Elle a choisi la démocratie participative, qui a été au cœur du succès de la gauche aux élections régionales, à l’inverse de ce qui a été fait pour le CPE/Nobs/6-04-06

Publié le par François Alex

"Ségolène Royal correspond
à l'air du temps"


par Laurent Joffrin,
directeur de la rédaction
du Nouvel Observateur

 

 

Comment expliquez-vous que quatre hebdomadaires fassent leur une sur Ségolène Royal alors qu'elle n'est pas tout à fait au premier plan dans l'actualité ?

- Ségolène Royal est phénomène politique nouveau: c'est la première fois qu'une femme est présidentiable au Parti socialiste. Ses méthodes et son style sont originaux. Contrairement aux autres personnalités politiques, son discours est pragmatique, il se fonde sur des exemples concrets tirés de son expérience de présidente de région. De plus, elle incarne les valeurs communes, par exemple la famille, l'effort, le refus du déclin, des termes qu’on entend plus souvent à droite. C'est ce mélange de pragmatisme et de morale qui séduit.

Cette frénésie médiatique est-elle le résultat d'une stratégie politique de Ségolène Royal ou bien ce phénomène lui échappe-t-il ?

- Elle contrôle en partie le phénomène. Le Nouvel Observateur lui a consacré sa Une parce qu'elle a donné au journal une interview sur son livre, dont elle vient de diffuser le premier chapitre sur Internet. Ségolène Royal est neuve, elle suscite donc de la curiosité, mais son impact va au-delà de l'effet de surprise. Plus généralement, elle correspond à l'air du temps. Son discours n'est encore pas élaboré, il ne tombe pas d’en haut. Elle a choisi la démocratie participative, et c'est cette méthode qui été au cœur du succès de la gauche aux élections régionales. Elle se situe à l’inverse de ce qui a été fait pour le CPE.

Peut-elle tirer profit de la chute de Villepin à droite et de la crise sociale ?

- C'est l'ensemble de la gauche qui tire profit de cette crise. Elle apparaît unie face à une droite sur le recul. Il est logique que Ségolène Royal s’avance sur le devant de la scène en temps de crise, c'est la fonction d'un leader d'opposition. Elle entame sa précampagne pour la désignation du candidat socialiste à la présidentielle. Mais les oscillations politiques sont brutales et les autres membres du PS gardent toutes leurs chances. Aujourd’hui, ils sont livides et furieux. Mais ils ne doivent pas se décourager…

Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni
(le jeudi 6 avril 2006)

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