Ségolène Royal a soutenu ce qu'elle considère comme "un juste deal" : une plus grande flexibilité contre davantage de sécurité dans l'emploi des jeunes. (Le Monde, 03/02/2006)

Publié le par François Alex

 
LE MONDE | 03.02.06 | 13h17  •  Mis à jour le 03.02.06 | 13h35

AFP/ALAIN JOCARD
La présidente de la région Poitou-Charentes Ségolène royal, s'entretient
avec des journalistes le 27 janvier 2006 à l'Hôtel des Régions à Poitiers.

Une provocation pour les uns, une bévue pour les autres. L'hommage rendu par Ségolène Royal à Tony Blair, dans le Financial Times du 2 février, sur sa politique en faveur des services publics et du traitement du chômage des jeunes, entre flexibilité et sécurité, a pris les socialistes de court au moment où, précisément, ils affrontent le gouvernement sur le contrat première embauche.

Pourquoi, bien que la présidente (PS) de la région Poitou-Charentes domine tous les autres prétendants dans son camp pour l'élection présidentielle de 2007, a-t-elle été prendre pour modèle la figure européenne la plus contestée à gauche ?

Parce que cela correspond à ses choix plutôt "droitiers", estime un concurrent. Parce que cela "lui permet d'être hétérodoxe et repérée dans l'espace public", juge un autre. "Personnellement, (Tony Blair), ce n'est pas ma référence", a réagi l'ancien ministre Daniel Vaillant, vendredi 3 février, sur Canal+. "Je suis plutôt dans la synthèse du Mans, qui redit des choses sur l'emploi, sur la régulation, la protection du droit du travail", a ajouté avec férocité le jospinien.

"Je préfère à tout prendre cette position plutôt que de gérer le silence, au moins chacun peut juger", risque pour sa part le fabiusien Claude Bartolone. Laurent Fabius comme Dominique Strauss-Kahn ont passé pour consigne à leurs partisans de continuer leur campagne, sans "s'occuper des autres", et surtout pas de Ségolène Royal. Sa façon d'esquiver le débat en France, qui contraint à rassembler ses idées façon puzzle, met leurs nerfs à rude épreuve.

Sur les 35 heures, par exemple, dossier sur lequel la candidate socialiste considère qu'il ne faut pas rester "bloqué", les dirigeants du PS ont déjà eu un petit avant-goût de ses désirs. Lors de la réunion de la commission du projet, qui réunit chaque mercredi tous les "éléphants", le sujet a indirectement été abordé à la mi-janvier.

Devant ses pairs, Mme Royal a soutenu l'idée qu'il fallait les imposer "dans l'enseignement". "Il faudra de forts contacts avec les organisations syndicales", a alors souligné un participant. "Oui, car il y aura de fortes manifestations", a ironisé François Hollande devant un auditoire détendu qui a immédiatement fait le parallèle avec les déboires de Claude Allègre.

"NI ARCHÉO DE GAUCHE NI LIBÉRALE"

"Elle n'est ni une archéo de gauche ni une libérale à tous crins, défend l'entourage de l'élue socialiste. Elle s'intéresse aux bons côtés du blairisme, comme aux idées sur la démocratie participative de Michelle Bachelet au Chili."

De fait, Ségolène Royal peut se montrer assez éclectique. A la fin du mois de novembre 2005, elle a déjà soutenu, dans un débat organisé par le magazine The Economist et l'Institut Montaigne, un think-tank libéral créé par Claude Bébéar, président du conseil de surveillance d'Axa, ce qu'elle considère comme "un juste deal" : une plus grande flexibilité contre davantage de sécurité dans l'emploi des jeunes.

Cinq mois auparavant, le 26 août, accueillant à Poitiers l'université d'été de l'association altermondialiste Attac, elle fustigeait "l'emballage idéologique de la précarisation généralisée et de la flexibilité imposée" des "risquophiles" du Medef. Dans la foulée, elle dénonçait le contrat nouvelle embauche du gouvernement Villepin, rebaptisé par ses soins "contrat de nouvelle débauche ou la possibilité de licencier pendant deux ans sans l'ombre d'un motif".

"Le débat d'idées, à gauche, n'est pas un petit supplément d'âme plus ou moins ornemental mais une nécessité vitale", expliquait-elle alors, avant de citer, pêle-mêle, le marxiste Gramsci et le sociologue Saïd Bouamama sur "l'arôme idéologique immédiat". Ségolène Royal prépare la synthèse de tout cela dans un livre à paraître en avril chez Flammarion. Elle y livrera sa vision de la société française, mais n'en fera "surtout pas un catalogue" de propositions.

Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 04.02.06
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Publié dans FLEXICURITE

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