Ségolène Royal, combien de divisions ? Paraphrasant la célèbre réplique de Staline, les concurrents de Ségolène Royal au sein du PS se demandent... (Le Point, 17/08/2006)
En une année, elle s'est constitué une équipe de choc. Contrairement à ce qu'en disent ses rivaux, Ségolène Royal n'est ni seule, ni isolée. Revue des troupes.
Ségolène Royal, combien de divisions ? Paraphrasant la célèbre réplique de Staline, les concurrents de Ségolène Royal au sein du PS se demandent de quel poids pèsent ceux qui travaillent au côté de la présidente de la région Poitou-Charentes face à leurs légions d'experts. Il leur semble impossible qu'en moins d'un an elle ait pu se constituer des réseaux capables de rivaliser avec les leurs et de s'imposer dans la course présidentielle. Ségolène Royal est pourtant moins seule qu'il n'y paraît et bien mieux entourée qu'elle ne le laisse croire.
Lundi 7 août, trois de ses plus proches collaborateurs sont venus la rejoindre dans sa maison de Mougins pour une journée de travail au soleil : Christophe Chantepy, son ancien directeur de cabinet au ministère de l'enseignement scolaire, aujourd'hui véritable cheville ouvrière de l'organisation ; Sophie Bouchet-Petersen, qu'elle a connue quand elles étaient toutes deux conseillères à l'Elysée sous Mitterrand et qui désormais est chargée de l'élaboration des discours ; Nathalie Rastoin, directrice générale de l'agence de publicité Ogilvy, amie depuis une dizaine d'années de Ségolène Royal, avec laquelle elle scrute les mouvements d'opinion et les études qualitatives. Ami de Ségolène Royal et Nathalie Rastoin, le publicitaire Philippe Chatiliez, frère du cinéaste Etienne Chatiliez, a participé à plusieurs réunions stratégiques.
En moins d'une année, quelque 400 comités locaux désirs d'avenir ont été créés, couvrant l'ensemble du territoire national. Une dizaine se sont montés à l'étranger, dont deux à Londres, deux à Bruxelles et un à Singapour. Véritables comités de soutien, leur coordination est assurée par Jean-Pierre Legendre, directeur de cabinet de Michel Sapin, président de la région Centre, qui a mis au point un système internet permettant aux comités de dialoguer entre eux.
De son côté, Christophe Chantepy coordonne les travaux de plus de 200 experts, dénommés, dans la nouvelle terminologie de Ségolène Royal, « personnes-ressources ». Au côté de la sociologue Dominique Méda et de l'économiste Pierre-Alain Muet, ancien conseiller de Jospin à Matignon, de hauts fonctionnaires, syndicalistes, enseignants, directeurs de ressources humaines d'entreprises privées permettent à la candidate de disposer rapidement de notes en fonction des sujets d'actualité. L'équipe ne semble pas se plaindre de pénurie dans ce domaine et doit plutôt gérer l'afflux des candidatures. « Nous sommes contactés par d'anciens membres de cabinets ministériels qui veulent travailler avec nous. Si ceux-là se mobilisent, il y aura de la matière grise », se félicite un membre de l'équipe. Le rôle de chef de cabinet est dévolu à Thierry Lajoie, jeune créateur du site internet achatpublic.com et ancien chef de cabinet de Laurent Fabius. Quant au site internet lui-même, une quarantaine de personnes s'en occupent, chapeautées par deux jeunes, Benoît, 34 ans, et Aziz, 18 ans.
L'afflux est identique chez les élus socialistes. Même si l'annonce d'une possible candidature de Lionel Jospin a gelé les ralliements, Ségolène Royal a réussi en moins d'un an à séduire bon nombre d'élus. Le député de l'Essonne Julien Dray a été le premier auquel elle a demandé son soutien. A ses côtés, il prépare les initiatives politiques et tente de parer les « mauvais coups qui vont pleuvoir ». Ils se connaissent depuis plus de vingt ans quand l'ancien trotskiste lance SOS-Racisme avec la bénédiction de l'Elysée de François Mitterrand. Les troupes de Julien Dray se sont donc logiquement mises à son service. Patrick Mennucci, vice-président délégué de Provence-Alpes-Côte d'Azur, gère les déplacements à l'intérieur du parti et facilite les contacts avec les cadres du PS. Delphine Batho, secrétaire nationale, la conseille sur les questions de sécurité. Elle a déjà hérité de sa circonscription des Deux-Sèvres. Malek Boutih, ancien patron de Sos-Racisme, a, lui, hérité d'une circonscription en or en Charente, ce qui suscite d'ailleurs bien des remous localement.
Le maire de Lyon, Gérard Collomb, ancien strauss-kahnien, a été le premier à rallier Ségolène Royal. Depuis, il a été suivi par Jean-Marc Ayrault, député maire de Nantes, Roger Madec, maire du 19e arrondissement de Paris, les présidents de région Jacques Auxiette (Pays de la Loire), Jean-Pierre Masseret (Lorraine), Jean-Jack Queyranne (Rhône-Alpes), sans oublier un certain nombre de premiers secrétaires fédéraux. François Patriat, président de la Bourgogne, la recevra pour une journée de travail le 19 août, la veille de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse. Michel Vauzelle, président de Provence-Alpes-Côte d'Azur, lui a envoyé un « signal ». Jean-noël Guérini, patron du conseil général des Bouches-du-Rhône, s'est affiché à ses côtés début juillet, quand les jospinistes insistaient pour qu'il se prononce publiquement en faveur de l'ancien premier ministre. Et il se murmure dans le parti que Daniel Percheron, le réaliste président du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, n'est pas hostile à la candidature de Ségolène Royal, surtout depuis qu'il a constaté que les militants de sa région soutenaient en nombre la candidate. Or ces deux hommes sont le véritable baromètre du parti. Chacun de leurs mouvements, chacune de leurs prises de parole est observé à la loupe par les cadres du PS. Ce fut aussi le cas lorsque Pierre Mauroy adressa des paroles agréables à Ségolène Royal au milieu des critiques de ses concurrents. Ou quand Christophe Girard, adjoint à la culture du maire de Paris, annonça son ralliement dans Le Point.
La ralliement d'Arnaud Montebourg a également permis de faire bouger les lignes au sein du parti, de la même manière que la sympathie affichée de Vincent Peillon lui permet d'engranger des soutiens au NPS. A la rentrée, d'autres élus vont officialiser leur rapprochement. Ainsi, les députés du petit groupe Nouvelle voix, autour de Gaëtan Gorce (Nièvre), Jean-Louis Bianco (Alpes-de-Haute-Provence), Christophe Caresche (Paris) et Patrick Bloche (Paris), devraient s'engager plus nettement. Les proches de Ségolène Royal sont persuadés que Bertrand Delanoë finira par lui être favorable. Après tout, n'avaient-ils pas de bonnes relations auparavant ? Michel Sapin, président de la région Centre, trésorier du PS, va entrer dans le jeu à ses côtés, de même que Jean-Yves Le Drian, président de Bretagne. Les proches de Jacques Delors se sont mis au service de Ségolène Royal. Même si elle n'a jamais été en première ligne, à l'instar de son compagnon, elle a toujours été membre des structures deloristes, de Démocratie 2000 au club Témoin. Aujourd'hui, le président du club Témoin n'est autre que Jean-Pierre Mignard, avocat, ami du couple depuis le début des années 80. Ségolène Royal apprécie depuis longtemps les conseils avisés de ce catholique de gauche.
Les proches de François Hollande sont divisés sur la conduite à tenir vis-à-vis de Ségolène Royal. Mais les propos publics de François Rebsamen expliquant qu'il aiderait la candidate à se défendre contre les attaques de ses adversaires montrent que le maire de Dijon, qui sera présent à ses côtés le week-end prochain, la soutiendra plus qu'il ne le fait aujourd'hui si le premier secrétaire n'est pas candidat lui-même.
A l'instar de François Mitterrand, Ségolène Royal s'est constitué un réseau de personnalités locales dans sa circonscription des Deux-Sèvres, qui sont autant de capteurs de l'air du temps. « Ce sont mes petites antennes précieuses », avoue la présidente de région, friande de leur franc-parler. Parmi eux, Marie Gautier, sa secrétaire à Melle, Guy Moreau, le secrétaire de section du PS à Melle, Yves Debien, proviseur, ou Claude Bonnet, ancien agriculteur.
Dans la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal s'appuie aussi sur son directeur général des services, ancien directeur de cabinet au ministère de la Famille, Jean-Luc Fulachier, sur sa directrice de cabinet, Danielle Mailhé, sur Maxime Bono, député maire de La Rochelle, Denis Leroy, président du comité régional du tourisme, ainsi que sur les cadres locaux du PS, comme Jean-François Macaire, premier secrétaire fédéral de la Vienne, Brigitte Tondusson, vice-présidente de région, ou Bernard Lalande, vice-président du conseil général de la Charente-Maritime.
Ségolène Royal, même si elle veille à s'appuyer sur le réseau d'élus qu'elle a constitué, sait qu'elle peut compter sur ses amis de la promotion Voltaire de l'Ena. Le petit groupe qui s'est constitué autour d'elle-même et de François Hollande est toujours fidèle au poste. Parmi ses membres, Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur adjoint du cabinet de Lionel Jospin à Matignon, aujourd'hui patron de l'Inspection des finances, dont l'épouse, Brigitte Taittinger, PDG des parfums Annick Goutal, est une très bonne amie de Ségolène Royal. Jean-Maurice Ripert, ancien conseiller diplomatique de Jospin à Matignon, représentant permanent de la France auprès de l'Office des Nations unies à Genève, comme Bernard Cottin, président de Numéricable, ou Michel Sapin, ancien ministre, président de la région Centre, font partie de cette bande. Rencontré un peu plus tard, ancien d'HEC comme François Hollande, le lobbyiste Paul Boury, patron du cabinet Altedia, est un fidèle depuis plus de vingt ans.
Depuis la fameuse émission de Michel Denisot sur Canal + à laquelle elle a participé, en avril, en compagnie de Jamel Debbouze et de la chanteuse Diam's, l'acteur, avec lequel elle a esquissé un pas de danse, est devenu l'un de ses meilleurs soutiens. Ils se téléphonent souvent. Ainsi, au lendemain de son discours de Bondy sur les centres à encadrement militaire, l'acteur l'a appelée pour lui dire de tenir bon. Ségolène Royal est venue discrètement assister aux répétitions de l'émission estivale de Jamel Debbouze sur Canal +, chez lui, en banlieue. Les proches de la candidate espèrent que le réseau de l'acteur s'affichera à ses côtés. Ils comptent notamment sur l'implication du footballeur Zinedine Zidane, très proche de Jamel Debbouze.
Pour le moment, Ségolène Royal participe à des réunions de travail organisées par le metteur en scène Bernard Murat et la présentatrice Daniela Lumbroso avec des personnalités du monde de la culture. Fidèle à sa volonté de ne rien faire comme les autres, la candidate veut éviter le traditionnel comité de soutien de personnalités. Elle réfléchit à une nouvelle façon de les associer à ses réflexions
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Des réseaux en ordre de bataille
Carl Meeus
© le point 17/08/06 - N°1770 - Page 22 - 1594 mots
Intéressante coïncidence... Je suis tombé par hasard à peu près à la même date de parution de cet article sur un e-mail de Jacques Mairé datant du 7 avril dernier et annonçant sa participation à la conférence du 10 avril (Dominique Méda et Alain Lefebvre). Jacques Mairé, ancien secrétaire général adjoint de l'UNSA préparait la rédaction d'un article pour UNSA Magazine au sujet du livre de Dominique Méda et Alain Lefebvre "Faut-il brûler le modèle social français ?"... voir message de bienvenue et article paru dans UNSA Magazine
voir ci-dessous le paragraphe "Ségolène recrute dans la police"...
Paris, vendredi 1er septembre 2006.