Le politique peut-il être un médiateur fiable entre des savants pas toujours unanimes et un public qui n'a pas envie d'entendre de mauvaises nouvelles ? (Le Monde, 21/10/2006)
Que faire d'une vérité qui dérange ?
Si l'on en juge par les premiers échanges entre les candidats à l'investiture socialiste pour l'élection présidentielle, la question de la répartition reste dominante de ce côté de l'échiquier politique. Certes, Ségolène Royal et, dans une moindre mesure, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius ont payé leur écot à l'écologisme ambiant, mais il est clair que cette préoccupation n'est pas centrale dans leur discours. A droite aussi, même si Nicolas Sarkozy et l'UMP ont considérablement renforcé le volet écologique de leur programme, même si François Bayrou est ouvert à tout ce qui peut le faire apparaître comme atypique, l'environnement reste au second plan, un peu plus qu'un supplément d'âme, beaucoup moins qu'une urgence.
Tout se passe comme si les responsables des principaux courants politiques craignaient de mécontenter les électeurs, de les décevoir ou de les faire fuir, s'ils leur annonçaient que la priorité n'est plus d'augmenter ou même seulement de maintenir leur niveau de vie, mais d'adopter un mode de vie qui ne mette pas en danger l'avenir de l'humanité. Peut-être n'en sont-ils pas convaincus eux-mêmes et traitent-ils l'inquiétude écologique comme une variable électorale qu'un candidat doit anticiper, pour parer la concurrence des partis spécialisés, mais qu'il ne doit surtout pas encourager.
L'ancien vice-président et candidat démocrate à la
présidence des Etats-Unis, Al Gore, s'est fait le héraut de ce qu'il appelle "une vérité qui dérange", titre du film qu'il est venu présenter en France : le réchauffement climatique provoqué par les émissions massives de gaz carbonique qui résultent de la combustion du pétrole, du charbon et du gaz. Des scientifiques, réunis au sein du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), créé en 1988 par le G7, ont établi des projections démontrant qu'un processus d'élévation de la température du globe, susceptible d'affecter la survie de l'humanité, est en cours.
En France, la Fondation Nicolas-Hulot, épaulée par des experts militants comme Jean-Marc Jancovici, alerte les esprits sur la raréfaction inévitable des sources d'énergie fossile. Prévisible pour le milieu du siècle qui a commencé, le déclin de leur production aura de lourdes conséquences économiques, sociales et politiques, et il interviendra trop tard pour enrayer le réchauffement climatique.
Comment introduire dans le débat public des considérations qui ne relèvent pas de l'expérience commune, mais de calculs et de jugements scientifiques ? Le politique peut-il être un médiateur fiable entre des savants pas toujours unanimes et un public qui n'a pas envie d'entendre de mauvaises nouvelles ?
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