Ségolène Royal faisait référence à Tony Blair au début de la campagne interne, cherchait à briser certains tabous, puis elle a donné des gages à l'orthodoxie (Profession Politique, 27/04/2007
Le Parti socialiste à l’heure du recentrage ?
Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ont mis en place les conditions d’une éventuelle mue du PS en parti social-démocrate assumé. Une révolution souvent évoquée mais qui semble très difficile à réaliser. Il y a cinq ans, la question ne se posait même pas. L’extrême gauche, lors du premier tour du scrutin de 2002, pesait près de 15 %, un score qui a longtemps nourri les regrets de jospinistes amers de ne pas avoir navigué davantage à bâbord. Mais le vote de dimanche a rebattu les cartes : la gauche de la gauche ne pèse plus que 7 %, dont plus de la moitié sont incarnés par le seul Olivier Besancenot, lequel ne veut pas entendre parler d’un quelconque accord de gouvernement avec la rue de Solférino. Et à droite du PS, la bonne campagne de François Bayrou a permis à Michel Rocard, suivi de Bernard Kouchner et Claude Allègre, de sortir du bois, quand d’autres préféraient rester dans l’ombre. L’impératif, pour espérer une victoire à l’élection présidentielle : séduire les 7 millions d’électeurs centristes. Le contexte est favorable à un recentrage du Parti socialiste, d’autant que, de l’autre côté de l’échiquier, l’UMP s’est sensiblement droitisée dans le but - atteint - de séduire les partisans du FN.
| Gracque amer
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| Constat amer et définitif, pour l’un des membres des Gracques, ce collectif de hauts fonctionnaires qui avait appelé à une coalition PS-UDF avant le premier tour de la présidentielle : "Il n’y a pas de tendance naturelle à l’évolution du PS... Le scrutin a pourtant montré que les électeurs voulaient autre chose." Le pessimisme est le même sur l’attitude de l’UDF et la victoire du PS, qui n’auront, selon ce même membre des Gracques, pas l’occasion d’espérer se coaliser pour les législatives : "François Bayrou se concentre sur la constitution de son nouveau parti et sur les législatives, alors que Ségolène Royal se concentre sur la présidentielle. Au lendemain de l’élection, alors que l’on peut penser que Nicolas Sarkozy sera vainqueur, le PS partira immédiatement dans les législatives pour gagner le troisième et le quatrième tours. De toute évidence donc, le PS n’aura pas l’occasion de procéder à une mutation avant le scrutin du mois de juin." |
3 questions à... Michel Rocard
Ancien Premier ministre de François Mitterrand, Michel Rocard est député européen, membre du groupe socialiste.
L’alliance que vous appeliez de vos vœux peut-elle se réaliser ?
Ségolène Royal peut espérer gagner, mais ce sera difficile. Elle doit effectivement chercher des voix ailleurs qu’à l’extrême gauche. L’alliance que j’ai proposée sera difficile à envisager. Je crains une réaction frileuse du Parti socialiste.
Le centre de gravité s’est déplacé : Ségolène Royal doit séduire l’électorat centriste pour espérer l’emporter. Le Parti socialiste va-t-il faire sa mue contré son gré ?
S’il y a une mue, elle sera petite. Et cela prendra du temps. Le Parti socialiste aura du mal à se transformer complètement, mais il faudra bien trouver un accord, notamment pour les législatives. Il faut se faire à l’idée qu’il ne peut y avoir à l’avenir que des gouvernements de coalition, surtout quand les partis ne regroupent pas plus d’un quart de l’électorat. C’est une voie inéluctable... C’était le sens de ma proposition.
Le score de François Bayrou n’a-t-il pas donné raison à la "deuxième gauche" ?
La deuxième gauche n’a pas gagné, mais elle n’a pas perdu non plus. C’est une situation ouverte.
Le serpent de mer de la social-démocratie
La tentation du recentrage a déjà chatouillé à plusieurs reprises les leaders socialistes à travers les époques. Mais jamais le cap n’a été franchi.
"Aujourd’hui, on en est peut-être à la troisième tentative"... Même s’il estime qu’une alliance avec le centre ne serait pas le meilleur moyen pour le Parti socialiste de réaliser une éventuelle mue (lire ci-dessus), Alain Bergounioux, secrétaire national aux études au PS, considère que le contexte actuel pourrait se prêter à une telle évolution... ou s’inscrire dans l’Histoire comme une nouvelle occasion ratée pour le socialisme à la française de prendre un virage idéologique fondamental. La problématique ne date en effet pas d’hier puisqu’en 1946, déjà, Daniel Mayer, le secrétaire général de la SFIO, ancêtre du PS, a souhaité ouvrir son parti à tous les courants issus de la Résistance, pour constituer une grande organisation de type "travailliste". Un projet vivement contesté par de nombreux militants, certains n’hésitant pas à parler de politique "révisionniste".
Adaptation forcée
L’affrontement entre les deux positions atteint son paroxysme lors du congrès de 1946, durant lequel Daniel Mayer est nettement battu. Léon Blum, qui avait affirmé son attachement à la dénomination de social-démocratie, est désavoué et Guy Mollet est finalement élu secrétaire général, mais de justesse. L’autre période durant laquelle le pas aurait pu être franchi est constituée, selon Alain Bergounioux, par "les années 85-90". D’abord, parce qu’après 1982-1983 et le tournant de la rigueur, le Parti socialiste est contraint "à une adaptation", guidée par des obligations économiques. Une réorientation actée par le congrès de Toulouse en 1985 et à l’origine, en partie, du départ des ministres communistes du gouvernement. Ensuite, en 1991, "un projet novateur aurait pu voir le jour, après la chute du mur de Berlin et la prise de conscience des débuts de la mondialisation, mais François Mitterrand, explique Alain Bergounioux, ne souhaitait pas mettre un terme à l’ambiguïté". De surcroît, des "querelles de personnes" - on se souvient de la guerre de tranchées à laquelle se sont livrés les responsables socialistes lors du congrès de Rennes en 1990 - ont à l’époque rendue impossible cette évolution.
[vendredi 27 avril 2007]
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