Le modèle américain de la Silicon Valley se développe en Europe (Le Monde, 19 avril 2000)

Publié le par François Alex

Voilà un article fort intéressant bien que déjà ancien (Le Monde, 19 avril 2000) et explicitant le modèle de la Silicon Valley californienne. C'est ce modèle que les régions Midi Pyrénées et Aquitaine, auxquelles se joint maintenant la région Poitou Charentes, ont appliqué à l'aéronautique pour créer l'"Aerospace Valley"...

Paris, vendredi 11 août 2000.

ENQUETE

Le printemps des Valleys européennes

Pourquoi l'herbe est plus verte dans les Vallées
Article paru dans l'édition du 19.04.00

Le modèle américain de la Silicon Valley se développe en Europe

U CONGRÈS de Lisbonne, en mars dernier, la Commission européenne a poussé un grand cri de ralliement : « Rattrapons les USA ! » Sur le terrain, elle a déjà été entendue. En effet, des parcelles de l'Union, hectares de technopoles parfois anciennes ou centres-villes assoupis, vivent depuis quelques mois une nouvelle jeunesse. Investisseurs, chercheurs et entrepreneurs s'y pressent. Les projets y croissent et se multiplient ; ces lieux donnent naissance à une profusion de start-up.

Silicon Glen, Silicon Fen, Flanders Language Valley, l'Europe enrichit ces espaces création d'entreprises innovantes... Référence obligée à la Jérusalem des nouvelles techonologies et des start-up, la Silicon Valley n'est pas loin. Ces nouveaux lieux se rapprochent en effet du modèle, du miracle constamment renouvelé depuis cinquante ans, du plus gros producteur d'innovations high-tech du monde...

Mais quel est-il, ce modèle, et pourquoi est-il encore aussi efficient ? Le premier ingrédient d'une Silicon Valley, c'est d'abord la concentration de trois éléments de base : des chercheurs, des entrepreneurs et des investisseurs. Puis la circulation, très rapide, d'innovations et de matière grise entre recherche et industrie. La proximité physique et, plus précisément, les relations personnelles qu'entretiennent universitaires et industriels, entre San Francisco et San Jose, depuis les années 30, sont essentielles à l'apparition du phénomène (comme le montre le rapport intitulé Un examen du capital social dans la Silicon Valley, de Stephen S. Cohen et Gary Fields, OCDE, avril 1999).

Un exemple ? L'avionneur Lockheed Aerospace s'installe près de Stanford à la fin des années 50. Ses ingénieurs y sont formés mais, en échange, l'industriel finance l'université. Ford Aerospace, IBM, Raytheon suivent. Xerox aussi, qui crée son légendaire campus dans les années 70. Les commandes militaires de l'Etat fédéral ne font qu'entraîner la machine, en faisant décoller l'industrie des semi-conducteurs. La proximité n'est pas seulement physique. Le fait de se rencontrer dans les mêmes restaurants tous les midis ne fait pas une Silicon Valley. Au contraire, insiste Alistair Nolan, administrateur à l'OCDE (www.oecd.org) : « Dans la Silicon Valley, l'engagement civique n'est pas le liant. Les gens s'ignorent. C'est un monde de nouveaux venus indépendants, isolés. Les entrepreneurs y ont le culte de la performance. Cela n'a pas d'importance de savoir d'où ils viennent. Ce qui compte, c'est leurs performances économiques. Il n'y a rien d'infamant à quitter une grosse société pour une toute jeune, au contraire. Cela favorise la diffusion de la technologie. »

La proximité qui règne dans une vallée est davantage d'ordre psychologique, alimentée de l'intérieur par des gourous. Le sénateur Pierre Laffitte, fondateur de Sophia-Antipolis (situé entre Nice et Cannes) il y a trente ans, précise : « Ce qui fait le succès d'une technopole, ou d'une Silicon Valley, bien plus qu'une infrastructure de haut débit des communications,par exemple, c'est un certain nombre de gourous qui insufflent une dynamique. »

A la périphérie, un culte de l'entrepreneur positif et du chercheur en rupture de labo est savamment entretenu par les médias et les politiques. Etienne Krieger, responsable de la filière Start-up au MBA d'HEC, ajoute un concept, à ses yeux essentiel : « la confiance ». « Elle est la raison pour laquelle les investisseurs franchissent le pas du risque. C'est un mélange de proximité physique et psychologique, déterminante dans la genèse et dans le succès des entreprises innovantes. »

Ainsi, dans la Silicon Valley, la vraie, les capitaux-risqueurs ont très souvent fait un bout de carrière dans des sociétés de high-tech et sont donc capables d'évaluer les risques liés aux innovations et d'investir en connaissance de cause. De plus, un très grand nombre d'avocats garantissent la transparence dans les affaires.

Quand tous les ingrédients précédents sont réunis, le cercle vertueux peut démarrer. Plus il y a d'entreprises de technologie intéressantes sur place, plus il en vient. Un écosystème se constitue. Pour arriver à constituer ce terreau d'innovations que représentent les Valleys, l'Europe doit notamment créer une culture et un esprit d'entreprise ouverts aux technologies numériques, et, d'ici à la fin 2003, éliminer les derniers obstacles à la mise en place d'un marché paneuropéen intégré du capital-risque ou, par exemple, tripler le niveau de financement des entreprises en phase de démarrage dans l'Union européenne. En cas de succès, alors le Vieux Continent se couvrira peut-être de vallées plus vertes que la californienne.

 

CECILE DUCOURTIEUX

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