Hollande rejette la « radicalité » , dont il concède quelle appartient pour partie à la tradition culturelle des socialistes, au profit de la social-démocratie, « le bien commun des socialistes »
Les ténors socialistes ont la plume conformiste
par Robert Schneider
Politique : Dans leurs essais respectifs publiés récemment, Strauss-Kahn, Lang, Hollande expriment peu ou prou les mêmes idées sociales démocrates.
Challenges.fr | 25.05.2006
Qui disait que les socialistes n’avaient pas d’idées ? Leurs leaders en fourmillent ! Avant l’adoption de leur projet, au début du mois de juillet, trois d’entre eux et non des moindres – Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang, candidats déclarés à la candidature, et François Hollande, premier secrétaire du parti qui ne peut l’être tant que sa compagne, Ségolène Royal, caracole, mais qui « n’exclut rien » – éprouvent le besoin d’exprimer les leurs en publiant des essais qui marquent leur contribution personnelle au débat collectif.
Que ceux que les discours ou les motions de congrès du PS – forcément « à gauche », c’est la loi du genre – affolent se rassurent : ces trois hommes qui comptent, et qui seront amenés à jouer un rôle important dans les mois qui viennent, ont en commun, malgré des sensibilités différentes, d’être pragmatiques et non pas dogmatiques, sociaux-démocrates et non pas « révolutionnaires ». Inspiration venue du Nord Avec 365 Jours , qui paraît cette semaine, Dominique Strauss-Kahn a choisi la formule du journal. Il y livre ainsi ses réflexions au jour le jour sur les événements qui l’ont marqué de mars 2005 à mars 2006. L’occasion pour celui qui se voulait le Blair français, mais qui a, depuis, pris ses distances avec le modèle britannique, de réaffirmer ce qu’il appelle son « réformisme radical » . Les propositions de DSK pour lutter contre le chômage, les emplois précaires, les inégalités, s’inspirent d’ailleurs plutôt des exemples de l’Europe du Nord et non pas du modèle anglo-saxon. Seule, à ses yeux, la sociale démocratie peut parvenir à refonder le compromis social mis à mal par la droite. Parce qu’elle trouve son essence dans le dépassement des choix individuels, « alors qu’il est dans la nature du conservatisme libéral de refuser ce dépassement ». DSK juge que le procès fait aux socialistes français d’avoir toujours refusé de faire leur Bad Godesberg, c’est-à-dire de n’avoir pas dit qu’ils optaient pour le réformisme, est un faux procès : la conduite gouvernementale de l’équipe Jospin à partir de 1997 a bien montré que, dans les faits, le PS avait fait son aggiornamento. Des trois auteurs, Jack Lang est le plus prolixe. C’est le candidat graphomane. Après un livre sur l’école, un autre sur les institutions, un troisième sur l’immigration, en attendant celui sur la fiscalité, Lang vient de publier Vaincre le chômage . Lui, le socialiste flamboyant qui affirmait en 1981, après la victoire de François Mitterrand, que la France venait de passer de l’ombre à la lumière, s’est converti à son tour au réformisme. « Point n’est besoin de mettre à feu et à sang la société française pour la réformer […]. Il existe une voie social-démocrate de retour au plein-emploi » , écrit Jack Lang. Lui aussi s’inspire des modèles néerlandais, suédois ou danois sans les copier, les identités et les traditions étant trop différentes. Lang plaide pour une « flex-sécurité à la française » contre ceux qu’il appelle « les idéologues (de gauche) du ne changeons rien » , ce qui équivaut, à ses yeux, à faire accepter le chômage de masse, contre « les idéologues (de droite) du rompons avec le modèle social français » , ce qui revient à faire payer aux salariés l’adaptation de la société à la mondialisation. Comme Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang, contrairement à sa compagne Ségolène Royal qui regrette qu’on le caricature, Hollande est sévère avec le Premier ministre britannique Tony Blair, adepte d’une « troisième voie » que le premier secrétaire du Parti socialiste récuse. Comme eux, il ne croit pas aux solutions prônées par l’extrême gauche ou les altermondialistes. Comme eux, il est partisan d’un réformisme sans complexes et sans illusions : « J’ai fait le choix, comme socialiste, du réalisme. Ce n’est pas un péché, un gros mot, une déviation. C’est, jusqu’à nouvel ordre, la façon la plus sûre de changer les choses. » Ou encore : « Hier, la gauche raisonnait en termes de rupture avec autant d’actes forts […]. Au risque de trahir ou d’être empêchée. C’est ainsi qu’elle a toujours suscité des attentes irrépressibles sans savoir les canaliser, et les faire patienter. C’est ainsi qu’elle a toujours perdu son souffle. » Dans un monde de peurs et de désordres, la gauche, selon Hollande, doit rester « raisonnable » . Il rejette la « radicalité » , dont il concède qu’elle appartient pour partie à la tradition culturelle des socialistes, et la démagogie – être doctrinaire dans l’opposition et opportuniste au pouvoir – au profit de la sociale démocratie, « le bien commun des socialistes, leur langage universel » . Hollande reprend même le thème favori de Ségolène : « La gauche, c’est l’ordre juste » . Bref, les trois livres expriment des idées proches que ni Lionel Jospin dans son dernier essai (Le monde comme je le vois, publié chez Gallimard) ni Ségolène Royal dont le livre, fruit d’un long dialogue avec les internautes, paraîtra à la rentrée, ne renieraient.
François Hollande, lui, a choisi de se livrer dans un livre d’entretien avec le journaliste Edwy Plenel, Devoirs de vérité .
