FLEXISECURITE Le modèle danois est difficilement importable / Nobs / 6 juin 2005

Publié le par François Alex

"Le modèle danois est
difficilement importable"

''Le modèle danois est difficilement importable'' par Bernard Maris,
professeur d'économie
à Paris VIII
et chroniqueur à Charlie hebdo

En quoi consiste la flexisécurité à la danoise ?

- La flexisécurité à la danoise passe par différents points. Les entreprises ont une liberté totale de licencier. Les salariés licenciés sont pris en charge pendant 48 mois mais sont un peu moins payés qu'en France - l'allocation maximale étant de 21.000 euros, contre 65.000 euros en France. Le système danois est financé par l'Etat et non par un système paritaire. Il coûte 5% du PIB chaque année. C'est un système fondé sur un pacte social assez fort; le taux de syndicalisation est de l'ordre de 75%, contre 10% chez nous. Il y a un taux de rotation des salariés élevé, de 25-30%. C'est énorme, un quart de la population active change de métier chaque année. Ils doivent accepter le poste qu'on leur propose ou suivre une formation. Tout cela contribue à rendre le marché du travail plus flexible.

Le modèle danois est-il réellement importable en France ?

- A mon avis, le modèle est difficilement importable en France. En effet, le Danemark est un petit pays, avec 5,3 millions d'habitants. C'est un système piloté au coup par coup, où tous les chômeurs sont connus. En France, le pilotage doit être davantage macroéconomique.


Avec 75% de salariés syndiqués et un pacte social fort, le système de protection des salariés n'a rien à voir avec le modèle français. Mais ça coûte très cher. Je pense que si on pouvait tripler le plan Borloo, on arriverait aussi à réduire le chômage.
Par ailleurs, le modèle danois implique une grande mobilité des salariés, et il n'est pas certain que les Français l'accepteraient.
Au Danemark, les chômeurs sont suivis individuellement. Ils savent que le chômage est provisoire (trois mois en moyenne contre un an en France), qu'ils sont suivis, pris en charge. Ils sont rassurés, acceptent de bouger, de changer de métier, de qualification. C'est un système qui leur donne confiance et je pense que les Français accepteraient de changer dans ces conditions. En France, le système est peu pénalisant pour les gens qualifiés. A mon avis, il devrait être davantage axé sur les personnes peu qualifiées.

Le modèle danois est un système qui coûte cher. Comment pourrait-on le financer en France ?

- Pour financer un tel système, des effets d'aubaine d'exonérations fiscales pour les entreprises qui embauchent pourraient être mis en place avec une obligation de résultats.
On pourrait également pénaliser, taxer les entreprises qui licencient. Sinon, cela passe par des choix budgétaires arbitraires.

Propos recueillis par Manuelle Tilly
(le lundi 6 juin 2005)

 

 

 

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