Gosta Esping-Andersen / Wikipédia
Gosta Esping-Andersen est actuellement professeur à l'université de Barcelone Pompeu Fabra. Il a auparavant enseigné à Harvard, Florence, et Trente. Par ailleurs, il est connu pour sa participation aux réflexions animés par les organisations internationales telles que l'OCDE, l'ONU, la Banque Mondiale ou la Commission Européenne.
Ses recherches s'intéressent de façon large aux inégalités sociales, et aux comparaisons internationales des systèmes de protection sociales et de politiques publiques en matière notamment d'emploi.
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TYPOLOGIE DES ETATS PROVIDENCES
Sa théorie la plus connue en France, est exposée dans son ouvrage The Three Worlds of Welfare Capitalism publié en 1990, puis reprise et améliorée en 1999 dans Social Foundations of Postindustrial Economies.
Il axe son analyse sur la crise actuelle de l’Etat Providence et nous permet ainsi de voir les changements culturels à la base de la remise en cause des systèmes de retraite.
Esping-Andersen ne se focalise pas sur le système de protection social étatique mais bien sur les relations entre tous les acteurs jouant un rôle « d’assureur social ». En effet, trois Institutions peuvent prendre en charge les risques sociaux :
§ la famille sur le principe de réciprocité
§ le marché par la distribution fondée sur l’échange monétaire
§ et bien sûr, le secteur public qui organise une redistribution
Esping Andersen y ajoute mais de façon plus secondaire le secteur associatif / la société civile. A partir de la première guerre mondiale, les risques sociaux augmentant, ils ne peuvent plus être assuré uniquement par les deux premières entités, c’est la naissance des systèmes de protection sociale marquée par l’avènement des sociétés industrielles. L’Etat providence met en place une politique de « décommodization » (démarchandisation), qui vise à réduire la dépendance des individus face au marché, et d’assurer les risques des citoyens. (cf : Karl Polanyi : il met en exergue dans les années 40 que tout principe de protection sociale a pour objectif de dégager l’individu des pures lois du marché, aussi bien en cherchant le plein emploi qu’en garantissant un revenu de substitution en cas de difficulté )
L’auteur distingue trois principaux types de systèmes, en fonction de l’importance donné à chaque acteur de la protection sociale et à la philosophie de celle-ci.
Le premier est le régime libéral. Il repose sur un principe de responsabilité individuelle, et a pu naître dans les pays anglo-saxons grâce à la faiblesse des mouvements catholiques et socialistes. L’Etat intervient le moins possible. La régulation par le marché est donc forte. L’Etat va encourager les services privés car il limite sa politique d’aide aux familles au minimum (prestations sous conditions d ressources dans l’idée d’un simple filée de sécurité), et adopte une vision très étroite des risques sociaux. Ces groupes de pays anglo-saxons sont historiquement fondés sur un régime beveridgien.
La vieillesse reste toutefois un risque indéniable et pris en charge très tôt. Mais ces types de régimes vont aussi s’orienter vers des systèmes d’épargne privée ou de fonds de pension.
L’Irlande et le Royaume-Uni disposent d‘un système pour tous les travailleurs, géré par l’Etat et financé en partie par l’impôt. Dans les deux pays, le régime « général » verse des indemnités forfaitaires. Le Royaume-Uni complète ce système par un régime de retraites complémentaires non obligatoire (State Earnings Related Pension, SERP et Graduated Retirement Benefit) basés sur les revenus. En réalité, le montant de la pension d’Etat est très faible, s’inscrivant dans une logique d’assurance minimum (75.5 livres par semaine en 2003). Cette retraite est complétée par des pensions issues des régimes professionnels qui obéissent à la technique de la capitalisation mais 4 millions de personnes n’en bénéficient pas. Ces régimes de plus peuvent être plus ou moins avantageux selon qu’ils garantissent ou non le montant de la pension. Ils reposent sur les choix des entreprises, donc sur la loi du marché.
Le second est le régime social démocrate. Il regroupe les pays scandinaves. Sa base principale est l’égalitarisme et l’universalisme. Pays historiquement libéraux, la prise en charge des risques a pourtant été précoce. Il en découle une grande importance de l’Etat, et une vision large et compréhensive des risques sociaux. L’Etat adopte une politique de « defamiliarization » permettant aux hommes et aux femmes de faire le choix de travailler ou de rester élever leurs enfants. Ces mesures se retrouvent jusque dans les systèmes de retraite et influencent son mode de calcul.
Dans les pays scandinaves, un système mixte a donc été mis en place concernant la retraite : un régime général universel de type beveridgien qui verse des indemnités forfaitaires d’une part, et un régime complémentaire obligatoire des travailleurs dont le montant des indemnités se calcule en fonction du revenu ou des cotisations versées.
Enfin le modèle conservateur est suivi par l’Europe continentale et de façon un peu différente par l’Europe méditerranéenne. L’Etat providence a une origine monarchique et est fortement influencé par la religion notamment le catholicisme. C’est un régime corporatiste car il est fondé sur une organisation par type de métier, que l’on retrouve en partie dans la multiplication des caisses spéciales de retraite dans certains pays. L’Etat adopte une politique familialiste qui favorise le modèle du « male bread winner » (gagne pain masculin).
Les pays d’Europe continentale et méditerranéenne dont fait partie la France, ont adopté un régime plus ou moins bismarckien. La Belgique, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, l’Autriche et le Portugal ont mis en place un système obligatoire pour les salariés, mais aussi pour les indépendants dans certains pays, dont les indemnités reposent sur la durée et le montant des cotisations d’une part et le revenu d’autre part.
Il ajoute également le système méditerranéen qui serait une variation du régime corporatiste.
CRITIQUES
Outre le manque de nuance inhérent à toute typologie, les chercheurs en sciences sociales reconnaissant l'apport de cette analyse, lui reproche toute fois :
Sa non prise en compte des changements intervenus depuis les années 80 Son aspect non dynamique Sa tenance simplificatrice : la typologie a tendance à réunir des pays qui toutefois présentent de très grandes disparités (cf : thèse en cours de Marie-Hélène Martin sur Les racines culturelles des systèmes de protection sociale d'Europe du Nord et du Nord Ouest www.gepecs.fr)
Articles connexes
- Voir État-providence