La « flexsécurité » rend les Danois confiants
La « flexsécurité » rend les Danois confiants
source : Challenges le 09/06/2005 00:00 auteur : Bolle Héloïse
Niels vient d’être licencié. Avec seulement six mois d’ancienneté dans son entreprise, il n’a perçu aucune indemnité, et son préavis n’a duré que deux semaines. Chômeur, il touchera 90 % de son salaire. En quatre mois, il aura deux rendez-vous à l’agence pour l’emploi. S’il n’a pas retrouvé de travail dans un an, c’est l’agence qui lui en proposera un. A défaut, il partira en stage ou en formation. S’il refuse, il perdra ses allocations. Mais Niels, comme 66,7 % de ses compatriotes qui se retrouvent au chômage, devrait décrocher un nouvel emploi dans les six mois. Avec son taux de chômage aux alentours de 5 %, le pays de la petite sirène fait pâlir d’envie bien des gouvernements. Le « miracle danois » repose sur une flexibilité très forte pour les entreprises, un solide filet de sécurité pour les salariés en cas de chômage et une politique incitative de retour à l’emploi. Premier principe de la « flexsécurité » danoise : il est plutôt facile, pour une entreprise, de licencier. « Quand, en 1999, nous avons procédé à 200 licenciements pour alléger le personnel administratif, le processus a à peine pris vingt-cinq jours », témoigne Stig Flindt, responsable du service juridique des laboratoires Novo Nordisk. Les périodes de préavis sont courtes : deux mois et demi pour un salarié ayant six ans d’ancienneté. Le salarié mis sur la touche doit justifier de dix ans d’ancienneté pour percevoir une indemnité, et il ne pourra recevoir son chèque que si les raisons de son licenciement ne peuvent être justifiées par l’employeur. Dans ce cas, il se verra attribuer, tout au plus, l’équivalent de deux ou trois mois de salaire. A l’inverse, les embauches sont rapides : « On réfléchit rarement plus de trois semaines, reprend Stig Flindt. En 1999, certains salariés sur le départ ont réintégré l’entreprise avant même la fin de leur préavis de licenciement ! » Important turnover. Le Danemark vit cette situation plutôt sereinement. Selon le centre d’études politiques et sociales, le sentiment de sécurité sur le marché du travail y est de 8 sur une échelle de 10, contre 6,7 en France. D’abord, parce que les Danois profitent de cette fameuse flexibilité. S’ils veulent quitter leur poste, ils ne sont tenus qu’à un mois de préavis, contre trois en France. Et ils ne se privent pas : ils sont 30 % à changer de job chaque année, et leurs salaires ont progressé de 3,6 % en 2004, pour une inflation de 2 % à peine. Mais, surtout, ils savent qu’ils seront très bien
pris en charge s’ils perdent leur emploi. Ils ont la garantie de recevoir pendant quatre ans une indemnité non dégressive de 90 % de leur salaire. Certes, elle est limitée à 22 900 euros par an. Mais pour les gros salaires, le manque à gagner est en partie compensé par un allégement de la note fiscale. Chômeurs très encadrés. Autre aspect de la méthode danoise : tout est mis en place pour que le chômage dure le moins longtemps possible. Au bout d’un an, le chômeur entre en « activation » : il se voit proposer au mieux un emploi, à défaut un stage subventionné dans une entreprise privée ou une formation. Et si le demandeur d’emploi refuse sans raison valable, il perd ses allocations. L’« activation » peut même commencer plus tôt, quand le job centre considère que la personne a peu de chances de retrouver un emploi par elle-même. Les entreprises se mobilisent également. La compagnie de téléphonie TDC, qui a dû licencier 600 personnes cette année, s’est activée pour leur trouver des jobs : « L’essentiel, ce n’est pas de donner plus d’argent que ce que prévoit la loi : nous pensons qu’un nouvel emploi sera plus utile qu’un chèque », raconte Henriette Fenger Ellekrog, la DRH. A l’arrivée, moins de 20 % des chômeurs danois mettent plus d’un an à retrouver un travail, contre 33,8 % dans l’Hexagone. Système coûteux pour le salarié. Certains aspects du modèle danois semblent cependant difficiles à exporter. D’abord, ceux qui n’ont jamais travaillé en sont exclus. Ensuite, la politique de prise en charge des chômeurs, considérée comme la plus coûteuse de l’OCDE, est essentiellement à la charge des salariés, même si les cotisations à l’assurance sont facultatives. La grande tendance du moment chez les jeunes Danois est d’ailleurs de ne pas souscrire d’assurance-chômage. Mia, 29 ans, n’a pas peur de l’avenir : « Nous sommes beaucoup à préférer dépenser le peu qu’il reste après les impôts plutôt que de prendre une assurance-chômage. Si on a peur du chômage, on peut aussi bien avoir peur des accidents de la circulation. » Précision : le chômage des jeunes est de 7 % au Danemark et de plus de 20 % en France. Héloïse Bolle (envoyée spéciale au Danemark)