Vers une meilleure productivité et de meilleurs emplois

Publié le par François Alex

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Vladimír Špidla
Membre de la Commission européenne, chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l’Egalité des chances
Vers une meilleure productivité et de meilleurs emplois
Conférence de la Présidence finlandaise en coopération avec la Commission européenne « Vers une meilleure productivité et de meilleurs emplois »
Espoo (Finlande), 16 et 17 Octobre 2006

 
Référence:  SPEECH/06/598    Date:  16/10/2006
 
 
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SPEECH/06/598












Vladimír Špidla

Membre de la Commission européenne, chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l’Egalité des chances




Vers une meilleure productivité et de meilleurs emplois


















Conférence de la Présidence finlandaise en coopération avec la Commission européenne « Vers une meilleure productivité et de meilleurs emplois »
Espoo (Finlande), 16 et 17 Octobre 2006

Mesdames et Messieurs,

En choisissant de se concentrer sur la cohérence entre la productivité, la qualité des emplois et l'augmentation du taux de l'emploi, la Présidence finlandaise a identifié un thème clé de la stratégie de Lisbonne qui est la combinaison de trois objectifs qui pourraient s'avérer contradictoires s'ils n'étaient traités simultanément. En effet, il est possible d'augmenter la productivité au détriment de la qualité des emplois ou du taux d'emploi. De même, il est possible d'augmenter le taux d'emploi, en négligeant la qualité des emplois créés ou la productivité. Enfin, on peut aussi améliorer la qualité des emplois sans en créer de nouveaux et sans accroître la productivité. C'est d'ailleurs ce qui ressort de l'excellent document que l'EMCO a préparé spécifiquement pour cette conférence.

Stratégie de Lisbonne

L'an passé a marqué l'heure d'un premier bilan, à mi-parcours, de la stratégie de Lisbonne. Ce bilan était mitigé et la décision fut prise de réorienter la stratégie sur la croissance et l'emploi et d'établir un meilleur partenariat entre la Commission et les Etats membres.

L'Union européenne est encore assez éloignée de ses objectifs en matière de taux d'emploi, qui sont un taux global de 70 %, avec un taux d'emploi de plus de 60 % pour les femmes et de 50 % pour les travailleurs plus âgés. Actuellement, l'Union européenne affiche des taux moyens de 64%, 56 % et 43 % respectivement. Il est clair qu'il reste du chemin à parcourir. Pourtant, ces objectifs ne sont pas trop ambitieux. Plusieurs États membres les ont déjà dépassés.

En outre, la compétitivité doit être augmentée pour faire face à une mondialisation économique qui produit une accélération des progrès technologiques et des cycles de produits et de services. La mondialisation suscite également une augmentation massive de l'offre effective de main-d'œuvre. Or, nous savons tous que nous ne pouvons concurrencer les économiques émergentes sur le terrain du coût de la main d'œuvre. Notre principal atout, on ne le répètera jamais assez, c'est notre capital humain, avec son savoir-faire, sa capacité d'adaptation et sa force d'innovation.

Trop souvent, la mondialisation est perçue comme une menace pour nos économies et pour le modèle social européen. Or, les nouveaux pays développés représentent de nouveaux marchés pour l'Union européenne. Bien sûr, pour tirer le meilleur parti de ces nouvelles opportunités, il est clair que l'Union européenne doit améliorer sa capacité d'adaptation. Entreprises et travailleurs doivent s'adapter pour anticiper, gérer et digérer le changement. Il faut fournir aux entreprises et aux travailleurs un cadre dans lequel leurs facultés d'adaptation peuvent s'exercer et se développer. Il faut valoriser les qualités de chaque individu, lui permettre de s'épanouir et d'élargir son potentiel. C'est ainsi que je conçois une société plein emploi où chacun contribue, à la mesure de ses moyens à la prospérité de l'Union européenne.

Les valeurs fondamentales de l'Union européenne de solidarité, d'égalité des chances et de l'inclusion sont une condition essentielle de la compétitivité européenne. La justice sociale nécessite la protection des droits fondamentaux des travailleurs, y compris de la santé et de la sécurité au travail, et une protection suffisante contre les discriminations ou le harcèlement.

La mondialisation n'est pas l'unique défi qui nous impose une modernisation de nos économies. En effet, dans le contexte du vieillissement de la population active, la hausse de la productivité devient le principal élément de la croissance.

Or, la hausse de la productivité s'est fortement ralentie dans l'UE ces dernières décennies. En comparaison avec nos concurrents sur le plan mondial, nous avons perdu du terrain. La productivité moyenne par travailleur dans l'UE est bien en dessous de celle des Etats-Unis, surtout en raison du nombre inférieur d'heures prestées par an, mais la productivité horaire est néanmoins, elle aussi, inférieure en moyenne à celle des Etats-Unis. Cette tendance doit être inversée. Certains signes montrent que cela pourrait arriver, essentiellement grâce à la forte hausse de la productivité dans les nouveaux États membres.

Nous avons également besoin des emplois de meilleure qualité. Trop d'emplois sont de faible qualité. La qualité des emplois est une notion complexe qui comprend la rémunération et les avantages sociaux, les relations entre employeurs et travailleurs, les conditions de travail, l'accès à la formation, les perspectives de carrière, la couverture sociale, les normes de santé et de sécurité, l'égalité des sexes et la non-discrimination. Améliorer la qualité du travail et en particulier surmonter la précarité est un complément naturel à la création d'emplois et la condition d'un emploi durable et d'une hausse de la productivité. Le travail décent est une exigence mondiale et l'Union européenne participe pleinement à le défendre au niveau international.

A l'heure où les perspectives économiques semblent s'éclaircir, le climat est d'autant plus propice aux réformes. La Commission prévoit la création nette de plus de trois virgule sept millions d'emplois pour la période deux 2005-2006.

Il convient donc d'accélérer le rythme des réformes nécessaires pour tirer avantage de cette éclaircie afin de créer une croissance durable à long-terme.

Flexicurité

Pour la Commission, le concept de flexicurité est un axe clé de la modernisation du modèle social européen, qui repose sur la combinaison de deux aspects qui semblent contradictoires: la flexibilité au travail et la sécurité pour les travailleurs. Cette idée repose sur un dosage de quatre éléments:

  • des modalités de travail flexibles, tant contractuelles que non contractuelles (temps de travail, garde d'enfant), ce qui implique une législation de travail moderne;
  • des mesures actives efficaces du marché du travail, permettant aux travailleurs de faire face aux changements (transition rapide vers un nouvel emploi après une période de chômage);
  • des systèmes solides de formation tout au long de la vie (soutenant la capacité d'adaptation du travailleur);
  • ainsi que des systèmes modernes de sécurité sociale, qui assurent un revenu et facilitent également la mobilité.

La Commission souhaiterait que les Etats Membres s'entendent, d'ici à la fin de 2007, sur un ensemble de principes de flexicurité. Le Conseil de printemps a souscrit à cette proposition comme une voie pour exploiter les synergies entre compétitivité, emploi et sécurité sociale.

En conséquence, la Commission présentera, après le Conseil de printemps 2007, un projet de communication qui contribuera de manière fondamentale à l'adoption d'une série de principes communs.

Les partenaires sociaux seront associés à cette discussion. D'ailleurs, le Sommet Social tripartite de Lahti qui se tiendra dans quelques jours évoquera cette question.

Sans vouloir anticiper les résultats de ce long processus de réflexion, on peut d'ores et déjà évoquer certains éléments de la flexicurité qui peuvent contribuer à accroître la productivité et à améliorer l'emploi.

Par exemple, de nouveaux modes d'organisation du travail plus flexibles permettent d'accroître la productivité. En effet, un mode d'organisation moderne du travail qui tienne mieux compte des besoins de chacun, notamment pour mieux concilier vie professionnelle et vie familiale ou pour poursuivre sa formation, augmente l'implication des travailleurs et, par voie de conséquence, la productivité. Il s'agit d'une flexibilité interne à l'entreprise qui doit aussi permettre aux travailleurs d'acquérir de nouvelles compétences et d'évoluer dans leur carrière.

La flexibilité externe, c'est-à-dire le passage d'une entreprise à une autre ou d'un secteur économique à un autre doit permettre une meilleure adéquation des besoins de l'entreprise, en termes de compétences et en termes de nombre de salariés. Ceci permet d'accroître la compétitivité de entreprises et donc à l'emploi. Du point de vue du salarié, la flexibilité externe est un facteur de mobilité qui lui permet d'accroître et de varier son expérience et donc son employabilité et à plus ou moins long terme sa productivité.

Pour encourager cette flexibilité externe, il faut accroître la sécurité de l'emploi, en permettant aux travailleurs de retrouver rapidement un emploi, grâce à la formation et à l'orientation professionnelle. Surtout, il faut assurer un soutien financier adéquat. Certaines études montrent que des allocations élevées renforcent le sentiment de sécurité des travailleurs et encouragent leur mobilité, y compris la mobilité transfrontalière.

Marché du travail européen

La Communication sur le marché du travail, que la Commission devrait aussi adopter le mois prochain, s'inscrit dans la réflexion menée sur la flexicurité. Un véritable marché du travail européen est un des éléments essentiels d'une réconciliation entre justice sociale et compétitivité et constitue une véritable valeur ajoutée au niveau européen.

En ce qui concerne la valeur ajoutée de l'Union européenne, il est temps de s'inspirer du marché unique et d'adopter une nouvelle approche du marché du travail qui reconnaisse la diversité entre Etats membres et entre régions. Il faut fournir un cadre cohérent qui garantisse véritablement la libre circulation des travailleurs au sein de l'Union, en facilitant l'accès de tous, sans considération de nationalité, statut ou origine. Cela permettra de mieux mettre en valeur au niveau européen notre principale richesse, notre capital humain.

Le projet de Communication prévoit trois grandes orientations politiques.

La première orientation consisterait à réaliser tout le potentiel de la mobilité, en s'attaquant aux obstacles, grâce notamment à la portabilité des pensions, le travail posté ou en développant EURES.

La deuxième orientation consisterait à développer un modèle de flexicurité active au niveau européen afin de promouvoir la flexibilité nécessaire du marché, tout en développant la sécurité de façon à permettre aux travailleurs de changer d'emploi et de carrière, grâce notamment à la formation tout au long de la vie.

La troisième orientation consisterait à aider les travailleurs à faire face au changement. Le rôle du dialogue social revêt ici une importance toute particulière.

Pour soutenir, ces trois orientations politiques, il serait possible d'utiliser les cinq instruments principaux à la disposition de la Commission européenne et des Etats membres, à savoir :

  • la coordination des politiques ;
  • le dialogue social au niveau européen ;
  • la législation ;
  • les instruments financiers ;
  • la méthode ouverte de coordination.

A la même date, la Commission entend adopter un livre vert sur le droit du travail afin de permettre à tous les acteurs de réfléchir ensemble aux adaptations qu'il serait souhaitable d'apporter au droit du travail, dans le cadre de la flexicurité et d'un marché unique du travail.

Livre vert droit du travail

Le Livre vert sur le droit du travail devrait dresser, tout d'abord, un état des lieux et identifier le principal défi politique comme étant la diversité croissante des formes de travail.

Le marché du travail doit être souple pour faire face aux rapides évolutions économiques, technologiques et sociales qu'entraîne la mondialisation.

D'ores et déjà, on estime que les travailleurs recrutés sur des contrats dits atypiques (temps partiel, intérim, par exemple) ou ayant le statut d'indépendants représentent déjà 47%.

Cette variété de contrats, qui permet aux entreprises de s'adapter rapidement aux besoins du marché, présentent des risques pour les travailleurs qui se retrouvent piégés dans une situation de vulnérabilité et d'insécurité, qui peuvent affecter leur choix de vie privée (logement, famille). On rejoint ici certains aspects démographiques évoqués plus tôt.

Le but de ce Livre vert sur le droit du travail est de stimuler un débat ouvert entre tous les acteurs concernés au sein de l'Union européenne afin de promouvoir l'équilibre entre flexibilité et sécurité pour tous.

Mesdames et Messieurs,

J'en arrive à la conclusion de mon intervention.

Conclusions

Les expériences des pays montrent qu’une approche politique avec de généreuses allocations chômage et beaucoup d’investissements dans les politiques actives du marché du travail, combinés à une activation et une surveillance des comportements dans la recherche d’emploi, peut produire un résultat positif sur l’emploi.

Une politique active du marché du travail et la formation tout au long de la vie créent les conditions permettant aux travailleurs de passer d’un travail à faible productivité à un travail à plus haute productivité. Intervenir aussitôt que possible où un risque de chômage apparaît, grâce à un programme d’activation, et garantir une protection suffisante contre le chômage accroît le sentiment de sécurité des travailleurs et leur capacité à s’adapter aux changements causés par des restructurations.

Par sécurité, on ne doit pas entendre "sécurité de l'emploi" (job security), mais sécurité du travail et sécurité au cours des périodes de "transition". Le but est de veiller à ce que les individus trouvent de nouveaux emplois et soient préservés du chômage de longue durée. La flexibilité, quant à elle, ne se résume pas uniquement à «recrutement – licenciement». Les entreprises ont besoin d'une main d'œuvre souple et qualifiée, capable d'effectuer des tâches précises et prête à le faire lorsque l'occasion économique s'en présente. Cela demande un investissement permanent dans les ressources humaines et un soutien actif dans les périodes de transitions sur le marché du travail.

C'est dans cette logique que s'inscrit la flexicurité, et c'est en cela que la flexicurité constitue un instrument important d'accroissement de la productivité et d'amélioration de l'emploi.

Je suis certain que cette conférence, puis la réunion de l'EMCO, nous permettront d'approfondir notre réflexion sur ces thèmes.

Je vous remercie de votre attention !

 

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Publié dans FLEXICURITE

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