Les trois mondes de lEtat-providence / Essai sur le capitalisme moderne, de G. Esping-Andersen
Les trois mondes de l’Etat-providence.
Essai sur le capitalisme moderne, de G. Esping-Andersen
![]() | Article mis en ligne le samedi 13 septembre 2003par Gerome Truc |
G. Esping-Andersen Les trois mondes de l’Etat-providence. Essai sur le capitalisme moderne. Paris, PUF, 1999 (1990), 310 pages (traduit de l’anglais par F.-X. Merrien).
Les trois mondes de l’Etat-providence de Esping-Andersen compte sans conteste parmi ces livres toujours cités et rarement lus. Il se fait rare aujourd’hui de trouver une analyse sur l’Etat-providence qui n’y fasse pas référence, ne serait-ce que pour en faire simplement mention en bibliographie. Malgré cela, il a fallu attendre dix ans pour que cet ouvrage, paru initialement en anglais en 1990, soit traduit en français, grâce à François-Xavier Merrien. On peut être tenté de penser malicieusement que c’est bien parce qu’il n’y avait pas besoin de lire véritablement ce que tout le monde connaissait déjà qu’il a fallu attendre un délai si long pour qu’un si « grand » ouvrage (si l’on en croit le traducteur, dans sa préface) soit traduit, ce qui n’empêchait personne d’y faire référence dans l’intervalle. Une autre façon de voir les choses incline à penser que les personnes qui faisaient référence à l’ouvrage en question avaient une suffisante connaissance de l’anglais pour se passer de la traduction, tant qu’il s’agissait de saisir les grandes lignes, et le cas échéant de faire la preuve qu’on avait au moins ouvert le livre en question.
Cette dernière interprétation permet en outre de rendre compte, ne serait-ce que partiellement, de deux faits. Premièrement, des Trois mondes, livre conséquent et volumineux, on ne retient généralement qu’une typologie, révolutionnaire pour certains, simplement une de plus pour d’autres... Une telle réduction peut s’expliquer par le mode de transmission du contenu de l’ouvrage tant qu’il n’est pas traduit. D’une part, la référence de référence, par articles interposés : un tel cite cet ouvrage et en dit cela, que je reprends moi-même dans mon propre travail... D’autre part, la lecture superficielle et rapide, ne serait-ce que parce qu’on ne maîtrise pas assez la langue originale pour aller « au fond des choses ». Mais, deuxièmement, on peut aussi voir dans ces phénomènes d’intertextualité sociologique, la raison d’une traduction qui, quoiqu’en pense le traducteur (qui, de toute façon, prêche bien naturellement pour sa paroisse), n’allait pas tant de soi. Que l’on pense aux délais de traduction en français de certains ouvrages fondamentaux de la sociologie (F.-X. Merrien n’hésite pas, d’entrée, à comparer l’ouvrage qu’il traduit à La grande transformation de Karl Polanyi dont il fallut attendre quarante ans la traduction)... Certes, Pierre Bourdieu, en son temps, avait remédié à quelques importantes lacunes (Goffman, Bernstein...) avec sa collection, Le sens commun, mais il y a encore aujourd’hui beaucoup à faire (ne serait-ce que les sempiternelles traductions et re-traductions des écrits de Max Weber). Neuf ans d’attente pour avoir une traduction de l’ouvrage phare d’Esping-Andersen, ce n’est finalement pas cher payé, au regard des habituels délais de la transmission des idées sociologiques.
Pour cette raison, l’ouvrage traduit peut sembler bien étrange au lecteur français peu au fait des « traditions » sociologiques ayant cours dans le monde anglo-saxon. En l’occurrence, Les Trois mondes est un ouvrage de synthèse et d’approfondissement de voies déjà bien tracées qui s’y rencontrent. Giddens, bien sûr, est cité dès la première page de l’Introduction. La « sociologie » correspond donc ici à cette pensée de la « post-modernité » internationalement reconnue (et parfaitement dédaignée en France), dont les maîtres à penser sont Giddens et Beck. Surtout, on ne peut pas comprendre en quoi l’ouvrage de Esping-Andersen est fondamental si on ne connaît pas les « problématiques principales » de l’analyse de l’Etat-providence auquel celui-ci fait référence. Or, ces problématiques « sont pour la plupart étrangères au champ intellectuel français » [1], note F.-X. Merrien. Là aussi, il ne s’agit pas de se demander si cette ignorance est fondée ou justifiée. On n’en est déjà plus là. Le lecteur français est donc instamment prié d’admettre qu’a priori ce livre qu’on a traduit, qu’on ne cesse de citer est « un magnifique exercice de sociologie scientifique », et pour tout dire, n’ayons pas peur des mots : « la référence scientifique ²indépassable² de notre temps », de sorte qu’il « existe un avant et un après Les trois mondes. » Pour peu, on pourrait croire avoir entre les mains une révolution scientifique - au sens de Kuhn, évidemment... Mais comme un peu de sociologie ne fait jamais de mal dans beaucoup d’hagiographie, on ne peut s’empêcher de rappeler la méfiance de H. S. Becker, qui sait que « dans tous les domaines, on fait mousser la moindre découverte ou l’avancée la plus minuscule pour l’ériger en une ²révolution ². » [2]
Bien entendu, Les trois mondes n’est peut-être pas une avancée sociologique des plus minuscules, mais maintenant que nous disposons de sa traduction, que l’on nous autorise au moins à poser la question. Disons-le d’emblée : Les trois mondes de l’Etat-providence ne saurait se réduire aux trois « régimes » d’Etat-providence distingués par Esping-Andersen. Il ne s’agit là que d’une dimension d’un travail à la fois plus vaste et plus ambitieux. Et on ne peut pas comprendre ce qui distingue les simples « régimes » des « mondes » si on ne restitue cette typologie particulière dans sa théorie d’ensemble. Reste alors à comprendre pourquoi, malgré tout [3], on réduit bien souvent cet ouvrage à cette seule dimension, car de toute évidence, des Trois mondes, ce sont avant tout les trois régimes que l’on retient et que l’on retrouve cités et référencés de manière quasi-systématique. De deux choses l’une : soit cette typologie est à elle-seule révolutionnaire, soit l’ouvrage n’est pas si « grand » et indépassable qu’on veut nous en persuader.
La question de départ, ou l’ambition d’un ouvrage.
La traduction française des Trois mondes fut pour Esping-Andersen l’occasion d’une mise au point dix ans après la parution initiale, grâce à la rédaction d’un texte inédit, un « épilogue pour l’édition française ». C’était l’occasion de répondre aux principales critiques, préciser certains points, bref « revoir » ses Trois mondes. En outre, Esping-Andersen a le mérite d’écrire clairement, noir sur blanc, et avec un style plutôt limpide (alors que le sujet est on ne peut plus complexe, et parfois obscur) ce qu’il veut dire. Nul doute que l’homme n’aime guère les confusions et les malentendus. Il prévient donc généralement deux phrases à l’avance quand il va dire quelque chose d’important, et répète d’ailleurs la chose en question aussi fréquemment qu’il le peut. Aussi commence-t-il ainsi son épilogue : « L’objectif principal n’était pas, à l’écriture de cet ouvrage, de développer une typologie, mais plutôt d’expliquer pourquoi les Etats-providence ont évolué de manières différentes et d’analyser les effets de ces variations » (p.277). Le sous-titre des Trois mondes, du reste, l’explicite bien : au-delà de l’établissement d’une typologie, il s’agit bien d’un « Essai sur le capitalisme moderne ». Il faut prendre le terme d’ « essai » au sens littéral car l’auteur concluait encore son ouvrage par les mots suivants : « C’est mon espoir que ce livre ne soit pas perçu comme une tentative plus ou moins réussie de prévoir le futur. Son propos était de suggérer [4] une façon productive d’analyser le changement contemporain » (p.275) C’est donc bien en ce sens que la théorie générale de l’Etat-providence que nous propose Esping-Andersen n’est pas seulement une synthèse remarquable et indépassable, mais aussi un « essai » avec ce qu’il comporte d’erreurs, d’oublis, d’impasses. Il convient alors de bien distinguer l’essai, la « suggestion », de l’exercice de « sociologie scientifique ».
L’intention d’Esping-Andersen est de faire œuvre de sociologie empirique comparative. Il veut expliquer les différences d’évolution entre les Etats-providence existant en Occident. Ce n’est que dans un second temps, sans nul doute plus hasardeux, qu’il tente de rendre compte des effets présents et à venir de ces différences. La typologie des trois « régimes » n’est pas une fin en-soi : elle n’a d’autres vocations que de permettre de réifier les différences et de rendre ainsi possible une étude comparative. Ce programme s’inscrit dans une logique de recherche, une démarche, propre à l’auteur. Il part en fait d’une inflexion de ses précédentes thèses concernant l’émergence de l’Etat-providence, développées dans un ouvrage non-traduit en français, au titre lui aussi explicite (on doit au moins reconnaître qu’Esping-Andersen n’est pas un homme de sous-entendus), Politics against markets, the social democratic road power [5]. La thèse principale était ici que la mobilisation de la classe ouvrière, sa constitution en force politique, est la cause principale de l’émergence de tels dispositifs institutionnels. Il s’agit de la théorie dite de la mobilisation des ressources de classes (power ressources approach). Désormais plus attentif aux différences et aux variations, il ne s’agit plus pour lui d’expliquer linéairement l’émergence de l’Etat-providence, en cherchant la cause principale. Au contraire, il entreprend de relativiser ses précédentes conclusions, en expliquant par la conjonction de multiples facteurs l’émergence et l’évolution de différents Etats-providence, au pluriel. L’idée est qu’en définitive la mobilisation de la classe ouvrière, à elle seule, ne saurait suffire. Il s’agit d’une condition nécessaire, mais non suffisante. Il est indispensable de pousser l’analyse plus loin. Ce qui justifie la rédaction des Trois mondes.
A cette fin, Esping-Andersen ne cherche pas à substituer une variable (la mobilisation de la classe ouvrière) à une autre. Il tente plutôt de combiner différents éléments, institutionnels sociaux, historiques, etc. Surtout, le rôle de la classe ouvrière est cette fois-ci perçu dans une optique plus stratégique. Ce sont les alliances (et contre-alliances) formées entre cette classe et d’autres (paysannerie, classe moyenne...) qui importent, plus que sa seule mobilisation. Bien entendu, ces alliances sont conjoncturelles. Les facteurs structurels (structures économiques et régime politique) sont plus systématiquement pris en compte. L’analyse se complexifie nettement. L’entreprise étant plus ambitieuse, elle engage une méthodologie rigoureuse et innovante. C’est sans doute à cette méthodologie qu’Esping-Andersen doit avant tout le succès de son ouvrage. C’est elle qui donne au tout des allures de « sociologie scientifique » et de véritable révolution. Afin de dégager, au sein des différences que l’on veut expliquer, des régularités, des proximités (en vue de constituer sa typologie), Esping-Andersen crée des indicateurs, dont le fameux indice de « dé-marchandisation », sur lequel il va nous falloir revenir. L’analyse prenant en compte de multiples facteurs, étroitement imbriqués les uns aux autres qui plus est, l’auteur a aussi recours à l’analyse multivariée, qui fait invariablement beaucoup d’effets (quels que soient les résultats obtenus, d’ailleurs...). Derrière le sociologue apparaît bien souvent le statisticien, quand ce n’est pas l’économètre ou tout simplement l’économiste. Le premier chapitre est tout entier consacré au discours sur l’Etat-providence de l’Economie politique classique (mais qui, de nos jours, tend, il est vrai, à être plus connue par les sociologues que par ceux que l’on a encore coutume de nommer « économistes »), mais les suivants font aussi fréquemment appel à de petits modèles et à des tests statistiques, nécessitant tout de même une certaine maîtrise de l’outil [6]. Cette méthodologie, pour être rigoureuse, n’en est pas moins dangereuse car elle tend parfois, par la magie du chiffre, à donner les apparences de la science à ce qui n’est en somme que l’expression irréfléchie d’a priori infondés. C’est ainsi que dans Les trois mondes, le meilleur côtoie parfois le pire...
La réponse apportée : une typologie, et au-delà.
Même s’il s’agit indéniablement de la partie la plus connue du travail de Esping-Andersen, on ne peut pas, bien entendu, faire l’économie d’une présentation de la typologie des régimes d’Etat-providence, et de la façon elle est établie. Après tout, cela constitue tout de même, si ce n’est le véritable cœur de l’ouvrage, au moins bien un de ses deux poumons (puisque l’ouvrage se compose de deux parties : « Les trois régimes d’Etats-providence » suivi de « La protection sociale dans la structure de l’emploi ») ! Esping-Andersen s’intéresse avant tout aux impacts des différents systèmes d’Etat-providence sur la dépendance des individus par rapport au marché, la stratification sociale, et le fonctionnement du marché du travail lui-même. La prise en compte de l’impact sur la dépendance à l’égard du marché constitue sans doute la principale innovation véritable de ce livre. Elle part somme toute d’une observation de « bon sens » (pour quiconque a quelques notions rudimentaires de marxisme) : le capitalisme tend à transformer l’homme en marchandise. L’homme doit vendre sa force de travail pour subvenir à ses besoins. Ce qui a deux conséquences regrettables. Tout d’abord, en certaines circonstances, il peut être amené à vendre cette force de travail pour moins que rien, un « salaire de misère », ne lui assurant pas des conditions de vie décentes. D’autre part, il existe de nombreuses situations au cours d’une vie où l’homme ne peut tout simplement pas vendre sa force de travail (jeunesse, vieillesse, maladie...), or il n’en a pas moins de besoins vitaux à satisfaire. Esping-Andersen considère donc que la fonction principale des Etats-providence est de pallier ces dérives inhérentes au capitalisme, en posant les conditions légales et institutionnelles d’un affranchissement (relatif) de l’homme par rapport au marché, qui va donc au-delà d’une simple fonction d’assistance. Esping-Andersen crée ainsi l’indicateur de « dé-marchandisation » pour mesurer jusqu’à quel point le système considéré permet aux individus de ne pas être eux-mêmes une « marchandise ». Cet indice est constitué par la prise en compte de diverses variables : les règles d’éligibilité, le niveau et la durée des droits obtenus et garantis, mais aussi le niveau des revenus de remplacement et les conditions nécessaires à l’obtention d’un tel revenu. Un indice de dé-marchandisation fort se décompose donc de la manière suivante : l’éligibilité est aisée, les droits facilement accessibles et pour longtemps, les revenus de remplacement sont le plus proches possible des revenus d’activité, et les situations permettant d’avoir accès à ces droits sont nombreuses.
Grâce à cet indice innovant, trois ensembles de pays peuvent être distingués : ceux qui ont un score faible (moins de 24), qui comprend notamment les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Nouvelle-Zélande ; ceux qui ont un score médian (entre 24 et 30) parmi lesquels la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon ; et enfin ceux dont l’indice est le plus élevé (au-delà de 30), soit les Pays scandinaves, la Belgique, l’Autriche, les Pays-Bas... Une première approximation semble indiquer qu’un score bas correspond à l’héritage d’un libéralisme institutionnel, tandis que des scores plus élevés seraient la marque d’un passé corporatiste ou d’une mobilisation politique de gauche à l’origine de la mise en place du système. A l’extrême, les scores les plus importants seraient le résultat d’une politique sociale-démocrate (la Suède a un score record de 39,1). Cette première distinction entre trois sous-ensembles demande néanmoins à être affinée (et validée) par la prise en compte des autres indicateurs. Ainsi, en ce qui concerne l’impact sur la stratification sociale, les pays sont distingués selon s’ils la renforcent ou la transforment, et le cas échéant, selon si cette transformation consiste en une dualisation ou une égalisation complète des positions sociales. Les pays de tradition libérale sont marqués par une forte dualisation de la société : la redistribution ne touche que les plus pauvres, afin de créer une hiérarchie stricte entre une classe moyenne, bénéficiaire, et une classe supérieure, qui n’est pas concernée par le système. En revanche, le système corporatiste, tel qu’il est à l’œuvre en France ou en Allemagne par exemple, structure des identités de classes marquées, favorisant en outre la loyauté à l’égard de l’Etat. Bien évidemment, l’égalisation de l’ensemble des conditions sociales est l’une des plus fortes caractéristiques du modèle social-démocrate, scandinave. La dé-marchandisation et l’impact sur la stratification sociale vont donc dans le même sens et se renforcent mutuellement.
La première partie se centre ainsi sur la présentation de trois « régimes » distincts d’Etat-providence, considérés comme des variables à expliquer (dans leurs variations nationale et institutionnelle principalement). Ces « régimes » ne sont pas encore des « mondes ». Ils permettent avant tout la comparaison empirique en vue de répondre à la question posée. Ce n’est que lorsque les Etats-providence sont aussi considérés comme des variables explicatives qu’une certaine complétude atteinte permet de parler de « mondes ». Un premier régime correspond au modèle conservateur-corporatiste, présent essentiellement sur le continent européen, organisé selon des principes bismarckiens, essentiellement autour des professions. C’est la performance sur le marché, notamment du travail qui détermine le niveau de protection sociale de l’individu, mais les prestations peuvent être très généreuses, afin de garantir une dé-marchandisation conséquente. Ce régime est particulièrement efficace dans une société de plein-emploi, chose qui devient rare, ce qui favorise la « crise » de ce régime. Un second régime est le « Welfare State » libéral [7], évidemment anglo-saxon, qui accorde une place centrale au marché et non à l’Etat, de sorte qu’il est caractérisé par des prestations basses et soumises à des conditions de ressources. L’Etat ne doit faire profiter de sa providence qu’en dernier ressort, lorsqu’il n’y a vraiment plus d’autres solutions, et selon des modalités d’intervention (et de financement) qui doivent de toute façon encourager un retour sur le marché du travail le plus rapide possible. Ce système instaure une faible dé-marchandisation et une forte dualisation. Enfin, il y a le régime universaliste, social-démocrate, idéal-type dont l’archétype est bien souvent le modèle scandinave (même si celui-ci n’est pas dépourvu d’éléments libéraux). Sa « spécificité la plus frappante (...) est peut-être sa fusion entre bien-être et travail » (p.43). Bien qu’il recherche ouvertement le plein-emploi (pour les hommes autant que pour les femmes), ses prestations sont indépendantes de la réalisation de cet objectif. Les doits sociaux sont destinés à l’ensemble des citoyens, et pas seulement aux plus démunis. Les prestations (particulièrement élevées) sont généralement délivrées sous forme de services gratuits en nature, ou sous forme forfaitaire en espèces. Le financement se fait par un impôt très progressif, géré par l’Etat mais de manière décentralisée. Parti d’une théorie linéaire et mono-causale de l’émergence de l’Etat-providence « en général », Esping-Andersen aboutit donc à la mise en évidence de différentes configurations historiques et sociales d’Etats-providence, dont les différences s’expliquent par la prise en compte d’une multiplicité de facteurs (plus ou moins) institutionnels : outre les facteurs strictement politiques (mobilisations et alliances de classes), il retient le rapport au marché et à la stratification sociale pour réifier et synthétiser ces divergences. Nous avons là, selon lui, le résultat d’une approche « interactive » (par opposition à une approche linéaire, et qui n’a donc strictement rien à voir avec l’interactionnisme symbolique bien connu des sociologues) qui prend en compte à la fois, et d’un même front, les Etats-providence dans leur pluralité et leurs causes. Toutefois, cette analyse qui substitue une multiplicité de facteurs en interaction à une cause unique n’est qu’un premier pas, puisque « une théorie soucieuse d’expliquer le développement de l’Etat-providence doit également pouvoir rendre compte de sa remise en cause ou de son déclin (...), pas seulement (son) évolution passée mais également (ses) perspectives futures » (pp.48-49).
Dans un second temps, étant donné que le but est de montrer que, au-delà de ce que « font » concrètement les Etats-providence, ce qui importe surtout est la façon dont « ils interagissent avec le marché et les arrangements alternatifs du privé » (p.129), les régimes d’Etats-providence (dont la première partie s’est attachée à expliciter les fondements et origines) sont mobilisés comme variables explicatives. L’approche interactive implique nécessairement ce renversement de perspective. Dans ce cadre, il n’y a plus de causalité à sens unique. Le cœur de l’ambition de l’ouvrage est d’ailleurs dans cette question : « quelle est l’influence des diverses formes revêtues par ces Etats sur les comportements économiques et sociaux au sein du capitalisme moderne ? » (p.171) Vaste question, par laquelle s’ouvre la seconde partie. On ne saurait mieux montrer que la typologie des régimes n’est pas une fin en-soi (comme cela pourrait être le cas chez nombres d’auteurs moins ambitieux) mais bien un moyen, en vue d’atteindre une « étude des transformations majeures en cours dans la sphère de l’emploi » considérées comme des résultats de l’influence des régimes d’Etats-providence sur le « cours d’évènements extérieurs à son champ traditionnel » (p.173). D’aucuns font de la relation de l’Etat-providence au marché le cœur de la démarche de Esping-Andersen, son innovation majeure étant l’indice de « dé-marchandisation ». Cela est méconnaître sa véritable ambition, et empêche de saisir l’importance accordée en réalité aux interactions existantes avec le marché du travail. En effet, dans cette seconde partie aussi volumineuse que la première, « l’hypothèse principale (est) que les spécificités des Etats-providence se reflètent dans la manière dont sont organisés les marchés du travail » (p.173). L’enjeu, bien entendu, est évident. Etant donné l’ampleur des mutations en cours sur les marchés du travail, qui n’ont d’égal que les interrogations et craintes qu’elles suscitent, le spécialiste des Etats-providence veut prouver non seulement sa compétence, mais tout à la fois l’efficacité de sa méthode et l’utilité de son savoir et de son point de vue. Bref, il cherche à s’imposer comme expert en la matière, ce qu’il réussit à en croire l’avant-propos de F.-X. Merrien.
Pourtant, c’est bien ici que les choses commencent à se dégrader. L’ambition est grande, mais pour la rendre réalisable, l’auteur est contraint d’emblée de revoir à la baisse son impressionnante méthodologie. Tenant pour définitivement acquis ce qu’il a établi dans la partie précédente, il ne se concentre plus que sur trois pays, censés symboliser (plus que représenter en fait) chaque régime : les Etats-Unis pour le régime libéral, l’Allemagne pour le corporatiste, et la Suède pour celui que l’on sait. Ce faisant, il perd en rigueur et s’interdit de voir en quoi le renversement de perspective qu’il opère dans cette seconde partie pourrait l’amener à réviser certaines de ses précédentes conclusions, et notamment l’homogénéité de ses regroupements. Certes, le travail d’analyse comparative concernant les disparités internationales en matière de marché du travail est toujours aussi considérable, recensant le plus de sources possibles. Celui-ci n’a toutefois plus le primat qui lui était accordé auparavant, du fait d’une montée en généralité à partir des typologies établies et réifiées. La démarche n’est plus inductive et empirique, mais bien déductive : « le type d’Etat-providence offre un point de départ fructueux permettant d’expliquer pourquoi nous nous dirigeons vers des trajectoires divergentes en matière d’emploi, de stratification sociale et (...) vers de nouveaux scénarios de conflits » (p.266). L’épilogue, à cet égard, met les choses au clair. Il y schématise à gros traits sa démonstration, et délivre, cette fois-ci sans aucune réserve, son jugement (plus proche de l’opinion personnelle que de la conclusion scientifique) concernant la solution pour atteindre un Etat-providence vraiment « parétien » [8]. Selon lui, « toutes les recherches [9] montrent immanquablement que la garantie la plus importante de sortie des faibles revenus ou des bad jobs [10] vient de l’éducation et des aptitudes individuelles. Ainsi, (...) il faut clairement insister sur l’éducation et la formation, plus que sur le maintien des salaires et sur les allocations » (p.294). L’auteur, avec un aplomb manifeste, rejoint ici la vulgate actuellement la plus en vogue concernant les remèdes à apporter à l’Etat-providence plongé dans une crise irréversible, telle qu’on peut aussi la trouver exprimée par Denis Kessler dans un article intitulé « L’avenir de la protection sociale » [11] paru la même année que cette traduction de Trois mondes [12]. L’entreprise scientifique, aussi rigoureuse qu’elle puisse apparaître dans un premier temps, n’en est pas moins au final pernicieuse dans la mesure où elle participe à l’imposition d’un point de vue qui n’a, lui, rien de scientifique, et dont le lien avec les analyses précédentes est absolument infondé. Une simple analyse rhétorique du dernier chapitre de l’épilogue confirme d’ailleurs cette impression puisque, à noter les adverbes « immanquablement », « clairement », « certainement », « probablement », on constate que cette fois-ci il s’agit bel et bien de persuader coûte que coûte, et non plus de démontrer. L’enjeu est d’ailleurs clair : convaincre du bien-fondé de la réforme le plus de citoyens possibles pour venir à bout du lobby incarné par « l’électeur moyen vieillissant capable d’utiliser son droit de veto pour faire échouer toute réforme importante » [13] (p.294).
Critiques et limites des Trois mondes de l’Etat-providence .
LesTrois mondes de l’Etat-providence est un ouvrage ambitieux mais douteux. Les conclusions auxquelles il aboutit jettent sur lui une opprobre, qui pousse à chercher les limites de sa pertinence et de sa rigueur scientifique. Certes, il propose un chemin de pensée complexe, attentif à la diversité et à la pluralité. Celui-ci tente d’expliquer l’émergence passée d’Etats-providence dans la société industrielle par de multiples facteurs, pour en venir à rendre compte des évolutions actuelles et à venir des sociétés post-industrielles grâce à cette notion désormais fondée d’Etat-providence. L’approche interactive justifie un renversement de perspective, permettant de saisir analytiquement une influence réciproque entre la cause et l’effet. Toutefois, le manque de rigueur au moment crucial du renversement, ajouté à l’absence de véritable synthèse (que marque bien le besoin d’ajouter un épilogue au moment de la publication en français), font lentement dériver l’ouvrage qui, bien que gardant les strictes apparences de la « sociologie scientifique », ne se distingue bientôt plus d’un « essai » au sens le plus trivial du terme, où les intuitions et les préjugés l’emportent sur les arguments fondés. Dans ces conditions, les critiques à faire - et qui furent effectivement faites - ne manquent évidemment pas. Comme l’ouvrage comporte deux parties, on peut regrouper ces critiques en deux catégories, celles ayant pour objet les sources et la méthode, et celles concernant la problématique sociologique adoptée.
L’analyse se veut « interactive » et « multivariée », elle a le mérite de ne pas reculer devant la complexité indéniable du réel. Le critère qui préside néanmoins au choix des variables qu’il convient de prendre en compte ou de délaisser, en particulier pour mesurer la dé-marchandisation, n’est pas suffisamment explicité. Un pan de l’analyse est obscure, où peuvent se nicher intuitions a priori autant que préjugés. Deux questions, pourtant élémentaires, ne sont ainsi pas prises en compte, ou ne reçoivent en tout cas pas l’attention qu’elles mériteraient : combien (on parle effectivement de montant, de volume de dépenses) chaque pays dépense-t-il en pourcentage du PIB pour la protection sociale, voire éventuellement pour chaque branche ou chaque risque ? On trouverait sans doute ici matière à revoir les regroupements opérés dans la première partie. D’autre part : comment chaque pays finance-t-il ces dépenses ? Par l’impôt et/ou par une contribution obligatoire et généralisée, et dans quelles proportions ? [14] La distinction nette entre les régimes libéraux et sociaux-démocrates en particulier serait remise en cause, transcendée par une commune influence beveridgienne, incarnée notamment par une préférence pour le financement par l’impôt. Passer de trois « régimes » à trois « mondes » clos et distincts n’est donc pas une chose aussi évidente qu’on voudrait nous en persuader. En outre, Esping-Andersen ne se pose que très peu (voire pas du tout) la question des « absents ». Il ne cherche jamais à recenser les contre-exemples éventuels, les pays manquants à l’appel. Pourtant, H.S. Becker remarque encore les vertus scientifiques d’une recherche des « cas qui ne cadrent pas » [15], permettant de vérifier la validité d’un point de vue, et le cas échéant de le réviser pour le consolider. Les cas en question sont connus : l’Espagne, le Portugal, l’Italie, et la Grèce tout particulièrement [16]. D’aucuns ont évoqué la pertinence d’un quatrième régime, voire d’un quatrième monde, mais qui aurait le défaut évident de ne pas être pensé et constitué en-soi, en fonction de ses propres spécificités, mais bien d’une manière bâtarde, par rapport aux autres régimes déjà identifiés, auxquels il emprunterait ses caractéristiques. Partant de là, ce quatrième monde ne serait absolument pas indispensable à la compréhension des Etats-providence. La posture d’Esping-Andersen est habile : lui ne se pose pas la question des cas particuliers et des exceptions, puisque sa typologie lui importe peu. Elle n’est qu’un moyen, en vue d’une fin plus noble : la recherche d’une théorie explicative de portée générale. Il conçoit ses trois régimes comme des idéaux-types, qui ne correspondent pas nécessairement à la réalité, mais dont on doit juger à l’aune de leur capacité à expliquer la réalité en question. La référence (non-explicite) à Weber a toutefois bon dos, car Les trois mondes de l’Etat-providence n’a visiblement pas grand chose d’autre de weberien. Au demeurant, nombreux sont les sociologues qui ont aujourd’hui pris l’habitude d’en appeler (parfois en méconnaissance de cause) aux idéaux-types pour passer outre l’imperfection d’une typologie, et prétendre fonder des démonstrations et des argumentations moins démontrées sur des cadres dont on s’est ainsi bien gardé d’éprouver la robustesse, par la recherche des exceptions (qui ne confirment pas la règle).
En ce qui concerne la problématique sociologique adoptée aussi, les critiques ne manquent pas. Tout se passe comme si l’ampleur de l’ambition et de l’objet d’étude avait justifié, pour rendre l’entreprise faisable, de réduire au strict minimum la problématique d’étude. Le travail salarié est manifestement considéré comme la clé de la citoyenneté, et toute l’analyse est en fait menée du point de vue (plus ou moins implicite) d’un travailleur salarié mâle, d’où une attention plus facilement portée aux systèmes de retraites (chapitre 4) et au chômage (chapitres de la seconde partie), plutôt qu’aux problèmes non moins important de maternité [17], de prises en charges de personnes âgées, de rémunération des travaux domestiques, etc. D’une manière générale, Esping-Andersen ignore les écarts et disparités existants entre hommes et femmes en matière d’accès aux droits sociaux ou de rémunération salariale. Bien entendu, dans ces conditions, la critique féministe n’a pas manqué de se déchaîner sur Les trois mondes de l’Etat-providence. L’auteur reconnaît d’ailleurs sans peine la validité et la pertinence des critiques formulées à son encontre sur ce point, puisque c’est le premier sujet abordé dans son épilogue. Malgré tout, il se contente de faire référence aux critiques de A. Orloff (1993) et de J. O’Connor (1996), alors que la critique sans doute la plus efficace de ce point de vue fut celle de Jane Lewis (1993) [18] qui alla jusqu’à proposer une typologie alternative, en fin de compte tout aussi célèbre que celle de Esping-Andersen qui distingue « male breadwinner model » (littéralement le modèle de « Monsieur Gagne-pain »), « parental model » et « two breadwinners model »), grâce à un indice de « dé-genrification ». Aux yeux de Esping-Andersen, il s’agit là d’une « autre question sociologique » [19], et de rabattre alors la riche critique féministe sur une simple critique du point de vue du rôle joué par l’institution familiale, bientôt elle-même réduite à un « familialisme » purement idéologique... En effet, la crise actuelle des Etats-providence est d’une toute autre nature que les précédentes : ce n’est plus une simple crise de légitimité, mais une vraie crise profonde, d’identité pourrait-on dire, aussi est-elle extrêmement difficile à résoudre. « La privatisation ou le familialisme [20] n’apportent pas de solution parétienne à la crise » (p.290), si tant est qu’une telle solution puisse exister...
Pourtant, cette objection ne résout en rien la non-prise en compte de la spécificité des mesures de politique de la famille [21] qui aboutit elle-aussi à remettre en cause le bien-fondé des idéaux-types d’Etats-providence [22]. En outre, cette critique amène à considérer la question de la prise en charge des personnes âgées ou handicapées d’un autre point de vue que Esping-Andersen, qui ne fait que souligner l’incapacité de soutien financier de l’Etat-providence en la matière [23]. Il faut aller au bout de la démarche, pour poser la question suivante : le « caring », le fait de « prendre soin » (que ce soit d’une personne âgée ou bien d’un nouveau-né, ce qui recouvre donc aussi les états de maternité et paternité) peut-il, doit-il, être considéré comme un « travail » à part entière, qui justifie non seulement une compensation, mais éventuellement une véritable rémunération en cas d’arrêt de son emploi ? Et ce, d’autant plus quand cet arrêt n’est pas choisi, mais rendu obligatoire par une incapacité de l’Etat, aussi providentiel soit-il, à prendre en charge lui-même la personne (manque de places en crèches ou en maisons de retraite)... [24] Bien entendu, cela est encore une autre « question sociologique », mais Esping-Andersen a sans doute tort de ne pas vouloir se la poser, car par la même occasion, il se trouve incapable de réfléchir sur le point focal de tout son édifice : la travail, dont l’idéal-type reste, à ses yeux, le travail salarié (ce qui l’empêche, du même coup, d’intégrer véritablement à sa réflexion les nouveaux problèmes posés par les chômeurs et les travailleurs précaires). A partir d’une telle prémisse qu’il refuse de discuter, il semble condamner le second temps de son analyse, en cherchant à y expliquer une réalité nouvelle avec des mots et des concepts forgés dans le passé, et qui ont donc changé de contenu (quand ils ne s’en sont pas tout simplement vidés). Dans sa tentative d’expliquer les mutations du capitalisme contemporain par sa typologie des régimes d’Etats-providence, il est incapable d’avoir le moindre recul sur la situation et sa grille d’analyse, car les termes qu’il emploie ne sont déjà plus adéquats. Il refuse de voir en quoi la « crise » d’un nouveau genre que traversent les Etats-providence peut aussi mettre en cause sa typologie et ses vertus explicatives. C’est alors en toute logique que, confronté à une aporie, le sociologue substitue ses opinions à des démonstrations, cherche à persuader plutôt qu’à démontrer, jouant en somme son va-tout, dans un ultime coup de force, persistant et signant dans son épilogue.
Les trois mondes de l’Etat-providence : un pavé dans la marre.
Les trois mondes de l’Etat-providence, au regard de son (seul) titre est une réussite. Grâce à une méthodologie rigoureuse et dans l’ensemble pertinente, Esping-Andersen revoit et actualise radicalement la typologie des Etats-providence occidentaux. Ce faisant, il fait œuvre de référence pour l’ensemble des travaux d’analyse comparative (qui ne manquent certes pas) en la matière. Au passage, il a le talent indéniable de créer de toutes pièces un indicateur à la fois juste et efficace. Un indice de « dé-marchandisation », reconnaissons-le, il fallait y penser. A cet égard, le travail présenté est stimulant.
Au-delà, Esping-Andersen, peut-être un peu trop sûr de lui, a des ambitions disproportionnées. Il en vient très vite à confondre, comme il est (très) courant sur ce sujet, science et politique, opinion et vérité scientifique, argumentation et démonstration, nécessité irrévocable (au nom de l’on ne sait quelle téléologie...) et invitation à la réflexion. Au regard de son sous-titre, auquel on devrait prêter plus d’attention que de coutume pour anticiper la catastrophe à venir, cet « Essai sur la capitalisme moderne » n’est vraiment rien de plus qu’un essai, raté qui plus est.
Les Trois mondes de l’Etat-providence n’est donc pas un « grand » ouvrage. C’est un ouvrage parmi d’autres sur la question, et dont la typologie peut-être mise sur le même plan que celles de Titmuss ou de Leibfried. Loin d’être « indépassable », c’est un outil mobilisable pour d’autres réflexions, qui ne doit pas impressionner outre mesure. En fin de comptes, on comprend que l’on n’ait jusqu’ici retenu de ce livre que cette typologie, qui vaut ce qu’elle vaut. Même si l’auteur (peut-être moins que son traducteur tout de même) semble s’en désoler, on ne saurait trop lui conseiller de s’en contenter. Le reste porte les stigmates de cette ingénierie sociale de mauvaise augure, cette expertise pour ministère, qui gravite autour de la question de l’Etat-providence, depuis que l’on a découvert (ou décrété, on ne sait plus trop) sa crise. L’idéologie et les a priori prennent les habits de la science, déguisés derrière un langage emprunté à l’économie (cette fameuse solution « parétienne » qui a de quoi faire fantasmer plus d’un haut-fonctionnaire) et le recours à des modèles qui n’ont d’autres vertus que de faire du chiffre avec tout et n’importe quoi... On n’y trouve plus grand chose d’à proprement parler « sociologique », si ce n’est une quasi-négation de la sociologie : peut-on décemment proposer de tout miser sur l’éducation et la formation quand on a quelques notions de sociologie de l’éducation ? [25] Les trois mondes de l’Etat-providence est donc un (lourd) pavé dans la marre des études portant sur les systèmes de protection sociale, et une pierre dans le jardin des sociologues.
[1] Cette citation, comme celles qui suivent sont extraites de la Préface à l’ouvrage, et plus particulièrement les pages 2-5.
[2] H.S. Becker, Les ficelles du métier, Paris, La découverte, 2002, p.151.
[3] Et en particulier malgré cette traduction, qui existe tout de même, désormais, depuis quatre ans.
[4] C’est nous qui soulignons.
[5] Harvard, 1985.
[6] Maîtrise qui distingue sans aucun doute l’auteur de ses traducteurs français, tant les équations correctement traduites sont rares dans l’édition française. A cet égard, on peut s’étonner que la rigueur scientifique soit vantée, alors même qu’elle n’est pas respectée dans l’entreprise de traduction. Sans doute faut-il voir là aussi un effet d’imposition du « chiffre » en lui-même, qui donne des apparences (et donc des gages) de scientificité, auquel on adhère les yeux fermés, même (surtout) quand les modes de production de ces chiffres nous dépassent.
[7] Ou résiduel, en référence notamment à l’ancienne typologie établie par Titmuss en 1958 (Essays on the Welfare-State, London, Allen & Unwin, 1958).
[8] L’adjectif a de quoi faire sourire sous la plume d’un sociologue, tant il est la marque d’un raisonnement économiciste, puisqu’il fait explicitement référence à l’optimum de Pareto, au fondement de l’économie du bien-être.
[9] Malheureusement, il ne nous sera pas indiqué lesquelles...
[10] Nous proposons modestement la traduction « emplois précaires ».
[11] In Commentaires, n°87, automne 1999.
[12] On aurait tort de voir là une simple coïncidence, tant les prophètes du libéralisme, depuis l’invention des think tank anglo-saxon, s’y entendent pour orchestrer des mouvements d’opinion qui sont autant de coups de force. La répétition incessante d’un diagnostique contribue grandement à lui donner la force de l’évidence et de la nécessité (voire de l’urgence).
[13] L’expression est elle-même très ambiguë tant un vocable scientifique et objectif semble recouvrir imparfaitement une sorte de dédain élitiste que trahit l’adjectif « vieillissant » et la généralisation sans fondement (autre que son indéniable effet rhétorique) poussant à parler de « toute réforme importante » quand il n’est jamais question que d’une seule. A cet égard, l’épilogue de l’ouvrage relève moins du débat d’idées ou de la critique méthodologique, que de la brillante analyse menée par A.O. Hirschman dans Deux s

Article mis en ligne le samedi 13 septembre 2003