Au fromage, elles lancent Rebelles. Au dessert, elles causent «143». En stratège, le trio maîtrise son calendrier : il lui faut agir avant le BN du 22 avril, où doivent être rendus les arbitrages sur
Présidentielles
Afflux de Rebelles sur la route de Ségolène
Des élues PS s'apprêtent à dévoiler une longue liste de candidates à l'investiture du PS.
par Nathalie RAULIN
QUOTIDIEN : mercredi 19 avril 2006
Ségolène Royal n'est pas a priori la candidate des femmes du PS. Telle devrait être la première prise de position de la toute jeune association Rebelles, sorte d'observatoire autoproclamé du respect de la parité au sein du PS. Ses trois animatrices, l'élue francilienne Michèle Sabban, la députée de Paris Annick Lepetit et la première adjointe au maire de Paris, Anne Hidalgo, en font une démonstration par l'absurde. Le trio devrait dévoiler en début de semaine prochaine une longue liste de candidates à l'investiture du PS pour la présidentielle. Exactement 143, en référence au manifeste de 1971 des «343 salopes» pro-IVG. «On a voulu garder le symbole sans le détourner», précise Michèle Sabban.
L'idée a germé un mercredi de la fin mars au cours d'un déjeuner entre filles. La veille, Martine Aubry avait été laminée lors du bureau national (BN) du PS consacré aux circonscriptions réservées aux femmes : la maire de Lille, battue en 2002 dans la cinquième circonscription du Nord, avait vu balayer ses espoirs de basculer sur la deuxième plus facile en 2007. Cet affront à une ténor du PS, doublé de multiples arrangements internes sur le dos des femmes, appelait riposte. «Depuis l'affaire Safia Otokoré à Auxerre [maire adjointe privée de ses délégations, en octobre 2005, ndlr], nous étions convaincues de la nécessité d'accompagner la parité, de soutenir les nouvelles venues, de veiller au respect des femmes politiques», précise Anne Hidalgo. Au fromage, elles lancent Rebelles. Au dessert, elles causent «143». En stratège, le trio maîtrise son calendrier : il lui faut agir avant le BN du 22 avril, où doivent être rendus les arbitrages sur les circonscriptions réservées.
Chacune a lancé ses filets. Deux semaines plus tard, la pêche est bonne. Les fax de soutien affluent. «On a déjà 90 candidates sans forcer, sourit une «Rebelle». On arrivera sans mal à 143. Avec Ségolène, cela fera 144.» Le trio refuse d'y voir une grenade anti-Ségo : «Il y en a assez. Si un mec la critique, il est machiste ; si c'est une nana, elle est jalouse.» Michèle Sabban préfère évoquer la nécessaire lutte contre le «syndrome de la reine abeille», défini comme la «tendance à empêcher l'émergence des femmes en général pour accroître la visibilité de l'une d'elles». Sous-entendu : François Hollande ne doit pas se croire quitte vis-à-vis des femmes PS sous prétexte que sa compagne veut soumettre sa candidature aux suffrages des militants.
Surtout, les Rebelles digèrent mal la méthode Royal : «Au lieu de s'inscrire dans une démarche et un projet collectifs, elle contourne le parti. Elle joue très perso. Du coup, qu'elle se pose en gardienne du temple sur tous les sujets, c'est un peu fort de café.» Anne Hidalgo corrige : «Le problème n'est pas Ségolène Royal. Je suis réfractaire à l'hyperpersonnalisation de la vie politique. C'est la démocratie qu'on étouffe. Notre combat, c'est la parité.»
