Les villes et les Régions d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées se sont unies avec les entreprises et les chercheurs au sein d'un projet au nom générique d'« Aerospace Valley »

Publié le par François Alex

Toulouse qui gagne
Aerospace Valley, une superproduction garonnaise

L'industrie aérospatiale a toujours misé sur l'innovation. Le pôle de compétitivité Aerospace Valley va tenter de répondre encore mieux à cette nécessité. Il va écrire l'avenir de Toulouse et de la Région, embarquées dans une même aventure.

 

 

Stéphane Thépot

Une superproduction quasi hollywoodienne se joue aujourd'hui entre Toulouse et Bordeaux, autour de cette vallée de la Garonne qui se positionne comme le nouvel eldorado européen de l'industrie et de la recherche aéronautiques et spatiales.

L'innovation doit irriguer et fertiliser le tissu économique régional pour éviter le spectre des friches industrielles. Les villes et les Régions d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées se sont unies avec les entreprises et les chercheurs au sein d'un projet au nom générique d'« Aerospace Valley » (ou aussi d'« Aérospace Vallée »).

Ce nom évoquait jusqu'à présent un bout de désert californien, fugitivement sorti du sable de l'anonymat par un film, L'Étoffe des héros. Cette saga de Philip Kaufman racontait l'épopée de ces pilotes de chasse qui, après avoir dépassé le mur du son à bord des premiers avions à réaction, allaient devenir les premiers spationautes de la Nasa. La petite localité n'est plus qu'un décor de cinéma, plus proche de la vallée de la Mort que de la Silicon Valley.

De futurs appareils sans pilotes

Désormais, Aerospace Vallée désigne le nouveau pôle de compétitivité commun à l'Aquitaine et à Midi-Pyrénées. L'assemblée générale constitutive s'est tenue le 21 octobre dernier à l'Astralia, la salle de projection en 3D de la Cité de l'espace de Toulouse. Outre l'aéronautique et l'espace, le pôle regroupe l'activité des systèmes que l'on dit « embarqués », ces puces, capteurs et calculateurs contre lesquels les héros du film hollywoodien luttaient à leur façon, crispés sur leurs manches à balai, craignant d'être dépossédés du pilotage des nouvelles machines volantes qui allaient décrocher la Lune.

La liste des projets de recherche initiés par le pôle Aéronautique, Espace, Système embarqués (AESE) semble sortie tout droit d'un ouvrage de science-fiction. Les avions du futur seront-ils automatiques, comme le métro toulousain ? La vénérable Académie nationale de l'air et de l'espace vient de tenir à Toulouse trois jours de colloque consacrés à « l'automatisation du vol et de sa gestion ». L'hypothèse d'appareils de transport de fret sans pilote est sérieusement envisagée. À Rangueil, les chercheurs du LAAS-CNRS, spécialistes des robots, travaillent sur un ballon dirigeable et un hélicoptère automatiques. L'Office national d'études et de recherches aérospatiales (Onera) a testé un premier hélicoptère miniature autonome dès 1998 sur l'aérodrome de Revel, avant de poursuivre ses expérimentations à Muret, puis sur un camp militaire du Minervois. Les drones, ces drôles d'aéronefs miniatures sans pilote, font désormais partie de la panoplie des armées modernes. Sam Shepard, l'acteur qui incarnait la figure romantique du pilote cow-boy dans L'Étoffe des héros, aurait de quoi tomber à la renverse.

Réduire le bruit des avions

Les ambitions de ce grand pôle du Sud-Ouest ne s'arrêtent pas là. Chercheurs et industriels travaillent sur les matériaux composites du futur, les moteurs de demain et les carburants alternatifs. Il faut trouver les moyens de réduire le bruit des avions, de surveiller le transport des matières dangereuses par satellite, de développer la télémédecine ou les télécommunications en zone rurale. Au total, 36 projets de coopération ont été retenus. Comme au cinéma, les auteurs de tous ces scénarios doivent maintenant passer à la réalisation. Les « majors » de l'industrie régionale : Airbus, Alcatel, Alstom, EADS, Siemens et Thales jouent les premiers rôles. Plus de 200 entreprises sous-traitantes ambitionnent d'être davantage que des figurants. En additionnant les centres de recherche et de formation, les collectivités locales et leurs organismes de développement, ce sont près de 600 acteurs qui se sont regroupés au sein du pôle. Le budget, à défaut de pouvoir être chiffré avec précision, pourra bénéficier des soutiens financiers annoncés par l'État aux pôles de compétitivité, soit 1,5 milliard sur trois ans, mais également des crédits européens et des aides des collectivités.

Au générique, tous défilent sous le titre « Aerospace Vallée » (ou encore « Aerospace Valley ».) Le Sud-Ouest y a perdu un peu de son accent. « La visibilité internationale passe par les anglicismes », admet Alain Rousset, président du conseil régional d'Aquitaine. Tout aussi pragmatique, son homologue de Midi-Pyrénées fait remarquer qu'on ne vend pas des avions comme du cassoulet. « Ce n'est pas la même chose que la gastronomie », affirme Martin Malvy.

Miser sur la matière grise

Dans une économie mondialisée, l'idée-force des pôles de compétitivité est de délimiter des territoires où peuvent se concentrer les efforts pour lutter contre les délocalisations industrielles. Les Airbus sont perçus comme des avions européens made in Toulouse. Les pièces d'un avion peuvent être usinées dans le monde entier, mais le nom de la ville est devenu une marque de fabrique, comme Bordeaux pour les vins girondins, même si les avions et les satellites ne seront jamais protégés par une appellation d'origine contrôlée. Pour éviter le triste sort du désert californien qui n'offre plus qu'un petit musée à la gloire de ses « héros », la verte Aerospace Vallée garonnaise doit miser plus que jamais sur la matière grise.

Si Toulouse s'apprête à son tour à ériger un musée à la gloire de ses propres héros, autour de la piste des pionniers de l'Aéropostale, le site de Montaudran abritera aussi un nouveau campus dédié aux technologies aéronautiques et spatiales du futur. C'est ici qu'on inventera les avions de demain. Mais aussi tous les services attendus des futurs satellites qui seront lancés en « constellation » pour concurrencer le système GPS américain. Des terrains sont d'ailleurs déjà réservés pour accueillir le siège de Galileo, qui fait encore l'objet d'une compétition féroce avec Rome ou Munich.

Chiffres clés

94 000 emplois dont 50 000 en sous-traitance

Plus de 1 200 établissements

Plus de 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires

8 500 emplois dans la recherche

Premier pôle d'enseignement supérieur

 

 

 

 

 

© le point 24/11/05 - N°1732 - Page 322 - 899 mots

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