Pour Ségolène Royal, comme pour Blair, « ce qui est bien, c'est ce qui marche

Publié le par François Alex

Semaine du jeudi 6 avril 2006 - n°2161 - Dossier

Ségolène de A à Z

Résumé des prises de position royalistes : de la crise des banlieues à l'Europe, des salaires aux 35 heures, des profs à la réforme de l'université, de Blair à Zapatero...

A comme agilité
Agilité plutôt que souplesse ou - pis ! - flexibilité. « Je souhaite pour ma part rééquilibrer le rapport salarié-employeur en offrant la sécurité au salarié tout en donnant aux entreprises l'agilité dont elles ont besoin » (desirsdavenir.org).

B comme Blair
« Je pense qu'il a été caricaturé en France. Cela ne me gêne pas d'afficher mon adhésion à certaines de ses idées » (« Financial Times », 2 février 2006). Sur le fond, rien de très différent par rapport au discours socialiste standard qui loue Blair pour avoir réinvesti dans les services publics mais qui conteste sa politique en Irak. En l'occurrence, c'est la forme qui fait tout. Pas de gêne. Pas de circonlocution. Pour Ségolène Royal, comme pour Blair, « ce qui est bien, c'est ce qui marche ».

C comme crise des banlieues
Une question d'éducation avant tout. « Il y a plusieurs réponses selon les classes d'âge. Pour les plus jeunes, il faut rétablir l'autorité parentale et assurer des soutiens scolaires gratuits après la classe. Ensuite, il faut rétablir une forme de service national au moins pour six mois. Sa suppression a été une grave erreur. C'était le seul endroit où des jeunes qui n'avaient pas été encadrés, structurés avaient une chance de l'être » (« 20 Minutes », 10 novembre 2005). Pour certains enfants mineurs, Ségolène Royal propose par ailleurs « des internats de quartier pour ne pas trop les éloigner de leur famille tout en les prenant en charge » (« la Provence », 28 mars 2006).

D comme démocratie participative
Mot clé de la campagne régionale de 2004, concept de base de la gestion en Poitou-Charentes. D'abord des « forums participatifs » dont les contributions sont accessibles sur le site internet de la région. Objectif affiché : « verser, au fil de la mandature, 10% du budget régional à la décision et au débat participatifs », en commençant par les lycées. Dans sa précampagne présidentielle, Ségolène Royal fait un usage plus modéré de ce concept, préférant souligner « les capacités d'expertise » des simples citoyens.

E comme Europe

Adieu traité constitutionnel ? Ardente partisane du oui, Ségolène Royal estime aujourd'hui qu'« on ne peut pas revenir sur le même texte. Ce serait un déni démocratique, et les mêmes causes produiraient les mêmes effets » (Vienne, Forum des Verts autrichiens, 9 mars 2006). Au même moment, devant des diplomates étrangers, elle a plaidé pour « un texte plus court, adopté par la voie parlementaire ». Mais l'essentiel, à ses yeux, est désormais d'oublier le Meccano institutionnel, pour « faire repartir l'Europe sur des projets concrets ». « J'en vois sur l'environnement, sur l'énergie, sur la recherche, sur l'emploi des jeunes ou sur des sujets d'actualité comme la crise avicole » (« la Provence », 28 mars 2006).

F comme femme
Nouvelles femmes, nouveau féminisme. « Si l'égalité n'est pas encore acquise, les valeurs féminines n'ont plus honte de s'affirmer. Le désir d'enfant a remplacé l'IVG et la morale du libre choix supplante l'égalitarisme obsessionnel » (« le Monde », 10 mars 1990). Seize ans plus tard, lors d'un meeting en Ardèche, Ségolène Royal célèbre la Journée des Femmes en des termes plus revendicatifs : « Les luttes ne sont jamais achevées. » Avec, en vrac, au programme, « la lutte contre les grossesses précoces » - à travers la distribution de la pilule du lendemain dans les établissements scolaires -, « une grande loi de reconquête de l'égalité au travail entre les hommes et les femmes » - modèle Zapatero - et « la création d'un service public universel et gratuit de la petite enfance ». Verdict définitif : « A gauche, la question de l'égalité entre hommes et femmes est la question centrale dans le projet politique » (RTL, 21 mai 2002).

G comme gauche
Sa gauche, c'est celle d'un « socialisme pragmatique » (« The Guardian », 3 mars 2006). Conséquence logique : « Il est devenu insupportable de défaire la nuit ce que Pénélope a fait le jour. Je ne déferai pas pour le plaisir ce qu'a fait la droite. J'essaierai de régler les problèmes dans un souci d'efficacité, tout en étant claire avec les valeurs de gauche. C'est-à-dire que l'argent n'aille pas toujours à l'argent » (« le Parisien », 23 février 2006).

H comme homosexuels
Femmes, homos : tous unis contre « le machisme quotidien » (« Elle », 10 octobre 2005). Au-delà des slogans, c'est sur la question du mariage gay que Ségolène Royal a longtemps affiché les positions les plus tranchées. Avec une pétition de principe : « Ce n'est être ni homophobe ni réactionnaire que d'estimer que les opinions réservées sur le mariage homosexuel sont légitimes et respectables. » Pacs amélioré : oui ; « confusion des repères et provocation injustifiée des convictions familiales et religieuses » : non. (« le Monde », 12 mai 2004). Plus récemment (« le Parisien », 23 février 2006), Ségolène Royal a légèrement nuancé son propos en demandant qu'on avance « avec tact et doigté » : « La loi doit pouvoir créer cette union en mairie pour permettre à chacun de construire librement sa vie, à égalité de droits et de devoirs. Je préfère le mot union à celui de mariage pour ne pas bousculer les repères traditionnels. La famille, c'est un père et une mère. Mais le débat aura lieu. »

M comme moeurs
« Il y a une vieille idéologie soixante-huitarde mal digérée sur le thème : il faut respecter la liberté des moeurs, pas l'ordre moral... Ils n'ont pas compris que la liberté des moeurs n'était absolument pas incompatible avec la protection des droits des plus faibles. Pour moi, être de gauche, c'est être très libéral entre adultes consentants mais être sans faiblesse sur la protection de l'enfance et de l'adolescence. Et donc lutter, pour ce qui les concerne, contre la pédophilie et la pornographie » (« Paris Match », 22 septembre 2005).

P comme profs
« Je préconise un pacte avec les syndicats d'enseignants portant sur le changement de méthode de travail de ces derniers. » Le 18 janvier 2006, dans le huis clos de la commission du projet, au siège du PS, l'ancienne ministre déléguée à l'Enseignement scolaire a proposé une petite révolution : « Les enseignants ne peuvent plus se contenter de transmettre du ou des savoirs. Il leur incombe aussi un rôle d'animateur, d'encadrement, de dialogue avec les enfants et leurs parents. D'où peut-être l'éventualité d'une extension de la durée hebdomadaire de présence des enseignants dans les établissements scolaires. Ce serait là l'une des prolongations et l'une des contreparties d'une plus grande liberté pédagogique et d'une plus grande latitude à expérimenter. »

R comme retraite
Sur cette question, Ségolène Royal reprend - avec ce qu'elle comporte de flou - la position officielle du PS. « Il faudra revenir sur la réforme Raffarin qui a entraîné un appauvrissement des retraités, notamment des femmes qui ont des durées de cotisation moins longues. Le départ en retraite à 60 ans et à taux plein doit rester la référence. La réforme devra tenir compte de la pénibilité du travail » (« l'Humanité », 9 mars 2006).

S comme salaires
Le constat est laconique : « La baisse du pouvoir d'achat est durement vécue » (« l'Humanité », 9 mars 2006). Les causes : « une hausse du coût du logement et des charges de chauffage » mais aussi « le passage à l'euro », qui a entraîné « une hausse du prix de la nourriture ». La solution : que l'Etat joue « avec force son rôle de régulateur et de redistributeur » qui ne se limite pas à « la hausse indispensable du smic ». Il y a dix ans (« le Nouvel Observateur », 28 septembre 1995), Ségolène Royal avançait sur le terrain salarial avec des propositions beaucoup plus provocantes en expliquant que tout salaire supérieur à 50 000 francs était une incitation à la violence. « Je pense, expliquait-elle à l'époque, qu'une échelle des salaires normale va de un à dix. »

T comme trente-cinq heures
Sur les 35 heures, « pas de tabou ». Ségolène Royal reconnaît des « rigidités » dans l'application de la loi qu'elle impute essentiellement au patronat. D'où « l'émergence des travailleurs pauvres » (RTL, 21 mai 2002). Dans un registre comparable, elle plaide désormais pour de nouveaux « assouplissements » : « Il y a des salariés qui ont envie de travailler plus et cette liberté doit leur être donnée [...] en accord avec les partenaires sociaux » (« le Parisien », 23 février 2006). En matière d'organisation du travail, Ségolène Royal s'inscrit davantage dans la ligne officielle du PS : « Le CDI doit redevenir la norme » ; « le salarié licencié doit bénéficier d'un contrat-relais lui assurant une rémunération, un bilan de compétences, une formation et une aide active à la recherche de son futur emploi » ; « droit individuel à la formation tout au long de la vie comme contrepartie à une mobilité accrue » (desirsdavenir.org).

U comme université
La présidente de la région Poitou-Charentes est partisane de « la décentralisation jusqu'au bout » (discours de Privat, 8 mars 2006). Une des applications pratiques de son état d'esprit : « une certaine régionalisation de l'investissement matériel des universités, ce qui suppose naturellement des transferts de moyens en direction des conseils régionaux » (commission PS du projet, 25 janvier 2006). Autre proposition : « la constitution de grands pôles universitaires, dans chaque métropole régionale, quitte à revoir la carte universitaire ».

Z comme Zapatero
La Zapatera n'a pas Blair pour unique référence. Le Premier ministre espagnol est son autre modèle. Surtout quand il promeut par la loi l'égalité professionnelle entre hommes et femmes. Ségolène Royal s'est engagée à reprendre à son compte cette démarche et ce projet si elle devait accéder au pouvoir (RTL, 8 mars 2006).

François Bazin 

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