En fait, s'il y a de la confusion au PS, c'est parce qu'on y joue une pièce un peu ridicule que l'on a déjà vue et que l'on pourrait intituler, par dérision, «Mais qui a peur de Ségolène Royal?».
PS : Petite tentative de meurtre entre amis
Au Parti socialiste, on nous dit que la confiance a changé de camp depuis le CPE. On nous assure même que les jeunes dans la rue, c'est un peu comme l'hirondelle qui annonce le printemps et que la droite n'a qu'à bien se tenir car elle va voir ce qu'elle va voir: une gauche requinquée. Une gauche qui, quoi qu'il arrive, sera au rendez-vous présidentiel de 2007 pour demander des comptes à l'actuelle majorité et faire des propositions pour la France.
Vous l'avez compris, il s'agit là de la description du monde politique tel que le rêvent les plus optimistes des socialistes, de la description idyllique d'une situation qui, à y regarder de plus près, est loin d'être stabilisée... Dernière preuve en date du flou qui règne rue de Solférino, la menace de Martine Aubry qui se retrouve sans point de chute pour les élections législatives de 2007 et qui a évoqué la possibilité de se lancer, elle aussi, dans la compétition présidentielle si une solution n'etait pas trouvée très vite. La preuve que l'entreprise de pacification, voulue par François Hollande au congrès du Mans, a presque vécu; la preuve que chacun a décidé de jouer sa partition personnelle en l'absence de leader incontestable et incontesté. Nous avions Jack Lang, à la récente déclaration d'intention publique. Nous avions Dominique Strauss-Khan et Laurent Fabius qui s'autoproclamaient quasiment favoris. Nous aurons peut-être également Martine Aubry, à moins que cette nouvelle crise, «crise des ego qui sera vite réglée», nous assure-t-on à la direction du PS, ne vise qu'à créer les conditions du retour de Lionel Jospin, ce que souhaiterait justement, avec d'autres, celle qui a porté les 35 heures et qui se considère très mal récompensée aujourd'hui.
En fait, s'il y a de la confusion au PS, c'est parce qu'on y joue une pièce un peu ridicule que l'on a déjà vue et que l'on pourrait intituler, par dérision, «Mais qui a peur de Ségolène Royal?». Les sondages et l'engouement médiatique pour la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes énervent d'autant plus qu'ils ne se démentent pas et que les échéances approchent sans qu'elle montre de signes d'essoufflement.
Il faut dire que Ségolène Royal a choisi de rester en retrait et qu'elle est économe de sa parole, ce qui a le don d'ulcérer ceux qui réclament désormais «une véritable confrontation sérieuse» sur les grand sujets de fonds, parce que, pensent-ils, c'est ainsi qu'ils pourront ramener Ségolène Royal à de justes prétentions et, accessoirement, s'en débarrasser pour rester entre candidats «solides». Ce qui est peut-être une erreur stratégique, mais cela, c'est l'avenir qui nous le dira.
En attendant, c'est le projet socialiste qui pâtit de cette confusion. L'adoption du texte vient d'être repoussée à début juillet. Officiellement, il s'agit de mieux faire participer les militants. Officieusement, ce serait une petite concession -dans tous les cas pas celle qu'ils espéraient- à ceux qui désirent gagner du temps pour éviter de voir Ségolène Royal s'abriter derrière le programme du parti, refuser de produire et défendre des idées personnelles. C'est de courte vue. C'est tout simplement oublier un peu vite que, lorsqu'on est sur la défensive, c'est que l'on a déjà perdu le combat.
par Patrice Biancone
[26/04/2006]
