Il y a quelque dérision à voir maintenant le groupe EADS, largement basé en France, faire la promotion de l'Eurofighter, commandée à 600 exemplaires....

Publié le par François Alex

«Mon beau Rafale» : c'est ce que «Marcel», le génial ingénieur -dont les 20 ans de la disparition étaient commémorés vendredi par une messe à l'église des Invalides, à l'initiative de son fils et successeur, «Serge»- aurait pu dire, à la vue de cette formation de Rafale - son dernier «enfant chéri» aéronautique, paradant sur la Seine, le Pont Alexandre 3, l'esplanade des Invalides. Juste quelques secondes, mais du grand spectacle !

La société Dassault a, depuis les années 50, le monopole de la fourniture d'avions de chasse à l'armée de l'Air française : l'Ouragan, l'Etendard, la famille des Mirage -dont le 2000, qui est le principal appareil en service .actuellement. Et maintenant, le Rafale, le dernier-né, conçu dès le début des années 80, par Marcel Dassault lui-même.

Et qui -25 ans après- commence tout juste à être vraiment opérationnel. Soit, en version «marine», 8 machines en expérimentation opérationnelle sur le porte-avions Charles de Gaulle qui croise dans l'océan Indien, à proximité du Pakistan et de l'Afghanistan.
Soit au centre d'expériences de l'armée de l'Air à Mont-de-Marsan, où les équipages sont préparés pour la formation de ce qui sera fin juin la 1ère escadrille de Rafale-air, établie à St Dizier , dans l'Est, et opérationnelle pour la fin de cette année.

25 ans ! Parce que l'armée française, qui n'en voulait pas trop, a mis du temps à le commander , que l'appareil a vieilli, qu'on n'a cessé de le moderniser, de passer d'un standard à l'autre…Bref le gouffre à milliards, rattrapés sur des commandes étalées. Mais avec des séries  de plus en plus réduites, même si le constructeur -faisant contre mauvaise fortune bon cœur- fait mine de se satisfaire de la «promesse» que presque 300 machines seront bien commandées par l'armée de l'Air française, ce qui garantit, estime le patron, «vingt ans de chaîne de fabrication».

Car l'appareil a beau être formidable, multi-rôles, en avance sur tout et tout le monde, etc, Dassault n'est jamais parvenu à le vendre à l'étranger -même avec le support  de l'armée française. Echec aux Pays-Bas, en Corée -clients traditionnels des Américains, il est vrai- mais aussi à Singapour, en Inde sans doute, et en Arabie saoudite, où l'Eurofighter européen au contraire est en train de se tailler une place.

Et il y a quelque dérision à voir maintenant le groupe EADS, largement basé en France, faire la promotion de l'Eurofighter, belle machine aussi, commandée à 600 exemplaires, dont plusieurs dizaines déjà entrés en service dans les escadrilles allemandes, espagnoles, britranniques, qui s'ouvre maintenant des  marchés à l'export, sous le nom de «Typhoon», malgré le dollar trop faible, le pétrole trop fort -raisons invoquées par  l'avionneur français pour expliquer ses déboires . Et alors qu'une trentaine de Rafale seulement ont été livrés à leur unique client.

Dassault se console avec le souvenir de «Marcel» : «Grâce à lui, la France détient le plus beau fleuron de l'industrie aéronautique mondiale», affirme un porte-parole du groupe. Un autre rappelle que, «s'il n'y avait pas eu Dassault, à l'heure actuelle l'armée de l'Air française volerait sans doute sur des chasseurs américains, des F16 !» Tandis que l'actuel patron de Dassault aviation lance le défi : «Nous exporterons un jour le Rafale». Et qu'en attendant, Serge Dassault se rêve en un «Citizen Kane» et que chacun, y compris aux Invalides, prie pour que le Rafale ne devienne pas «le Concorde des avions de chasse».


par Philippe  Leymarie

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