Comparaison du fonctionnement des lycées et des collèges français avec les structures homologues d'autres pays, de l'Europe du Nord et de Grande-Bretagne (Débat2007.fr, 04/07/2006)
L'enseignement scolaire est, avec l'environnement, l'un des thèmes de prédilection de Ségolène Royal. Son discours de Bondy du 31 mai dernier a fait date en introduisant dans l'enseignement de nos teenagers à la fois plus de fermeté (ce que certains journalistes malicieux se sont ingéniés à grossir éxagérément) mais aussi et surtout plus d'accompagnement et de sollicitude.
On aime bien, en France, gloser sur l'enseignement "supérieur" mais, avant cela, n'est-il pas essentiel de se préoccuper de l'"amont" ? C'est à l'adolescence et à la pré-adolescence que se forment ou se déforment les futurs citoyens...
Dans ce domaine de l'enseignement, l'Europe du Nord est particulièrement riche d'enseignements, comme l'annonce l'article ci-dessous...
Edith Cresson avait envisagé d'"importer" le célèbre système allemand de "Dual Ausbildung" (formation en alternance) mais s'était heurté à un véritable tollé des syndicats enseignants...
On notera dans l'article ci-dessous deux idées chères à Ségolène Royal : l'association des parents à la vie de l'établissement et l'implication des enseignants dans un rôle éducatif plus large que la simple transmission d'un savoir...
Paris, 3/08/2006
Propositions pour une réforme de la gouvernance des établissements secondaires
Par Bernard Dizambourg, le 04/07/2006
Une comparaison du fonctionnement des lycées et des collèges français avec les structures homologues d'autres pays, de l'Europe du Nord et de Grande-Bretagne par exemple, permet de mettre en évidence les points suivants.
- Une diffusion plus grande des responsabilités entre adultes au sein des établissements, les enseignants n'étant pas uniquement perçus par les élèves comme les détenteurs d'un savoir disciplinaire mais comme des adultes investis dans la vie d'une collectivité éducative.
- Une absence de spécialisation vie scolaire – vie pédagogique, les enseignants assumant une part de suivi individuel et collectif des élèves.
- Un chef d'établissement dont le rôle de leader est clairement affirmé comme dimension principale de sa fonction, leadership devant s'exercer principalement dans sa fonction d'animation de l'équipe pédagogique de l'établissement.
Ce type de configuration peut se rencontrer en France lorsque le chef d'établissement présente des qualités personnelles de leader supérieures à la "moyenne" et plus structurellement dans les situations suivantes :
- les lycées professionnels ou à dominante technologique qui entretiennent une relation plus ouverte à l'environnement, en particulier économique, celle-ci structurant les relations entre enseignants, et constituant un facteur favorable à l'existence d'une équipe pédagogique ;
- les établissements en zone difficile, cette situation pouvant dans un certain nombre de cas inciter les personnels à développer une appartenance plus forte à l'établissement.
Il faut noter que les établissements français sont globalement moins ouverts dans leurs relations à l'environnement que beaucoup de leurs homologues européens et que les parents sont en particulier beaucoup moins associés à la vie de l'établissement.
Il me semble que quelques nouvelles orientations seraient de nature à faire exister l'établissement comme communauté professionnelle, ce qu'il n'est pas suffisamment aujourd'hui :
- Redéfinir la relation enseignants – chefs d'établissement, en donnant la possibilité à ces derniers de s'entourer d'une équipe (responsables d'années, de départements, etc.) sans que cela implique l'entrée de ces enseignants dans un corps (comme pour les adjoints actuels) avec toute la signification actuelle de la rupture de métier. Fluidifier et diversifier le recrutement des chefs d'établissements, et travailler structurellement la continuité enseignants – chefs d'établissements me semble une double nécessité.
- Accompagner par la formation et l'animation les chefs d'établissements aux différentes phases de leur exercice professionnel (comme cela se fait en Angleterre) devrait être un deuxième objectif. Il faut tout particulièrement développer chez les chefs d'établissements une culture pédagogique transversale s'appuyant sur un corpus de connaissances, adapté à leur fonction, des enjeux d'apprentissages dans les grands champs disciplinaires.
- Transformer la relation chefs d'établissements – corps d'inspection territoriaux. Il est rare de voir une organisation combiner deux lignes d'encadrement, l'une opérationnelle, l'autre fonctionnelle presque totalement hermétiques. Plusieurs inflexions pourraient aller dans ce sens :
a- favoriser les passages et allers et retours entre les temps de responsabilité opérationnelle et ceux de responsabilité fonctionnelle.
b- structurer les corps d'inspection sur des bases disciplinaires élargies : humanités, mathématiques et sciences, gestion, économie et sciences sociales, etc, afin de favoriser des approches plus transdisciplinaires
c- transférer la responsabilité d'évaluation de l'enseignant au chef d'établissement.
d- déplacer la fonction des corps d'inspection de l'acte d'inspection individuelle (celle-ci ne devant être gardée que comme intervention d'exception face à des comportements à problèmes des enseignants) vers l'évaluation des établissements et l'animation de politiques transversales : animation de bassins, et coordination de l'offre de formation par exemple.
Bernard Dizambourg est membre du groupe de travail "Enseignement scolaire" de l'Institut de l'entreprise.
