La fédération de Bertrand Delanoë accueillera ses nouveaux camarades, qui participeront au choix du candidat à la présidentielle, au cours d'une cérémonie à la Mutualité, le 3 mai.

Publié le par François Alex

Les rivaux de Mme Royal lancent la contre-offensive
LE MONDE | 22.04.06 | 13h59  •  Mis à jour le 22.04.06 | 13h59
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Trop, c'est trop. La succession ininterrompue de sondages favorables à Ségolène Royal, sa surexposition dans les médias et, depuis peu, l'annonce en cascade de ralliements à sa cause, poussent ses concurrents au sein du PS à réagir. Ces derniers préparent la contre-offensive et accusent désormais le parti de manquer "d'équité".

 

3 500 nouveaux adhérents à Paris

La fédération de Paris serait-elle en passe de devenir la plus importante du PS ? Avec 3 500 nouveaux adhérents à ce jour, ce qui porterait à plus de 12 000 le nombre total de ses effectifs, elle pourrait supplanter le bastion du Pas-de-Calais. La section du 11e arrondissement frôlerait les 1 000 militants, soit autant qu'à Liévin.

Paris semble profiter le plus de la réforme de l'adhésion, à 20 euros, lancée en mars. La fédération de Bertrand Delanoë, qui compte dans ses rangs Lionel Jospin, accueillera ses nouveaux camarades, qui participeront au choix du candidat à la présidentielle, au cours d'une cérémonie à la Mutualité, le 3 mai.


Invité du journal de TF1, dimanche 23 avril, Jack Lang compte multiplier ses apparitions médiatiques. "Il n'y a aucune raison que je ne m'avance pas plus, affirme-t-il. J'ai donc décidé de m'impliquer plus clairement comme candidat." Laurent Fabius, qui rentre d'un voyage aux Etats-Unis "plein de détermination", selon son entourage, et Dominique Strauss-Kahn, qui a prévu d'intensifier sa campagne en mai, ne seront pas en reste. Les trois hommes sont tout aussi résolus à contraindre la présidente PS de la région Poitou-Charentes à se comparer sur le terrain "des idées". Directement, ou par le truchement de leurs entourages, ils se sont mis d'accord pour exiger des débats publics.

"Je souhaite une vraie confrontation sérieuse sur des grands sujets de fond, la politique internationale, la démocratie, l'économie, l'éducation...", souligne M. Lang, qui préférerait que "ces échanges" aient lieu à la télévision plutôt que devant des assemblées de militants. "On ne va pas faire des bagarres de polochons, un circus socialiste avec des brigades d'applaudissement !", dit-il. Les chaînes parlementaires offriraient bien mieux, selon, lui le cadre approprié. Mais plus question d'attendre. M. Lang milite pour que le dépôt officiel des candidatures ait lieu "au plus tard" entre le 1er et le 15 septembre, ce qui permettrait deux mois de campagne avant le vote des militants prévu fin novembre pour désigner le ou la candidate.

Mercredi 19 avril, lors de la réunion de la direction du PS, d'autres ont tenté de repousser l'adoption du projet socialiste fixée le 17 juin. Laurent Baumel, proche de M. Strauss-Kahn, et Serge Janquin, premier secrétaire de la fédération du Pas-de-Calais, ont plaidé le manque de temps et l'insuffisante implication des militants. Le calendrier est hautement sensible. Les concurrents de Mme Royal redoutent qu'une fois le projet du PS adopté, elle ne s'abrite derrière, tout en continuant, par ailleurs, à esquiver la confrontation "d'idées".

De déjeuners discrets - M. Strauss-Kahn et M. Lang ont tous deux récemment vu Lionel Jospin -, en apartés, la contre-offensive s'organise. Les partisans de l'ancien premier ministre cachent mal leur irritation. "Les Français n'aiment pas qu'on leur dise à l'avance les duels annoncés (Royal-Sarkozy), affirme l'ancien ministre Daniel Vaillant. Ils veulent du sérieux, du solide." Interrogé à la porte de son domicile, vendredi 21 avril, par I-Télevision, M. Jospin a répondu sur la gauche : "Nous sommes plutôt affaiblis, isolés, parfois un peu moqués aujourd'hui. Pour l'homme d'Etat que j'ai été, ça me chagrine."

Mais au sein du PS, les critiques fusent de plus en plus ouvertement. "On a l'impression que François Hollande, comme chef de parti, et Ségolène Royal, comme candidate à la candidature monopolisent la parole socialiste", regrette dans un entretien le 20 avril au Télégramme, l'ancien ministre Pierre Moscovici. Tout en reconnaissant "incontestablement un mouvement en faveur" de Mme Royal, il affirme qu'avec "le débat réel, on va sortir de cette bulle (médiatique)". Pour Michèle Sabban, vice-présidente de la région Ile-de-France, également proche de M. Strauss-Kahn, "on est en train de contourner le vote des militants pour imposer Ségolène Royal par les sondages et les médias". Elle dénonce en interne le choix affiché de Julien Dray. "Quand le porte-parole du parti, désigné au congrès du Mans, se permet de dire qu'il soutient Ségolène Royal, cela pose un problème", souligne Mme Sabban, coauteur, avec d'autres socialistes, féministes et "rebelles", d'une pétition pour lancer... "143 candidates".

Cette initiative a fait bondir Robert Alfonsi, premier secrétaire de la fédération du Var, qui se prépare à accueillir Mme Royal le 27 mai. "On sent bien poindre toutes les petites manoeuvres, mais que chacun garde son calme. Pour l'instant, on a une candidate qui émerge. On est tous heureux, parce que jusqu'à présent on était plutôt encalminés", dit-il. Dans un communiqué, M. Alfonsi appelle "certains cénacles parisiens à cesser de tirer la gueule" et à "préparer de minables opérations de diversion féministes". Le temps se gâte.

Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 23.04.06
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Ségolène Royal à l'Assemblée nationale, le 21 mars 2006. | AFP/FRANCOIS GUILLOT
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