Après avoir jeté un pavé dans la mare en avouant des penchants blairistes, elle y vante les mérites de la flexi-sécurité scandinave en proposant d'allier "souplesse" pour les entreprises et
Le PS et 2007: la domination Royal
--par Nathalie Schuck-- ![]()
AP | 14.04.06 | 14:35 Nouvel Observateur
Congelée par près de deux mois et demi de crise anti-CPE, dont le PS espère bien tirer les dividendes, la campagne interne entre présidentiables socialistes devrait repartir de plus belle à un an de la course à l'Elysée. En tête dans les sondages et en pleine montée en puissance, Ségolène Royal a quasiment éclipsé ses rivaux.
Du bain bénit. Dopé par les déboires du gouvernement sur le CPE, le PS se prend à rêver que 2007 soit une répétition des législatives victorieuses de 1997, qui avaient suivi les grandes grèves de 1995. "La situation est plutôt positive", mais la gauche doit être "à la hauteur de l'exigence du pays", juge le député PS Jean-Christophe Cambadélis. "Le PS s'est comporté de façon exemplaire". "Il a alerté l'opinion des jeunes et des salariés", ajoute le député européen PS Henri Weber.
C'est en septembre que les prétendants doivent déposer leur candidature. Les militants (153.000, dont 20.000 nouveaux depuis mars) les départageront par vote en novembre, comme le veut la procédure instituée en 1995. On compte déjà sept candidats déclarés ou putatifs: Ségolène Royal, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Jack Lang, Bernard Kouchner, François Hollande, Martine Aubry ou Lionel Jospin. Ce dernier a toutefois dit le 22 novembre qu'il ne serait pas candidat.
Pour l'heure, Ségolène Royal tient la corde. En tête des sondages, la candidate favorite des Français battrait Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin au second tour de la présidentielle, selon une enquête Ipsos publiée jeudi. Omniprésente dans les médias, elle a vu quatre magazines lui consacrer leur "une" la semaine passée.
Sans compter les ralliements qu'elle enregistre. Son association, "Désirs d'avenir", aurait déjà fait fleurir 150 comités locaux.
Critiquée pour son absence de projet, la présidente de la région Poitou-Charentes a levé le voile sur ses idées économiques jeudi dans le magazine "Challenges". Après avoir jeté un pavé dans la mare en avouant des penchants blairistes, elle y vante les mérites de la flexi-sécurité scandinave en proposant d'allier "souplesse" pour les entreprises et "sécurité" pour les salariés. Cible de toutes les attaques -dont celles des sarkozystes, qui l'avaient d'abord encensée- elle revendique sa "liberté de parole" et son franc-parler.
Eclipsés, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn font le dos rond. L'ancien Premier ministre fait le pari que les crises du référendum du 29 mai et du CPE sont liées et que les militants choisiront celui qui incarne une ligne clairement à gauche, loin des tendances blairistes de sa rivale, qu'il cherche à droitiser.
Quant à "DSK", il se veut "l'homme des solutions" et de la "rénovation". Misant à la fois sur l"'unité" retrouvée de la gauche et sur le centre pour faire échec à la "rupture" de Nicolas Sarkozy, il revendique une position centrale au PS. "Le candidat gagnant, c'est celui qui est au coeur du PS" alors que Ségolène Royal est dans une "stratégie de contournement" du PS, expose M. Cambadélis, un de ses proches. DSK "continuera son bonhomme de chemin", explique-t-il. "Notre stratégie dans la cigale et la fourmi, c'est plutôt la fourmi".
Mais pas question, malgré la crise, de réclamer des élections anticipées. Le projet du PS est encore à l'état de brouillon et ne sera pas prêt avant mi-juin. Pour l'heure, il ressemble davantage à une machine à abroger: la réforme des retraites, de la "Sécu", le contrat nouvelles embauches (CNE)...
L'épisode du CPE aura déjà eu une vertu: ressouder une gauche écartelée depuis le référendum européen. Après un premier sommet à la Mutualité le 8 février, on a pu voir le patron du PS François Hollande et le porte-parole de la LCR Alain Krivine réclamer côte à côte son abrogation. Parallèlement, les "nonistes" de gauche peinent à s'entendre sur une candidature commune pour 2007: la LCR décidera en juin si elle aligne un candidat, le PCF en octobre. Marie-George Buffet espère rallier d'ici là ses partenaires "nonistes" à son panache blanc. AP