Limportant est de favoriser lémergence dune flexisécurité, inspirée du modèle danois /
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A la suite de l’intervention télévisée du Premier Ministre, Alain Joyandet, député de la Haute-Saône et principal orateur UMP lors de l’examen du CPE par l’Assemblée Nationale, a bien voulu répondre aux questions du Magazine.info. Interview.
Alain Joyandet : Je l’ai trouvé plutôt convainquant. Ses explications ont été utiles. Dominique de Villepin a rétabli certaines vérités sur le CPE contre la caricature qui en est faite par ses opposants. Il a rappelé que le public prioritairement visé par le CPE est celui des jeunes en difficulté, sous-qualifiés, qui sont déjà en situation de précarité et qui n’arrivent pas à intégrer durablement le marché du travail.
Le Magazine.info : Comment expliquez-vous alors que la contestation provienne majoritairement du monde étudiant ?
Alain Joyandet : Le mouvement actuel des étudiants révèle d’abord une inquiétude liée à la sortie des études et à l’entrée dans le monde professionnel, qu’ils assimilent à la signature d’un CPE. Je peux comprendre cette inquiétude, bien qu’elle me paraisse injustifiée, puisque leur insertion professionnelle n’est pas conditionnée à la signature systématique d’un CPE. J’ajoute que le Premier Ministre a rappelé dimanche sa volonté de dialogue pour continuer à mieux expliquer et faire comprendre le CPE. Il a également annoncé son intention de prolonger les négociations avec les partenaires sociaux.
Le Magazine.info : Que répondez-vous aux responsables politiques de l’opposition qui annoncent des risques d’affrontement très sérieux en cas de non-retrait du CPE, ou aux responsables syndicaux qui réclament la suspension du CPE avant d’entamer toutes nouvelles négociations ?
Alain Joyandet : Dominique de Villepin a tendu la main à la négociation. Il est donc regrettable qu’on lui oppose une volonté de blocage et un refus du dialogue, d’autant que le texte a été voté par le Parlement. L’article 49.3 n’a été utilisé que postérieurement au vote des députés, pour éviter d’entrer dans l’obstruction systématique.
Le Magazine.info : Dans le cadre de sa Bataille pour l’Emploi, le Premier Ministre a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de « faire sauter les verrous et les blocages qui paralysent la société française » et « d’adapter le modèle social ». Que pouvez-vous dire sur ce point ?
Alain Joyandet : Sans parler au nom du gouvernement, il est certain que le CPE constitue une rupture avec la culture française du contrat de travail, ce qui alimente d’ailleurs la contestation. Les mentalités doivent évoluer, d’autant que le CPE n’écarte pas la possibilité d’un recours au Prud’hommes en cas de litige, puisque le droit commun du Code du Travail est évidemment maintenu. Le but du CPE est de dynamiser et de fluidifier le marché du travail, pas de créer des salariés jetables comme des Kleenex. L’important est de favoriser l’émergence d’une flexisécurité, inspirée du modèle danois. La flexibilité constitue effectivement un avantage pour les entreprises. Mais le salarié bénéficie de réelles contreparties en cas d’interruption du contrat avant la fin de la période de consolidation de deux ans. La sécurité du système est apportée par le domaine public qui prend des engagements très clairs à l’égard du salarié. Un jeune dont le CPE serait interrompu au bout de 3 mois touchera une indemnité pendant 7 mois. Sans compter qu’il bénéficiera d’un préavis d’un mois et d’une indemnité de rupture, accompagnés par un complément de rémunération pendant 3 mois au titre du droit à la formation. Tout ceci constitue une réelle avancée par rapport au système actuel. A travers le CPE, il s’agit donc d’accroître avant tout la sécurisation des parcours professionnels. Une étude européenne a d’ailleurs montré que le Danemark est le pays d’Europe qui affiche la plus grande flexibilité dans l’emploi, tout en étant celui qui connaît la plus grande sécurité professionnelle, puisque seulement 3 mois en moyenne y sont nécessaires pour trouver un nouvel emploi.
Le Magazine.info : Que répondez-vous aux opposants du CPE qui lui reprochent pourtant d’accroître la précarité des jeunes au lieu de favoriser leur insertion et leur mobilité professionnelle ?
Alain Joyandet : Les jeunes sont aujourd’hui freinés dans leur insertion professionnelle parce qu’on leur reproche souvent leur manque d’expérience. Or le CPE a précisément pour objectif de faciliter l’acquisition de cette première expérience. De plus, croyez-vous qu’un employeur qui aurait fait le pari de former un jeune pendant deux ans accepterait de le licencier sans raison valable ? L’embauche et le licenciement à répétition sont toujours une source de complications pour un employeur. La majorité des chefs d’entreprise ne se conduisent pas de cette manière. J’ajoute qu’il est prévu d’assortir le CPE d’un accompagnement personnalisé des demandeurs d’emploi, qui seront suivis individuellement tout au long de leur recherche.
Le Magazine.info : Le principal reproche fait au CPE concerne l’absence de justification du licenciement pendant les deux premières années. Des évolutions sont-elles possibles sur ce point ?
Alain Joyandet : Je ne le crois pas, car cela reviendrait à remettre en cause l’esprit même du CPE. C’est en ce sens que les mentalités doivent continuer à évoluer, puisque cet avantage accordé aux employeurs s’accompagne dans le même temps de garanties nouvelles apportées aux salariés. Ceux-ci ne doivent donc pas hésiter à réclamer et profiter de ces contreparties.
Le Magazine.info : Précisément, la Fédération Française des Banques s’est engagée à considérer le CPE comme un CDI. Or les banques ne sont pas contraintes de motiver leur refus de prêt. N’y a-t-il pas là une insuffisance ?
Alain Joyandet : Peut-être faut-il effectivement aller plus loin dans ce domaine. Pour autant, tout contrat, même un CDI, ne constitue pas une garantie d’emploi à vie, et chaque emprunt bancaire s’accompagne d’une prise de risque minimale. A ce titre, le CPE ne déroge pas à la règle.
Le Magazine.info : Dans une interview qu’il nous a accordée récemment, Marc Touati, directeur de la recherche économique de Natexis Banques Populaires, estime que la multiplication des différents types de contrat nuit à la lisibilité de notre marché du travail. Qu’en pensez-vous ?
Alain Joyandet : Je suis également favorable à la réduction du nombre des contrats de travail, tout en conservant la possibilité de répondre à des situations complexes de retour à l’emploi à travers, par exemple, les contrats aidés. Mais dans un cadre d’employabilité normal, une réflexion autour d’un contrat unique me parait effectivement nécessaire.
propos recueillis par |
| Joévin Canet, le 14 mars 2006 |
Le Magazine.info : Qu’avez-vous pensé de l’intervention du Premier Ministre dimanche soir à la télévision ?