Ségolène Royal a vanté les territoires, carte des pôles de compétitivité à la main pour illustrer "la France de demain" (Le Monde, 18/10/2006)

Publié le par François Alex

LeMonde.fr

Le premier débat au PS ne départage pas les candidats

Tous contents, et soulagés. A l'issue de leur premier débat télévisé consacré, mardi 17 octobre, aux questions économiques et sociales, les trois candidats à l'investiture présidentielle du PS se sont autocongratulés. Accueilli par des roses rouges et des "Fabius président !", Laurent Fabius a, tout de suite après, retrouvé ses partisans au café Jokko, dans le Marais. "Mes amis, c'était un débat de bonne qualité, a lancé l'ancien premier ministre. J'ai essayé de montrer deux choses : l'économie doit être subordonnée à un projet politique, et si on veut faire une politique nouvelle, il faut être précis." Certes, "les règles étaient faites pour que chacun, comme on dit en athlétisme, reste dans son couloir", mais, assure le candidat, "ce soir, c'était un débat, pas un combat". On refait la soirée, entre convaincus. "Smic, 35 heures... Celui qui n'a pas vu les différences, c'est qu'il regardait le foot sur TF1 !", s'exclame l'un de ses conseillers, Guillaume Bachelay.


REUTERS/POOL
Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius,
lors du premier débat télévisé pour l'investiture
du Parti socialiste, mardi 17 octobre 2006.

 

Place Pigalle, au premier étage du café Tchao-Bâ investi par ses supporteurs qui l'accueillent aussi avec des "DSK, président !", Dominique Strauss-Kahn se frotte les mains : "J'ai bien aimé le débat, dit-il. On ne s'est pas écharpés, il n'y a donc plus d'arguments pour qu'il n'y en ait pas d'autres." L'ancien ministre n'a qu'un regret : "Qu'il n'y ait pas plus d'interférences" entre les candidats. "Lui au moins a une vision, la France de l'avenir, c'est lui !", clament ses partisans.

Ségolène Royal et ses amis se sont retrouvés au restaurant Quai Ouest, en face des studios, hors la présence des journalistes jugée indésirable, dans une ambiance décrite par Arnaud Montebourg comme "plutôt à la fête". "Elle est différente des autres, se réjouit le député de Saône-et-Loire. Strauss-Kahn n'a pas d'espace, Fabius a une ligne mais ne convainc pas. Au minimum, Ségolène Royal garde sa très grande distance." Ici, on se félicite que l'épreuve ait été surmontée.

CONFRONTATION FEUTRÉE

Au même moment, au siège du PS, François Hollande se séparait des responsables socialistes, ralliés à Mme Royal et "non alignés", qu'il avait conviés à venir regarder avec lui l'émission. Aux côtés de François Rebsamen, ou Julien Dray, avaient ainsi pris place deux partisans de Lionel Jospin, Kader Arif et Eric Besson. "François était très en verve et plutôt drôle", commentait à la sortie un participant, en décrivant, ici aussi, une atmosphère bon enfant.

Tous contents, donc. Placée à gauche de l'écran par tirage au sort Mme Royal a vanté les territoires, carte des pôles de compétitivité à la main pour illustrer "la France de demain". "Il est temps que les Français reprennent la main" sur les "spécialistes", a-t-elle souligné, en privilégiant elle-même une attitude modeste : "Je n'ai pas réponse aujourd'hui à tout." Rassurant pour les militants "inquiets", M. Strauss-Kahn a suivi une ligne plus "macro" : la croissance pour principal moteur, un nouveau compromis social négocié avant même l'élection par le candidat, et une gauche "ennemie" de la dette.

"Déterminé", M. Fabius a ciblé son intervention sur le pouvoir d'achat et un mot d'ordre : "Mettre au centre de tout la personne humaine." Seul représentant du non à la Constitution européenne, il est aussi le seul à avoir... parlé d'Europe.

Feutrée, la confrontation a tout de même permis de révéler des divergences. DSK a tout autant rejeté le centralisme de Fabius et ce "sentiment depuis Napoléon que tout vient de l'Etat" que la décentralisation de Mme Royal en doutant que "les régions puissent suffire" à tout régler. Au sujet du smic, il a, tout comme Mme Royal, fraîchement commenté l'augmentation immédiate de 100 euros proposée par M. Fabius. "Il n'y a pas de différence de méthode, mais une différence d'ambition", a aussitôt réagi ce dernier.

A plusieurs reprises, la candidate favorite des sondages a tenté d'échapper aux questions sur les 35 heures. "Il faut regarder les choses telles qu'elles sont. C'est un formidable progrès social mais pour une minorité de salariés une régression", s'est-elle résignée à répondre. "Il faut réparer cela", a ajouté Mme Royal après avoir souligné les cas où les conditions de travail et d'accueil du public se sont dégradées. "Je préfère un socialisme qui regarde les choses en face", a-t-elle insisté, en refusant de dire si les 35 heures seraient généralisées comme le prévoit le projet du PS. Une mesure reprise au contraire par M. Fabius, qui a profité de l'occasion pour "rendre hommage" à Lionel Jospin et à Martine Aubry...

A l'arrivée, aucun des trois n'a été disqualifié, aucun des trois n'a dominé la soirée. Des différences ? "J'en vois au moins une, visible", a conclu en riant Mme Royal qui a ainsi abattu sa dernière carte : celle de la candidate femme. La boutade n'a pas fait rire tout le monde.

Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 19.10.06
LE MONDE | 18.10.06 | 15h45  •  Mis à jour le 18.10.06 | 15h48
Pic d'audience pour les chaînes parlementaires

Le débat des candidats à l'investiture du PS a profité aux chaînes parlementaires qui l'ont diffusé en direct : selon les audiences mesurées sur les terminaux ADSL (Freebox, Neufbox...), le canal Public Sénat/LCP-AN a bondi à la deuxième place, derrière France 2, à partir de 20 h 35. Les deux chaînes annoncent qu'elles vont porter plainte contre BFM-TV, qui a diffusé, sans leur autorisation, intégralement le débat en direct.


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