne-retraite. A défaut, les jeunes générations devront payer à la fois pour les actuels retraités et pour elles-mêmes. Les fonds de pension permettent un préfinancement sain, par l'épargne, des futures retraites, quand un système de répartition déficitaire doit recourir au crédit.

Nous devons rechercher la compétitivité de la France en Europe - c'était l'objectif de Lisbonne - dans le respect des valeurs qui fondent notre ciment social, l'humanisme et la solidarité

 

 

 

© le point 11/08/05 - N°1717 - Page 48 - 586 mots

 

 

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