Un petit hommage à Tony Blair par-ci, un éloge de la famille et des autorités traditionnelles par-là, Ségolène dessine l'image d'une femme de terrain, d'une dirigeante régionale pragmatique et efficac

Lundi 24 avril 2006
Le lundi 24 avril 2006
![]() Ségolène Royal |
Irrésistible Ségolène?
Louis-Bernard Robitaille
La Presse
Collaboration spéciale
Paris
L'agacement commence à se faire sentir parmi ceux qu'on appelle les « éléphants » du parti socialiste- chefs de clans ou candidats déclarés à la présidentielle.
Dans le lot, on trouve Laurent Fabius, ancien premier ministre de 1984 à 1986, ancien président de l'Assemblée nationale et ancien ministre de l'Économie. Ou Dominique Strauss-Kahn, lui aussi ancien ministre de l'Économie, fort brillant et télégénique. Ou Jack Lang, perpétuel champion des sondages de popularité, ministre pendant 13 ans entre 1981 et 2002. Ou encore le « compagnon » de Ségolène en personne, François Hollande, patron en titre du Parti socialiste depuis 1997. Sans parler de l'ancien premier ministre Lionel Jospin, retiré de la politique après son échec à la présidentielle en 2002, qui espère se poser en sauveur providentiel.
Or, voici que, depuis des semaines, tous ces barons, ces redoutables pros de la politique, sont pour ainsi dire rayés de la carte médiatique. Au profit d'une jeune femme de 52 ans, mère de quatre enfants et visage de madone, qui n'a pas de pouvoir officiel au sein du PS, qui n'a jamais prononcé un seul discours d'envergure à l'Assemblée nationale en 15 ans et dont les responsabilités ministérielles ont été mineures: Environnement de 1992 à 1993, Enseignement scolaire puis Enfance et famille de 1997 à 2002. Selon les standards français, Ségolène Royal est non seulement une « petite jeune » en politique, mais également d'une inexpérience spectaculaire.
De quoi agacer les vieux routiers du PS. Et même le père de ses enfants, candidat « naturel » à la candidature. Mais, si elle accompagne François Hollande dans son fief de Corrèze, ce sont ses déclarations à elle que retient l'Agence France-Presse. Quand elle fait sa visite rituelle au Salon de l'agriculture, début mars, il y a autour d'elle presque autant de caméras que pour le président Chirac ou Nicolas Sarkozy, grand favori de la droite à la présidentielle. Deux jours plus tard, une caméra unique suit dans les allées du Salon un Jack Lang bien solitaire, sur lequel les gens ne se retournent même pas.
Les sondages suivent. Depuis plusieurs mois, ils la placent très au-dessus de la mêlée. Son avance est colossale sur tous ses rivaux socialistes, qui piétinent pour la seconde place, mais très loin derrière. Même si cela ne veut pas dire grand-chose à un an de la présidentielle, deux sondages viennent de la donner gagnante de justesse sur Nicolas Sarkozy dans un éventuel affrontement au second tour de mai 2007.
Plus grave encore pour les « éléphants »: Ségolène est déjà en train d'obtenir des ralliements au sein de l'appareil. Le PS ne compte que 150 000 membres environ. Les cadres, les permanents, les élus municipaux et locaux y exercent une influence prépondérante. Sans parler des « courants » solidement tenus par les barons du parti. Or, Ségolène Royal, qui jusque-là ne représentait qu'elle-même et n'avait aucune troupe, est déjà en train de gruger du terrain au sein même de la structure: des présidents de grosses fédérations, des dirigeants régionaux ont commencé à se prononcer en sa faveur. Et même dans des régions où l'appareil est bien tenu en main, soit par Jack Lang, ou Fabius, ou Strauss-Kahn, les militants de base la réclament et lui font un triomphe.
Il est beaucoup trop tôt, évidemment, pour spéculer sur un éventuel duel entre Ségolène et Nicolas Sarkozy: d'ici là, il y aura encore eu 12 mois de difficile gouvernement pour la droite. Et Ségolène Royal n'en est pas là. La question qui se pose à elle aujourd'hui est la suivante: aujourd'hui triomphante dans les sondages et les médias, tiendra-t-elle le coup jusqu'au référendum interne au Parti socialiste, en novembre prochain?
Pour l'instant, sa méthode a consisté à ne rien brusquer, à en dire le moins possible, à avancer par petites touches. Un petit hommage à Tony Blair par-ci, un éloge de la famille et des autorités traditionnelles par-là, Ségolène dessine l'image d'une femme de terrain, d'une dirigeante régionale pragmatique et efficace, pas trop empêtrée dans les faux débats idéologiques.
Mais, au PS, il est clair que les petites escarmouches vont bientôt laisser place à une véritable guerre, où les « barons » vont lui demander de s'expliquer sur ses idées et son programme. On saura l'automne prochain s'il s'agissait d'un ballon médiatique, comme cela s'est déjà vu. Ou bien si, révolution suprême, une jeune candidate vraiment nouvelle réussit à imposer son autorité à la gauche française.
N'empêche que, depuis six mois et avec une accélération très nette depuis trois ou quatre semaines, Ségolène Royal est absolument omniprésente dans les médias et dans le jeu politique. Les couvertures de magazines se multiplient: hebdos féminins, économiques, généralistes. La présidente socialiste de la région Poitou-Charentes (c'est son titre principal) se déplace d'une émission de télé à l'autre et, presque partout, crée l'événement.
De quoi agacer les vieux routiers du PS. Et même le père de ses enfants, candidat « naturel » à la candidature. Mais, si elle accompagne François Hollande dans son fief de Corrèze, ce sont ses déclarations à elle que retient l'Agence France-Presse. Quand elle fait sa visite rituelle au Salon de l'agriculture, début mars, il y a autour d'elle presque autant de caméras que pour le président Chirac ou Nicolas Sarkozy, grand favori de la droite à la présidentielle. Deux jours plus tard, une caméra unique suit dans les allées du Salon un Jack Lang bien solitaire, sur lequel les gens ne se retournent même pas.
Les sondages suivent. Depuis plusieurs mois, ils la placent très au-dessus de la mêlée. Son avance est colossale sur tous ses rivaux socialistes, qui piétinent pour la seconde place, mais très loin derrière. Même si cela ne veut pas dire grand-chose à un an de la présidentielle, deux sondages viennent de la donner gagnante de justesse sur Nicolas Sarkozy dans un éventuel affrontement au second tour de mai 2007.
Plus grave encore pour les « éléphants »: Ségolène est déjà en train d'obtenir des ralliements au sein de l'appareil. Le PS ne compte que 150 000 membres environ. Les cadres, les permanents, les élus municipaux et locaux y exercent une influence prépondérante. Sans parler des « courants » solidement tenus par les barons du parti. Or, Ségolène Royal, qui jusque-là ne représentait qu'elle-même et n'avait aucune troupe, est déjà en train de gruger du terrain au sein même de la structure: des présidents de grosses fédérations, des dirigeants régionaux ont commencé à se prononcer en sa faveur. Et même dans des régions où l'appareil est bien tenu en main, soit par Jack Lang, ou Fabius, ou Strauss-Kahn, les militants de base la réclament et lui font un triomphe.
Il est beaucoup trop tôt, évidemment, pour spéculer sur un éventuel duel entre Ségolène et Nicolas Sarkozy: d'ici là, il y aura encore eu 12 mois de difficile gouvernement pour la droite. Et Ségolène Royal n'en est pas là. La question qui se pose à elle aujourd'hui est la suivante: aujourd'hui triomphante dans les sondages et les médias, tiendra-t-elle le coup jusqu'au référendum interne au Parti socialiste, en novembre prochain?
Pour l'instant, sa méthode a consisté à ne rien brusquer, à en dire le moins possible, à avancer par petites touches. Un petit hommage à Tony Blair par-ci, un éloge de la famille et des autorités traditionnelles par-là, Ségolène dessine l'image d'une femme de terrain, d'une dirigeante régionale pragmatique et efficace, pas trop empêtrée dans les faux débats idéologiques.
Mais, au PS, il est clair que les petites escarmouches vont bientôt laisser place à une véritable guerre, où les « barons » vont lui demander de s'expliquer sur ses idées et son programme. On saura l'automne prochain s'il s'agissait d'un ballon médiatique, comme cela s'est déjà vu. Ou bien si, révolution suprême, une jeune candidate vraiment nouvelle réussit à imposer son autorité à la gauche française.
