Emmanuel Todd

Publié le par François Alex

 
Petit-fils du poète Paul Nizan et fils du reporter Olivier Todd, l'historien s'inscrit dans la lignée de Montesquieu, Tocqueville et Raymond Aron en proposant une approche globale des sociétés.
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Au fil de ses ouvrages, il a mûri une pensée originale, solidement charpentée, fondée sur une culture encyclopédique et une liberté d'esprit plus proche de la tradition anglo-saxonne que de la tradition universitaire française.
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En 1976, après des études à Sciences Po et un doctorat d'histoire de Cambridge, le jeune Todd se signale à l'attention du petit monde parisien par un essai détonant intitulé La chute finale, essai sur la décomposition de la sphère soviétique - appréciez le calembour - (Robert Laffont). Tandis que la gauche socialiste fleurette avec le PCF et que la jeunesse dénonce à l'envi l'impérialisme US, il ose annoncer la faillite prochaine du système soviétique. 

Emmanuel Todd poursuit son oeuvre avec un essai atypique sur la bourgeoisie européenne d'avant 1914 et les origines mentales de la Grande Guerre et du totalitarisme : Le fou et le prolétaire (Robert Laffont, 1979).
Son anglophilie perce déjà dans la découverte de la bonne santé mentale du Royaume-Uni.  «Je maintiens, contre les économistes, que l'Angleterre reste solide, que la France n'est plus fragile, et que l'Allemagne est toujours le pays le plus incertain d'Europe», écrit-il en 1979.

Dans les années 1980, Emmanuel Todd jouit d'une fonction à l'INED (Institut National des Études Démographiques) qui lui permet d'entamer de lourdes recherches sur le rôle des structures familiales dans les phénomènes sociaux et les systèmes idéologiques.

De ces recherches, qui dérivent de Frédéric Le Play, un savant oublié du XIXe siècle, Emmanuel Todd a déjà tiré une succession de très robustes essais, La troisième planète, L'enfance du monde, La nouvelle France, L'invention de l'Europe, (Seuil). Au fil de ses ouvrages, il a popularisé et affiné des concepts tels que famille souche ou famille nucléaire.

Ces concepts lui ont permis d'interpréter en historien les phénomènes migratoires actuels. Les prochains développements promettent d'être tout autant instructifs.

Au début des années 90, tandis que les esprits s'échauffent en France autour de la question de l'immigration et de l'extrême-droite, Emmanuel Todd entre dans le débat en tirant les enseignements de ses recherches antérieures sur les groupes familiaux dans un essai remarquable, Le destin des immigrés (Seuil, 1994).

En prenant de la hauteur par rapport à la polémique de terrain, il montre les différences fondamentales qui distinguent les Français, les Allemands et les Anglo-Saxons dans leur relation avec l'étranger. Il en tire des prévisions encourageantes sur l'issue du processus d'intégration des immigrés récents en France

Aujourd'hui, dans la sérénité de son bureau, l'historien se recentre sur l'histoire longue des sociétés. Prolongeant ses premières analyses d'anthropologie sur les structures familiales, il prépare un traité majeur qui pourrait condenser le fruit de plusieurs décennies de recherches en marge des modes et des courants.  «Je brasse 600 groupes familiaux de tous les continents et mon horizon s'étend de l'an 3000 avant JC à l'an 1500 de notre ère !» dit-il en souriant.
 

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