Avec 8% d'étrangers pour 5,3 millions d'habitants, le Danemark est aussi un des pays européens les plus restrictifs en matière de politique migratoire (Le Courrier.ch, 5 août 2006)


Au pays de l'Etat-providence, les étrangers sont gueux
VIRGINIE POYETTON, Date: Samedi, 05 août @ 00:00:00
Sujet Actuel
DANEMARK - Pays modèle du «welfare» européen, le Danemark devient aussi le contre-exemple en matière d'accueil.
Un Etat-providence modèle, «qui assure une égalité d'accès au service public pour tous», vante le site Internet officiel du Danemark. Un gouvernement démocratique: «l'égalité de genre, la liberté d'expression, une activité économique prospère ainsi qu'un haut niveau de recherche scientifique.» Avec 8% d'étrangers pour 5,3 millions d'habitants, le Danemark est aussi un des pays européens les plus restrictifs en matière de politique migratoire. Dans les deux lois sur l'asile et la migration qui seront soumises au vote populaire le 24 septembre, le Parlement suisse n'a pas (encore) osé introduire des mesures aussi restrictives que l'Etat danois.
Dissuassions
Pour faciliter la dissuasion, celui-ci s'est doté, en 2002, d'une nouvelle loi sur l'immigration. Le texte s'attaque en premier lieu au regroupement familial. Pour faire venir son conjoint et ses enfants, le migrant doit placer sur un compte bancaire l'équivalent de 10500 francs suisses. Il est également tenu de posséder un appartement suffisamment grand. Les nouveaux arrivants doivent parler le danois avant de rejoindre le migrant et finalement prouver qu'ils ont des «liens avec le Danemark plus forts qu'avec n'importe quel autre pays». Résultat: les demandes de regroupement familial enregistrées par les services d'immigration du royaume se sont effondrées, passant de 11000 en 2002 à 6500 en 2003, et le nombre de permis de résidence octroyés a lui aussi été divisé de moitié, pour chuter à 2500 cette même année. Mais la dissuasion ne se limite pas au regroupement familial. Le mariage mixte, par exemple, n'est permis qu'à partir de 24 ans.
Quant à celui qui obtient l'asile, il reçoit une aide équivalant à 2500 francs suisses par mois pour faire vivre une famille avec deux enfants. Cette somme ne permet pas de subvenir à ses besoins au Danemark et il est très difficile de trouver un emploi en tant que réfugié. «Ils sont 55% à travailler», commente Trine Rasmussen, anthropologue au Kolding College of Social Education au Danemark. Pour couronner le tout, le requérant doit, une fois son statut de réfugié obtenu, suivre un cours de langue et de culture danoises de trois ans. Avec cette nouvelle loi, le nombre de requérants d'asile a diminué de 12512 en 2001 à 1151 en 2005. «Depuis 2002, le nombre de réfugiés diminue chaque année», témoigne l'anthropologue.
Mille de plus
Contre ces restrictions ouvertes et cette dissuasion dissimulée, des voix minoritaires se sont élevées à l'intérieur du pays pour que celui-ci accepte chaque année «mille réfugiés supplémentaires». Pour le Danish Refugee Council, le Danemark se dérobe à ses responsabilités internationales en diminuant le nombre de réfugiés accueillis alors qu'il y a toujours plus de personnes persécutées dans le monde. En effet, depuis 1978 le parlement danois a fixé à 500 le nombre annuel maximal de réfugiés statutaires. Une démarche qui va à l'encontre de la Convention de 1951 sur les réfugiés. «On est demandeur d'asile parce qu'on est menacé. En principe, donc, il ne devrait pas y avoir de quotas préétablis», commente Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS à Paris. Mais, dans les faits, souligne-t-elle, nombreux sont les pays européens qui fixent des quotas.
L'Etat-providence en danger ?
«Comme aux Pays-Bas, le Danemark est en train de vivre une montée du populisme liée à une certaine frilosité à l'idée de partager le welfare («bien-être», ndlr), commente MmeWihtol de Wenden. Le Danemark était un pays libéral, très attentif au multiculturalisme. Récemment, il y a eu un retour de bâton. Les gens ont l'impression d'avoir fait le tour du multiculturalisme. Ils sont devenus très critiques.» Pour la chercheuse, la situation danoise ressemble beaucoup à celle des Pays-Bas qui, sous la pression de l'extrême droite, a modifié sa législation sur l'immigration.
Pour Trine Rasmussen, il n'y a pas de lien direct entre l'Etat-providence et la loi. «Le problème est principalement que les gens, et surtout le Parti populaire danois, ont peur de perdre leur culture, leur religion, leurs traditions danoises. C'est essentiellement un problème de nationalisme».
Quant à l'avenir de la migration au Danemark, Mme Rasmussen n'est pas très optimiste: «Vu la situation politique, je pense que le nombre de migrants va continuer à diminuer. Par ailleurs, depuis l'affaire des caricatures de Mahomet, qui voudrait venir ici? J'ai parfois honte d'être Danoise, surtout quand on parle de politique migratoire».
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