Ce numéro de claquettes, d'autant plus remarquable que le danseur va sur ses 67 ans, était exécuté sous les yeux de Claire Chazal, qui se cantonnait, comme d'habitude, au rôle de Monsieur Loyal.
a déclaration de candidature à l'Elysée est un exercice obligé sous la Ve République. Elle est, d'abord et avant tout, un numéro télévisé. Jack Lang s'y livrait, dimanche soir, sur TF 1, avec une admirable fluidité. Tout en aisance et en souplesse. Un travail de professionnel.
Jack Lang est peut-être l'homme politique français qui manie le mieux la télévision. Il est aussi, sans conteste, le mieux habillé. Cela suffit-il à en faire un président ? Voilà longtemps que ce personnage, plus travailleur qu'on ne le dit, songe à un destin national. Il est populaire. Il ferait un merveilleux animateur. Il sourit tout le temps. Il n'annonce que du bonheur. Pourquoi tant de morosité ?
"Notre pays a tout pour réussir", dit-il. Pour un peu, il nous chanterait : "Il y a de la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles !" Bref, avec Jack Lang, la bonne humeur est garantie et le spectacle est assuré. Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? Il suffirait de si peu de chose...
Devançant tous ses petits camarades socialistes des deux sexes, Jack Lang annonce donc que, quoi qu'il arrive, il briguera, en novembre, l'investiture de son parti. Il y aura d'autres candidats, et surtout, une candidate ? Qu'à cela ne tienne ! "C'est une bonne chose que notre parti compte en son sein une pléiade de personnalités diverses."
D'ailleurs, "Ségolène Royal est une amie". On passe sur les "huit chantiers pour l'emploi" qu'il propose dans un livre, dont il dit, on n'est jamais si bien servi que par soi-même, qu'il est "porteur de bonnes nouvelles".
Même chose pour ses qualités personnelles, qu'il énumère, au cas où elles n'auraient pas encore été suffisamment perçues par le public. "L'expérience m'a enseigné la sagesse, la maturité et la connaissance de l'Etat, sans en même temps me faire perdre ce que j'ai en moi de foi, d'énergie et de ferveur." Il fallait oser. Jack Lang, en matière d'autopromotion, ose tout.
Ce numéro de claquettes, d'autant plus remarquable que le danseur va sur ses 67 ans, était exécuté sous les yeux de Claire Chazal, qui se cantonnait, comme d'habitude, au rôle de Monsieur Loyal.
Elle montrait à tout bout de champ le dernier ouvrage de son invité, Vaincre le chômage (Grasset). Entre promotion d'un côté et autopromotion de l'autre, l'échange tournait au spot publicitaire. Il faudrait l'enseigner dans les écoles de marketing : comment faire de la politique en ayant l'air de s'amuser. Fred Astaire à l'Elysée ! On se moque ? Non, on applaudit très fort. Bravo l'artiste !