Une femme à poigne à la tête de Désirs d'avenir 93 (Seine Saint Denis) : Alda Pereira Lemaître
Désirs d'avenir 93 : un comité qui booste dans la Seine Saint Denis !
Son animatrice, Alda Pereira Lemaître, accueillera Ségolène Royal à Bondy le mercredi 31 mai, d'abord à l'occasion de l'inauguration de la Maison de la parentalité à Bondy et ensuite à l'occasion d'une réunion publique à l'Hôtel de Ville de Bondy...
Alda a été l'une des instigatrices du mouvement "Ni putes ni soumises"...
Voir l'article du Monde ci-dessous en date du 5 octobre 2003

REPORTAGE P/
La mort de Sohane, brûlée le 4 octobre 2002, a été le déclencheur d'une prise de conscience de la discrimination et des violences imposées par les hommes dans les cités. Les initiatives locales ont fait changer certaines mentalités, mais l'émancipation des filles reste difficile à revendiquer P/
Le mouvement Ni putes ni soumises organisait, du 3 au 5 octobre, à Dourdan (Essonne), la PREMIÈRE UNIVERSITÉ des femmes des quartiers, en présence de deux ministres. Un an après la mort de Sohane, jeune fille brûlée vive le 4 octobre 2002 à Vitry-sur-Seine, un hommage a été rendu à celle qui est devenue « le SYMBOLE d'une femme qui a refusé la soumission et les règles de la cité et qui l'a payé de sa vie », selon la présidente du mouvement, Fadela Amara. Les propositions de l'association, formulées au lendemain de la manifestation nationale du 8 mars, commencent à se concrétiser : 50 HÉBERGEMENTS D'URGENCE ont été créés pour les jeunes filles en rupture familiale, des CELLULES D'ACCUEIL pour les victimes aménagées dans certains commissariats. Le mouvement réclame un effort plus soutenu des pouvoirs publics.
LA MARCHE des Ni putes ni soumises, vous en avez entendu parler ? Vous savez, suite à la mort de Sohane... On dénonce un petit peu les violences faites aux filles... Mais c'est pas contre les garçons, je vous rassure !... » Il faut un certain savoir-faire pour arrêter, ne serait-ce qu'un instant, le pas pressé des élèves. Il est 8 h 15 devant le collège-lycée Olympe-de-Gouges, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), et certains sont trop en retard pour saisir le tract que leur tendent trois militants du comité local Ni putes ni soumises. Les filles, en général, connaissent au moins vaguement ce nom. Acceptent un court dialogue. Comme Marine, toute timide, qui murmure : « Y'a plein de choses... En général, on n'en parle pas. Avec les garçons, ça se passe mal. Se promener dans la rue et se faire insulter, faut que ça s'arrête... »
Caroline et Morgane, 16 ans, en classe de première, attendent assises sur un cube de béton devant l'établissement scolaire que seuls une route et un terrain vague séparent des hautes barres de la cité du Londeau. Mêmes cheveux longs, même pantalon, veste de survêtement, baskets. Même ras-le-bol : « On a vu un reportage télé sur la Marche des femmes des quartiers. Et on en a parlé avec la prof d'espagnol. C'était bien que pour une fois, on parle de cette discrimination... », commence l'une. « C'est peut-être un tabou, reprend immédiatement l'autre, mais faut dire que les filles se font traiter de putes, qu'elles ne peuvent pas mettre des pantalons qui collent à la peau. Moi, jamais je mettrai une jupe au ly cée ! Ou alors faudrait que ce soit un mercredi ou un samedi. On a moins d'heures de cours, donc on peut aller se changer si ça se passe pas bien... Les gars ont l'esprit trop tordu ! Tout le monde me regarderait. Les seules jupes autorisées, c'est les très longues. Faut qu'on marche dessus. Si on met une jupe au genou, on est des filles faciles, forcément. »
Les garçons semblent nettement moins réceptifs. Ni putes ni soumises, non, ça ne leur dit rien. Ici, « tout va bien », répondent-ils invariablement. « Les filles, on les bouscule un peu, qu oi. » Il n'y a que Yann, bientôt 18 ans, en seconde, pour s'indigner. « Dans certains endroits, c'est le Moyen Age, de la folie ! Les copines, elles sont obligées de baisser les yeux en passant devant des gamins de 7-8 ans ! », raconte ce grand échalas au sourire doux et sweat à tête de mort.
« PRISONNIÈRE DU REGARD »
A la tête du comité Ni putes ni soumises de Noisy-le-Sec, un personnage : Alda Pereira-Lemaître, 38 ans, auteure de livres d'activités créatives pour enfants. Une femme avenante et énergique. Au printemps 2001, à Bordeaux, sa cousine de 20 ans a été tuée de trente coups de couteaux par un garçon à qui elle se refusait. Il a brûlé son corps dans le local à poubelles, après être allé s'acheter un sandwich. « Monstrueux », dit Alda, dont les yeux s'embuent.
« On n'a pas le droit de se taire quand de tels faits existent. On est en pleine régression. Ça me fait flipper, mais ça me donne de l'énergie en tant que femme, mère et citoyenne. Ma propre fille ne met pas de robe. Elle est déjà prisonnière du regard des autres. Comme toutes ces filles voilées qui se déshabillent une fois sorties du RER à Paris. » Alda a immédiatement soutenu la marche des filles des cités. « Quelque chose de très fort, qui a cassé l'omerta. » En septembre 2002, elle a créé le comité de Noisy, qui compte aujourd'hui une cinquantaine de sympathisants.
Othman El Ghali est de ceux-là. Ingénieur en informatique, il est arrivé d'Agadir, au Maroc, il y a trois ans. « Ça me choque qu'on s'habille en fonction des gens qu'on va croiser, qu'on se fasse violenter verbalement. C'est pas possible d'accepter ça en France ! Dans mon lycée, il devait y avoir 20 filles voilées sur 700 lycéens. Ici, il y en a bien davantage ! » La conseillère principale d'éducation du lycée arrive devant les grilles. Elle aussi est convaincue de l'utilité du mouvement. « On va se servir du comité d'éducation à la citoyenneté qui se met en place, promet-elle. Je vois quotidiennement des filles qui grandissent avec tellement de tabous, de frustrations... Elles sont dans la dévalorisation et n'osent pas se projeter dans l'avenir. Même le bac leur semble impossible, alors l'université... Au mieux, elles peuvent faire bac + 2 dans le quartier. » La CPE a grandi dans cette barre, derrière elle. « Il y a quinze ans, c'était différent. Maman me laissait aller chercher le pain... »
P/MILITER AILLEURS
Globalement, le milieu scolaire répond très favorablement aux sollicitations d'Alda. Tout comme les maires, de gauche ou de droite, des communes où elle intervient, qui offrent des salles pour les assemblées générales ou même une permanence discrète en mairie. Chez les principales concernées, les filles de 16-24 ans, « ça prend », croit sentir Alda : « Le mot féminisme ne leur évoque rien. Elles ne savent pas qu'il y a déjà eu des combats. Elles veulent juste qu'on les écoute. » Constamment Alda s'entend dire : « Tenez bon ! C'est le premier truc pour nous ! On vous soutient, mais on peut pas s'exposer. » Impensable, en effet, de demander à une jeune fille de 20 ans habitant le quartier de venir distribuer des tracts devant le lycée. « Elle aura des problèmes dans sa famille, et quand elle sortira de chez elle, explique Othman, elle se fera insulter, menacer. Elle sera identifiée comme une balance des problèmes de la cité. » Une volonté d'émancipation, manifestée publiquement, qui peut s'avérer dévastatrice pour sa réputation. On ne peut donc militer qu'ailleurs. Récemment, des jeunes filles de Clichy sont venues grossir les rangs de l'association.
Alda rêve désormais de s'adresser aux enfants de l'école maternelle et du primaire « déjà formatés comme des petits machos ». Qui jettent des pierres ou font pipi sur les filles, dans la cour, quand ils ne giflent pas leur maîtresse, comme ce fut le cas l'an passé. « Avec de l'optimisme, soupire-t-elle, on est parti pour vingt ans de travail. On ne change pas comme ça les mentalités. »
P/ P/
Pascale Krémer