Ségolène Royal incarne déjà une nouvelle gauche qui va certainement franchir les frontières hexagonales (Eleftherotypia, Athènes, 14/09/2006)

Publié le par François Alex

La catégorie "REGARDS DE L'ETRANGER (VIEWS FROM ABROAD)" est très emblématique de la démarche de Ségolène Royal qui, d'une certaine manière, quoique partiellement, illustre le dicton : "Nul n'est prophète en son pays"... N'a-t-elle pas fait irruption, comme un chien dans un jeu de quilles, dans le petit monde des prétendants à l'investiture présidentielle en janvier dernier en faisant une escapade au Chili pour soutenir sa camarade Michelle Bachelet, au lieu de se livrer à l'exercice de mitterrandolâtrie pratiqué par tous ses petits camarades ? Quelques semaines plus tard, n'a-t-elle pas récidivé en donnant une interview au très "capitaliste" Financial Times, allant jusqu'à ne pas totalement dénigrer Tony Blair (attention ! je n'ai pas dit qu'elle était "blairiste" !) ? Pour corser le tout, Ségolène Royal déclare qu'elle cherche à s'inspirer des meilleures pratiques du Danemark, de la Suède, de la Finlande, prenant à rebrousse-poil le chauvinisme franchouillard des idéologues du Parti...: pourquoi aller "pomper" ce qui se passe à l'étranger alors que la France, comme chacun sait, a vocation d'être la lumière des autres nations ? La mission qu'elle assignera, le 13 mars dernier, au comité parisien de Désirs d'avenir sera précisément d'approfondir cette démarche d'importation des "best practices" d'Europe du Nord, ce qui donnera naissance, trois jours plus tard, au présent blog.

Cette attitude de "modestie internationale" qui consiste à dire aux autres pays :"Ce que vous faites est mieux que nous et nous aimerions nous en inspirer" ne peut qu'être extrêmement bien accueillie à l'étranger où on a tendance à fustiger l'arrogance des Français et leur irrépressible tendance à se prendre pour des modèles de vertu, de démocratie, de fraternité, etc... Cette modestie "internationale" est d'ailleurs le pendant extérieur de la "démocratie participative" qui consiste à demander aux Français(e)s de contribuer à l'élaboration des décisions qui seront ensuites prises d'"en haut".

Ségolène n'est-elle pas reçue - nouveau sacrilège - comme un futur Chef de l'Etat par Göran Persson, Romano Prodi, Jose Manuel Barroso ? Avant-hier, Romano Prodi a même évoqué avec elle la Présidence française de l'UE en 2008, comme s'il tenait pour acquis qu'elle serait "en situation" !... En d'autres temps, on aurait pu qualifier cela d'"intelligence avec une puissance étrangère" ! Nicolas Sarkozy ne s'est pas gêné non plus en rendant visite à Georges Bush - comme l'avait fait également en 1995 Jacques Chirac, alors "simple" candidat...

Dans un article du 8 juin dernier, Jacques Julliard, du Nouvel Observateur, compare l'intervention fracassante de Ségolène du 31 mai dernier à Bondy au célèbre Congrès de Bad Godesberg où les sociaux démocrates allemands ont, en 1959 (il y a presque 50 ans !), définitivement abandonné le concept marxiste de lutte des classes et le clivage manichéen gauche-droite. Nouveau pavé dans la mare, car cet article laisse entendre que les socialistes français auraient 50 ans de retard par rapport à leurs homologues d'Outre-Rhin ! On comprendra aisément que la presse allemande ou autrichienne suive avec le plus grand intérêt ces pérégrinations idéologiques des socialistes français !

Au vu de ce qui précède, il est logique que Ségolène ait acquis à l'étranger un énorme capital de sympathie, sympathie non obscurcie par de sombres rivalités et des enjeux shakespeariens... Grâce à Ségolène, les Français redeviennent sympas à l'étranger.. La lecture de la presse étrangère est donc un formidable boost pour ses supporters car elle permet une lecture directe des événements.

Paris, jeudi 14 septembre 2006.

Retour à la une

Ségolène Royal et le PS
vus par Eleftherotypia (Grèce)

NOUVELOBS.COM | 14.09.06 | 12:57

Voici, chaque jour, l'analyse de l'actualité politique française par un journal étranger.

Ségolène Royal vue par ELEFTHEROTYPIA (Athènes) (14/09)

"Ségolène Royal n'a peut-être pas encore été désignée candidate du PS, mais elle incarne déjà une nouvelle gauche qui va certainement franchir les frontières hexagonales… Personne n'a vu arriver Ségolène. Mais c'est elle qui fait aujourd'hui de l'ombre à Nicolas Sarkozy qui se voulait le chantre du renouveau dans cette campagne. A présent, c'est plutôt Ségolène qui incarne le renouveau d'une gauche assoupie, et elle n'a pas peur de se faire des ennemis dans son propre parti en faisant le ménage. C'est justement ce qui attire tant les socialistes grecs."
(Traduction de l'hebdomadaire Courrier international)

Nicolas Sarkozy en visite aux Etats-Unis vu par le FINANCIAL TIMES (13/09)

"Monsieur Sarkozy, en tête des candidats de droite pour l'élection présidentielle de 2007, n'a mentionné que peu de fois le président George W. Bush et à aucun moment Jacques Chirac. En réalité, le ministre français de l'Intérieur a semblé prendre ses distances avec le chef de son propre Etat, évoquant l'"arrogance" des Français et appelant à une nouvelle ère dans les relations transatlantiques."

Ségolène Royal vue par le TIME (13/09)

L'hebdomadaire américain consacre mercredi 13 septembre la couverture de son édition européenne à celle "qui secoue la France", grâce peut-être, s'interroge le Time à "sa féminité". En effet, le magazine rappelle une des phrases de Ségolène Royal: "pourquoi faudrait-il être triste, laid et ennuyeux pour faire de la politique ?". Time apprécie et ne se gêne pas pour critiquer ses rivaux "mâles et gris" au sein du PS, notamment Laurent Fabius et Lionel Jospin, "le désastreux candidat socialiste à la présidentielle de 2002".
"Beaucoup n'hésitent pas à lui rappeler que sa bataille n'est pas encore à mener. Les membres du PS ne choisiront en effet leur candidat officiel qu'en novembre. Mais les sondages d'opinion montrent que Royal est de loin la plus populaire des candidats possibles à gauche, et la seule qui pourrait battre Nicolas Sarkozy (…). Délibérément, Royal évite un affrontement direct avec ses rivaux au sein du parti socialiste, une preuve, selon ses compagnons de campagne, de sa détermination à créer une nouvelle dynamique politique dans une France mise à mal par le changement, une politique de connexion directe avec les électeurs. (…) Il y a une chose qui met très clairement Royal à part. Elle est une femme."

Ségolène Royal vue par RIA NOVOSTI (08/09)

En France, selon les derniers sondages, la socialiste Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes, se retrouve en tête des candidats à la présidentielle de 2007. La lutte qui l'opposera à Nicolas Sarkozy, candidat de la droite, promet d'être rude, mais ses chances sont assez élevées.

La presse parle désormais du "phénomène Ségolène". Tout porte à croire, néanmoins, que la popularité de Ségolène Royal s'explique moins par ses convictions socialistes ou son charisme - plus évident que celui de ses collègues du parti, dont son compagnon François Hollande, - que par son appartenance au sexe faible.

En effet, Ségolène Royal n'a rien à voir avec tous ces hommes dont on a par-dessus la tête, quelles que soient leurs convictions. Faut-il donc s'étonner que cette quinquagénaire appartenant à la bourgeoisie de gauche, mère de quatre enfants et ancienne ministre, se soit hissée au Top-10 des femmes les plus sexy du monde dressé par le magazine FHM ?

Nicolas Sarkozy et l'immigration vus par LE SOIR (08/09)

Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du Monde, signe vendredi 8 septembre sa première contribution au journal belge pour qui il va tenir une chronique : "'La France, tu l'aimes ou tu la quittes!' Jusqu'alors monopole de l'extrême droite ou de sa cousine, la droite extrême, la formule circule désormais sans complexe à droite, dans le sillage de l'UMP, depuis que son chef, Nicolas Sarkozy, l'a fait sienne.

C'était en avril de cette année, lors d'une adresse aux nouveaux militants de son parti. Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter, ont rapporté les agences. Plus alambiquée en apparence, la version écrite du discours ne cède rien sur le fond : Nous en avons plus qu'assez de devoir en permanence avoir le sentiment de s'excuser d'être Français. D'ailleurs, si certains se sentent gênés d'être en France, je le dis avec un sourire mais aussi avec fermeté, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas, parce que nous, notre pays, nous l'aimons.

Le propos ne s'adressait pas qu'aux immigrés que l'actuel ministre de l'intérieur rêve de choisir selon son propre étalonnage du vrai patriotisme.

Visant tout autant les diverses minorités de Français, dont l'addition fait peut-être une majorité, qui portent un amour passionnément critique à leur pays, d'exigence et d'élévation, la charge relève d'un registre bien peu pacifié. Elle agite la menace d'une guerre civile froide où resurgit l'épouvantail de l'"anti-France", ce ramassis de Français qui ne seraient pas dignes de la France et mériteraient d'en être sinon exclus, du moins écartés – politiquement, économiquement, médiatiquement, culturellement."

Le retour de Jospin par
THE TELEGRAPH (05/09)

"Lionel Jospin, l'ancien Premier ministre français qui a mené les socialistes au désastre électoral il y a cinq ans a donné le signe le plus clair de sa probable candidature pour la présidentielle la semaine dernière (en déclarant qu'il était apte à exercer les fonctions de chef de l'Etat)." "La popularité de Jospin a augmenté dans les sondages après que ce dernier eut montré son émotion lors de son explication sur l'échec de sa campagne en 2002." Ségolène Royal "est la candidate préférée des électeurs socialistes", indique le quotidien britannique, mais "il n'est pas certain que son parti la sélectionne lorsqu'il choisira son candidat pour la présidence en novembre".


Nicolas Sarkozy casse son image de libéral par
LE TEMPS (04/09)

Pour le quotidien suisse, Nicolas Sarkozy surprend avec ses nouvelles déclarations sur le libéralisme. "Avant les vacances, il parlait de "libéralisme populaire". Puis il y a eu le "libéralisme régulé". Voici maintenant le "nouvel humanisme". Pour Le Temps, ce changement dans le discours est une façon d'"affirmer son statut présidentiel". " Dans un pays fortement façonné par le pouvoir royal, puis l'autorité de la République, le mot «libéral» reste synonyme de désordre et d'injustice. Le candidat qui s'en est le plus réclamé ces dernières années, Alain Madelin, n'a recueilli que 3,91% des voix à l'élection présidentielle de 2002", analyse Le Temps. "Du coup, le programme proto-présidentiel du candidat Nicolas Sarkozy commence à se remplir d'idées qui ont de quoi effarer ses amis libéraux". Et de conclure, "en France, le politicien qui proposera de troquer le volontarisme politique pour le laisser-faire du marché n'est pas près d'être élu président."

© Le Nouvel Observateur

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