07.04.06 / Le Monde/Je pense que le moment des femmes est venu, non pas pour les femmes, mais pour l'harmonie de la vie, tout simplement, et pour le bonheur des hommes et des femmes.

Publié le par François Alex

Saint-Just, Germaine et Ségolène, par Dominique Dhombres
LE MONDE | 07.04.06 | 13h45  •  Mis à jour le 07.04.06 | 13h45

assage chez PPDA vaut déclaration de candidature au Journal officiel. Dans notre régime républicain, assez bananier, cette cérémonie est obligatoire. Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, était, jeudi 6 avril, l'invitée d'honneur du "20 heures" de Patrick Poivre d'Arvor sur TF1. Pas invitée à la fin comme une actrice en mal de promo. Non, invitée en cours de journal, pour un entretien qui a duré dix bonnes minutes au total, montre en main. 

Elle a réussi ce grand oral, comme elle avait jadis passé celui de l'ENA, mieux que son compagnon François Hollande. Un sans-faute, comme son parcours professionnel et personnel jusqu'ici. On est conquis ? Non, épaté. Mais pas encore convaincu par cette créature au regard fixe, qui se tient très droite, comme on le lui a appris dans sa famille (son père était militaire), au bord de son siège, au risque de tomber. On résume pour ceux qui auraient manqué ce grand moment de télévision.

Rappelant l'affaire du contrat première embauche, PPDA demande à la dame s'il est encore possible de procéder, en France, à quelque réforme que ce soit. "Pour réformer, il faut d'abord savoir écouter", dit-elle.

Le principal reproche qu'elle adresse à Dominique de Villepin est son arrogance. "Il croit qu'il détient la vérité à lui tout seul, et ça, dans la France contemporaine, c'est terminé. Dans une société complexe, il faut associer les citoyens aux décisions qui les concernent." Les formules s'enchaînent, qui, tombées d'une autre bouche, seraient classées résolument à droite : "Il faut réconcilier la société française avec ses entreprises" ; "Il faut rapprocher l'université des entreprises" ; "La France a besoin aujourd'hui de salariés bien formés, motivés, correctement payés".

On en vient à l'essentiel. La France est-elle prête à accueillir une femme à l'Elysée ? "Je le pense." Vient alors cette déclaration magnifique : "Je pense que le moment des femmes est venu, non pas pour les femmes, mais pour l'harmonie de la vie, tout simplement, et pour le bonheur des hommes et des femmes."

Le bonheur, dont Saint-Just avait dit qu'il était une idée neuve en Europe et dont la poursuite figure parmi les droits gravés dans le marbre de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique, venait de faire une entrée fracassante dans cette précampagne présidentielle à la française.

Germaine de Staël, femme fameuse en son temps, qui avait conclu, après quelques revers personnels, que "la gloire était le deuil éclatant du bonheur", devait, une fois de plus, se retourner de douleur dans sa tombe.


Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 08.04.06
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article