Le modèle syndical suédois a été évoqué aussi bien par la présidente du Medef, Laurence Parisot, que par Ségolène Royal (LM, 16/09/06)
Dans un local syndical de la région de Stockholm transformé en centre électoral du Parti social-démocrate (SAP), des militants s'affairent. Il ne reste que quelques jours avant les élections législatives du dimanche 17 septembre. L'atmosphère est tendue, droite et gauche au coude-à-coude. Les tracts appellent à voter pour le Parti social-démocrate au pouvoir. Un autocollant précise : "Nous n'avons pas les moyens avec un gouvernement bourgeois."
LO, la confédération générale du travail, a mis tout son poids dans la campagne. Comme elle le fait depuis qu'elle a créé le parti à la fin du XIXe siècle. "Deux branches du même arbre", dit-on.
Ce modèle, qui évite aux législateurs et au gouvernement d'avoir à s'immiscer de trop près dans les négociations sociales, a suscité ces derniers temps un regain d'intérêt dans le débat politique français. Il a été évoqué aussi bien par la présidente du Medef, Laurence Parisot, que par Ségolène Royal, candidate à l'investiture du Parti socialiste pour l'élection présidentielle de 2007, qui a suscité une polémique début septembre à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire) en souhaitant qu'émerge en France aussi "un syndicalisme de masse". CONTESTÉE À DROITE Même si "seulement" 60 % des membres de LO votent social-démocrate, son engagement dans la campagne pèse lourd. "Pour moi, il est évident que LO doit soutenir le Parti social-démocrate, même financièrement, pour obtenir de l'influence. Il vaut mieux se concentrer sur un parti, pour ne pas disperser ses forces, et le choix des sociaux-démocrates est évident", estime Christian Stener, embauché à plein temps par LO en janvier pour préparer la campagne. Lasse Asberg, cadre du Parti social-démocrate au conseil municipal de Stockholm, reconnaît : "Sans LO, le parti aurait un problème de crédibilité. LO légitime une grande partie de notre politique quand nous parlons de chômage ou d'inflation." Cette osmose politico-syndicale est souvent contestée, à droite surtout. Un député libéral vient d'accuser le SAP de recevoir près de 110 millions d'euros en soutien financier et humain. Wanja Lundby-Wedin, présidente du syndicat, explique : "LO verse 3 couronnes (32 centimes) par adhérent et par an au parti, soit environ 6 millions (650 000 euros) par an, et nous recommandons aux fédérations de faire pareil en versant 6 couronnes (64 centimes) par adhérent et par an, et la plupart le font." A quoi s'ajoutent les milliers de militants ou de permanents qui travaillent gratuitement pour le SAP. La symbiose n'a pas toujours été aussi idyllique. Au milieu des années 1990, au plus fort de la crise économique, le gouvernement social-démocrate avait pris des mesures drastiques qui avaient provoqué la fronde de LO. Göran Persson, le premier ministre social-démocrate, avait tenté de jouer les présidents de fédération les uns contre les autres. LO avait officiellement envisagé de couper les ponts lors des élections de 1998. Il n'en fut rien. La présidente de la Confédération, qui est membre du comité directeur du parti, a aidé à rédiger le manifeste électoral et figure sur les affiches électorales au côté du premier ministre.
La Confédération regroupe 16 fédérations qui ont près de deux millions de membres, soit 80 % des ouvriers et employés suédois. Un taux exceptionnel, alors même que l'adhésion n'est pas obligatoire. Il s'explique par le rôle prépondérant que jouent les accords collectifs, négociés entre syndicats et patronat sans l'Etat. Ces accords règlent jusqu'au salaire minimum, lequel n'est pas garanti par loi.
