Dans le 18e arrondissement, fief historique des jospiniens, la conversion de Didier Guillot, le secrétaire de section de Bertrand Delanoë, a pesé lourd dans la décision de Lionel Jospin (LM, 30/09/06)
Le député parisien Christophe Caresche dans le collimateur des jospiniens
Sur papier à en-tête, Lionel Jospin laisse éclater sa colère. Jeudi 28 septembre, il a écrit à Christophe Caresche, député de Paris, qui n'avait pas exclu "des manifs de militants PS contre lui, rue du Regard", à son domicile, au cas où l'ancien premier ministre aurait présenté sa candidature (Le Monde du 28 septembre). La réponse tient en trois phrases écrites à la main : "La menace que tu as proférée à mon égard (...) est scandaleuse. Je ne lui connais pas de précédent dans les relations entre socialistes depuis longtemps. Je souhaite donc le rappel à la dignité dont j'avais cru que vous vous réclamiez."
Sous sa signature, M. Jospin précise qu'il envoie copie de son mot au premier secrétaire du PS, François Hollande, au président du groupe PS de l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, aux autres députés parisiens et aux premiers secrétaires de section du 18e arrondissement de Paris.
Le "vous" employé par M. Jospin s'adresse aux partisans de Ségolène Royal. Le tutoiement, lui, n'est pas seulement l'interpellation habituelle entre "camarades". Il rappelle le lien qui existait entre M. Jospin et le député parisien, élu en 1997 dans la vague de ceux que l'on avait surnommés les "bébés Jospin". Christophe Caresche faisait partie de l'équipe de campagne de Lionel Jospin lors de l'élection présidentielle de 1995, et il était l'héritier de la circonscription de Bertrand Delanoë. La déchirure n'en est que plus forte.
Elle s'étend aujourd'hui à toute la fédération de Paris, devenue, avec l'afflux des nouveaux adhérents, la première dans la hiérarchie du PS. Dans le 18e arrondissement de Paris, fief historique des jospiniens, la conversion pour Mme Royal de plusieurs responsables, comme Didier Guillot, le secrétaire de section de Bertrand Delanoë, a pesé lourd dans la décision de l'ancien premier ministre de se retirer de la compétition pour l'investiture du parti.
Malgré la prudence observée par le responsable de la fédération et député, Patrick Bloche, le climat parisien s'est nettement alourdi ces derniers jours. "Et encore, cela ne prend pas en compte tout ce qui a été raconté, colporté, dénonce Jack Lang. Jospin ne méritait pas d'être traité comme ça par ceux qui lui léchaient les babouches il y a peu." "C'est devenu haineux", rapporte un autre élu.
