Avec plus de 10% de chômeurs, la France arrive au 20e rang européen en terme d'emploi
Parmi les pays européens où le chômage a spectaculairement reculé ces dernières années : le Danemark et la Grande-Bretagne, de plus en plus citées en exemple dans l'hexagone. Même si leurs statistiques flatteuses cachent aussi des zones d'ombres.
En moins de 15 ans, le Danemark est passé de 12% à 5,9% de chômeurs, sous l'effet d'une politique volontariste en matière d'emploi désormais connue sous le nom de "flexisécurité".
LA FLEXISECURITE DANOISE
Les principaux ingrédients ? Facilité de licenciement (et d'embauche), mais longue durée d'indemnisation du chômage, sous conditions.
Fil conducteur de cette politique : sécuriser l'individu, pas le travail. Flexisécurité, mode d'emploi.
Un code du travail minimaliste
Le Danemark compte un des codes du travail les plus minimalistes d'Europe. A tire d'exemple, il ne prévoit pas de salaire minimum garanti par la loi.
"Le système danois est unique en son genre: les entreprises n'ont pas d'obligations sociales envers leurs employés. C'est l'Etat qui s'en charge depuis des décennies. C'est pourquoi il est relativement facile de licencier et d'embaucher, ce qui donne une flexibilité et des capacités rapides d'adaptation du marché du travail", a expliqué à l'AFP Ole Kirkelund, chercheur du Copenhagen Center, un groupe indépendant de réflexion.
En outre, " le marché du travail danois de 5,3 millions d'habitants est avant tout régulé par des accords collectifs forts négociés entre le patronat et des syndicats surpuissants qui jouent la carte de la cogestion." écrit "Libération" dans son édition du mardi 7 juin ("La flexicurité danoise qui séduit Paris," Olivier Truc) .
Ainsi les partenaires sociaux décident-ils seuls des règles, dans un marché du travail régi par des conventions collectives. D'où des préavis de licenciement relativement courts, de 3 à 6 mois pour les cadres, moins pour les ouvriers.
Une forte indemnisation, sous conditions
En échange de cette flexibilité, les salariés ont obtenu de bonnes conditions d'indemnisation (jusqu'à 90 % de leur salaire, plafonné à 14.000 couronnes -près de 2.000 euros- par mois, ce qui avantage surtout les bas revenus). La durée d'indemnisation peut aller jusqu'à 4 ans, périodes de stage et de formation incluses.
Mais avec des obligations. "Passée la première année de chômage, dite d'«indemnisation», les trois suivantes sont celles d'«activation» avec une épée de Damoclès : «Les chômeurs ont à la fois le droit et l'obligation de recevoir et d'accepter les offres proposées, précise le ministère de l'Emploi. Le chômeur qui refuse une offre convenable perd son droit aux allocations chômage.», explique encore Olivier Truc dans"Libération".
Les laissés pour compte
Comme souvent, les chiffres masquent aussi des réalités moins riantes. De nombreux Danois ont ainsi été mis en pré-retraite, faute d'avoir pu trouver un emploi. Ceux qui ne sont pas considérés comme adaptables sont sortis du système «Si on les comptabilisait, cela porterait le taux de chômage entre 12 et 14 %», selon Christian Sølyst, spécialiste de l'emploi à LO cité par "Libé".
Un fort coût et une pression fiscale élevée
Le modèle est-il transposable en France ? Il suppose un fort investissement : cette politique de l'emploi coûte cher et représente 5% du Produit intérieur brut. L'absence de lourdes charges sociales est en effet contrebalancé par un des impôts sur le travail les plus élevés d'Europe.
LA VOIE BRITANNIQUE
Sous les deux mandats de Tony Blair, le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau depuis trente ans passant de 7,2% en 97 à 4,8% en mars 2005 (au sens du Bureau International du Travail).
La recette ? Facilité de licenciement et d'embauche, meilleur suivi des chômeurs...et création massive d'emplois dans le secteur public.
Embauche massive dans le secteur public
Intervenue dans un contexte de forte croissance économique, la baisse du chômage doit beaucoup aux embauches dans le secteur public, notamment la santé et l'éducation. L'emploi y a progressé de 11% depuis huit ans, contre 4% dans le privé, selon des chiffres officiels. Depuis 1997, près de 800.000 emplois auraient été créés. Des embauches qui ont aidé à compenser le million d'emplois perdus dans l'industrie au cours de la période.
Des "job center" rénovés
Sous Tony Blair, les "job centers", équivalents de nos ANPE, ont été radicalement repensés. Rénovés, remis à neuf, dotés d'un équipement informatique moderne, ils sont chargés de remettre chaque chômeur sur les rails de l'emploi. Tout demandeur d'emploi a désormais son conseiller personnel, chargé de le suivre de près. En avril 1999, "L'Expansion" racontait ainsi "Comment Blair remet les jeunes chômeurs au travail" :
"Lorsqu'il se présente au Job Center, le jeune candidat à l'emploi se voit attribuer un conseiller personnel, comme Anne-Marie. Celle-ci consacre tout son temps à piloter 40 jeunes chômeurs. En ce moment, elle bataille avec son ordinateur pour trouver une place à l'un d'entre eux...
La première étape du New Deal, c'est le gateway, un sas d'une durée de quatre mois maximum, qui doit permettre, par une série de rendez-vous, de définir les besoins et les envies de chaque candidat à l'emploi. Si celui-ci n'est pas trop éloigné du marché du travail, Anne-Marie essaie de lui trouver un emploi par le biais des techniques classiques. Parfois, ceux qui le souhaitent peuvent même se faire couper les cheveux aux frais du gouvernement. Mais, la plupart du temps, ces jeunes sont inactifs depuis trop longtemps pour séduire les employeurs. Anne-Marie leur propose alors stage CDD ou formation.
Chacune de ces options poursuit le même but : améliorer « l'employabilité » du sujet, une notion martelée par les membres de l'Employment Service. Car si les postes de travail manquent en France, en Angleterre, ce sont les personnes qualifiées pour les occuper qui font défaut."
Beaucoup d'emplois de service
Car l'économie britannique a surtout créé beaucoup d'emplois de services, peu qualifiés et mal payés, conséquence du recours de plus en plus fréquent à la sous-traitance depuis la fin des années 1980.
Un emploi facilité par un arsenal juridique peu contraignant en matière d'embauche et de licenciement. Les travaillistes ont toutefois introduit un salaire minimum en 1999, que perçoivent 4,6% des actifs. Mais, à 4,85 livres (7 euros) par heure pour les plus de 21 ans, il ne dépasse pas celui de la France, alors que le coût de la vie est supérieur en Grande -Bretagne .
Quelques bémols
Petits boulots, bas salaires, sous-qualification: au-delà du dynamisme de l'économie, le quasi plein-emploi qui règne en Grande -Bretagne s'accommode aussi d'un certain nombre de réalités sociales moins avenantes.
Ce que l'on appelle ici "la culture des bas salaires" est très répandue: deux universitaires ont récemment calculé que 23% des employés britanniques percevaient un salaire horaire brut inférieur aux deux tiers du salaire médian (13 euros).
Autre bémol à l'apparent plein emploi : comme le rappelle volontiers le Trade Union Congress, plus de deux millions d'inactifs ne sont pas décomptés comme demandeurs d'emplois. Parmi eux, nombre de personnes déclarées inaptes au travail, dont beaucoup pourraient en réalité exercer un emploi, selon Lorna Unwin, du Centre de recherche sur le marché du travail de l'université de Leicester. Mais les statistiques montrent que lorsqu'un salarié a touché une fois les indemnités pour incapacité au travail, il en profite en moyenne pendant 18 ans. "Ce sont en fait des chômeurs de longue durée", même s'ils ne sont pas comptabilisés comme tels", ajoute Lorna Unwin
La Grande -Bretagne a la deuxième proportion de travailleurs à temps partiel en Europe, derrière les Pays-Bas: 3,8 millions de personnes sont concernées, dont 78% sont des femmes, selon un étude de la Commission pour l'Egalité des Chances, qui recense comme travailleur à temps partiel toute personne travaillant moins de 30 heures par semaine.
Les femmes sont payées 40% de moins que leurs collègues masculins, avec un salaire horaire moyen de 8,19 livres (11,89 euros) contre 13,73 livres pour les hommes, "un fossé qui ne s'est guère réduit depuis 30 ans", souligne la Commission.
Pour les deux sexes, le fait de travailler à temps partiel diminue de 1% chaque année le salaire horaire moyen sur l'ensemble d'une carrière, tandis que celui des travailleurs à plein temps augmente de 3%.
LES STATISTIQUES EUROPEENNES
Selon les dernières statistiques publiées par l'Office européen des statistiques Eurostat, le taux de chômage était de 8,9% en avril 2005 (chiffre identique à celui de la zone euro).
Les taux les plus bas étaient enregistrés en Irlande (4,2%), au Royaume-Uni (4,5%, chiffre de janvier), au Luxembourg et en Autriche (4,6%), et au Danemark (4,9%).
Les taux les plus élevés étaient ceux de Pologne (17,9%), en Slovaquie (15,6%), en Grèce (10,2% en décembre 2004), en Espagne et en Allemagne (10%) et en France (9,8% en mars, mais 10,2% en avril).
Sur un an, parmi les Etats membres, quatorze ont enregistré une baisse de leur taux de chômage (significative en Lituanie, Estonie et Danemark), neuf une hausse (importante au Portugal, Luxembourg et Pays-Bas) et deux sont restés stables.