Ségolène Royal est la seule parmi les candidats potentiels à la présidence de la République à avoir cette expérience de la gestion et de l'animation d'une grande unité territoriale.

Publié le par François Alex

Pierre vient de me faire parvenir de son lieu de vacances, le texte ci-dessous... Dans un article du Monde récent, Ségolène Royal reprenait à son compte la formulation célèbre de François Mitterrand : "réconcilier les socialistes avec l'entreprise"...

J'ai créé sur ce blog une catégorie intitulée "PME, femmes et socialisme" ; la France est en effet un pays d'administrations et de grandes entreprises qui a toujours souffert de la faiblesse de son tissu de PME.

Ce sont des femmes socialistes qui se sont particulièrement investies dans le développement des PME : Edith Cresson, lorsqu'elle fut Ministre des affaires européennes en éditant notamment ses célèbres brochures "Bruxelles mode d'emploi", puis Edwige Avice qui a créé un fonds de capital risque spécialement dédié aux PME de hautes technologies, aujourd'hui Ségolène Royal qui, comme le souligne Pierre, est en situation concrète comme Présidente de région, non dans un débat idéologique.

François Alex
Paris, le 19 avril 2006.

Réconcilier la gauche et les entreprises innovantes

Depuis trente ans les pays occidentaux perdent régulièrement des pans entiers de leurs industries employant une forte main d'oeuvre peu qualifiée au profit de pays en voie de développement à bas salaires.(textiles, chantiers navals, etc...).Pour compenser cette évolution irréversible, il leur faut continuer à être les leaders mondiaux dans la création et le développement de nouveaux produits à très haute valeur ajoutée.

Et la France , Pour la quatrième mois consécutif notre balance commerciale industrielle est en déficit. Nous exportons moins de produits manufacturés que nous n'en importons. Il y a peu de chance que la situation s'inverse dans le proche avenir.

Nous avons pourtant de très bons ingénieurs, soigneusement sélectionnés puis formés dans nos Grandes Ecoles scientifiques, d'excellents techniciens pour les seconder. Ils construisent des produits de haute technologie que nous exportons dans le monde entier, avions TGV, lanceurs de satellites, centrales nucléaires, métro, etc...Leurs entreprises sont françaises ou européennes.

Mais les Français n'ont guère participé à la création, puis aux premiers développements des industries nouvelles de notre temps, microélectronique, informatique, NTC (Nouvelles Techniques de la Communication), biotechnologies et, actuellement, les nanotechnologies. Les inventeurs possédaient une forte formation universitaire scientifique, l'envie d'appliquer leurs découvertes, le goût du risque jusqu'à la création de start-up. C'est ainsi que sont nés des leaders mondiaux dans ces industries nouvelles. Ils ont trouvé dans leur pays des conditions optimales, l'enseignement supérieur, la recherche et le développement y étant des priorités acceptées par tous. En 2001, Romano Prodi, alors président de la Commission Européenne, prédisait que si les pays européens n'augmentaient pas fortement leur budget d'enseignement et de recherche, 3% de leur PIB d'ici 2010, "nous sommes perdus".

Et la France ? Nous sommes un pays d'ingénieurs, moins un pays de chercheurs. Nous en avons d'excellents, quelques uns (si peu nombreux) Prix Nobel, mais notre recherche et ses applications évenuelles souffrant de handicaps.

- L'Enseignement Supérieur et la Recherche ne sont plus une priorité de nos gouvernants depuis le début des années 70. Ceux de droite ont plutôt tendance à en diminuer les crédits, comme récemment ; ceux de gauche pensent faire au mieux en les augmentnant un peu plus que l'inflation, calculée à partir du "panier de la ménagère". Comme si cela avait un sens de comparer l'évolution de celui-ci à l'explosion des prix du matériel scientifique quand on passe à une nouvelle génération, plus efficace dans l'acquisition de connaissances nouvelles. Quant aux salaires de nos chercheurs ...

Notre pays consacre 2% de son PIB à ce secteur névralgique, même après remise à niveau par ce gouvenement, affronté à une révolte des chercheurs. Loin des 4,5% du Japon, des USA, des pays nordiques, etc...

- Nos lycéens ne s'orientent pas en assez grand nombre vers les sections scientifiques, rebutés par une sélection portant essentiellement sur les mathématiques, peu sur les sciences expérimentales. Les études littéraires sont considérées comme plus faciles, en oubliant que les emplois à la sortie y sont beaucoup moins nombreux.

- Nos chercheurs scientifiques collaborent contractuellement avec l'industrie beaucoup plus que ne semblent le penser que les media ou nos concitoyens.Mais très peu de chercheurs pensent à concrétiser eux mêmes leurs découvertes, et encore moins à créer une " jeune pousse " (start-up en français). L'image négative des entreprises à gauche y est pour quelque chose.

- Les deux premiers handicaps sont , enfin, l'objet de débats publics ; moins le troisième qui va être développé ici;

Les pays qui ont mis l'accent sur la recherche et le développement ont aussi construit des dispositifs d'aide à la création d'entreprises innovantes issues de la recherche ou s'appuyant sur des laboratoires universitaires. C'est bien connu aux USA, mais cela existe aussi au Royaume Uni, au Québec, dans les pays nordiques, etc... Des experts aident les porteurs de projets à en contrôler l'originalité, la faisabilité, à monter leur " business plan ", à rencontrer des financiers spécialisés dans le capital-risque (les banques y sont beaucoup moins frileuses qu'en France). Les porteurs de projets sont souvent hébergés sur un même site pour faciliter les contacts entre eux, avec des laboratoires de recherche, des entreprises à l'écoute d'innovations, des collectivités locales. Ces sites sont généralement proches d'universités, la "Silicon Valley" aux USA, les Scientific Parks brittaniques, ou sur le campus, au Japon, en Finlande, etc...Un système très intégré a été créé ainsi à l'ouest de la Suède, dans les années 80. Le Centre ideon est mitoyen de l'université de Lund, une des plus importantes de Suède. Il a compris dès l'origine un incubateur pour accuillir les porteurs de projets, une pépinière, une fois l'entreprise créée, un hôtel d'entreprise, losqu'elle est arrivée à maturité, mais qu'elle a encore besoin de la proximité des laboratoires universitaires. Un centre d'animation y organise les rendez-vous avec les experts, et tout le monde s'y retrouve, étudiants compris (l'effet de proximité ou effet " cafeteria "). Une grande entrepise de téléphonie suédoise, Ericsson, connue internationalement, y ainstallé un de ses laboratoires de R&D dès le début.Le Centre a été créé en 1983, dans un champ de maïs. 1,000 emplois en majorité très qualifiés avaient été créés six ans plus tard, 3,000 en 1996.

Et en France ? Un site analogue a bien été créé près de Nice, dans les années 70, Sofia Antipolis. Mais il a fallu attendre la fin des années 90 pour que le sénateur Lafitte, créateur de Sofia Antipolis présente un projet de loi sur l'innovation. Claude Allègre le structura et en fit la loi sur l'innovation votée en 2000, avec création d'incubateurs régionaux. Un concours par région, puis NAtional, prime les meilleurs projets de créations d'entreprises innovantes et les subventionne. Le gouvernement Raffarin y a ajouté quelques mesures d'application.

Mais sans attendre la prise de conscience de nos dirigeants nationaux, des responsables politiques locaux ont agi concrètement dans l'aide à la création de ce type d'entreprises. Des lieux d'installation et d'accompagnement ont été créés dans les principales villes universitaires, Nantes, Grenoble, Toulouse, Lyon, Bordeaux, etc...Pour répondre à une recommandation de la Communauté Européenne, le gouvernement français a lancé l'année dernière un appel d'offre pour la création de " Poles de compétitivité " réunissant universités, e,treprises, collectivités territoriales et l'Etat. Beaucoup de esponsables nationaux, y compris les plus haut placés ont été quelque peu surpris du succès de cette opération : une centaines de projets, bien structurés, ont été déposés par les Régions, et une quinzaine a été réunie dans un premier temps pour être soutenus et financés par les collectivités territoriales, les entreprises, l'Etat et la Commision Européenne. C'est une démonstration de ce que peut apporter la décentralisation, dans un pays tellement centralisé et jacobin. En appliquant la décentralisatin (le principe de susidiarité retenue par l'Union Europénne), La France n'az fait que suivre la politique des pays plus avancés que le nôtre dans la maîtrise de la nouvelle économie de la connaissance. Celle du pétrole et de l'eau devenus rares, de la protection de l'environnement et de la survie de la planète.Les actions de ces pays sont décentralisées au niveau des collectivités territoriales, y compris dans les " petits pays ", comme la Finlande et la Suède. C'est le président du comté (département) de Malmö qui est à l'origine du Centre Ideon. Il a vu là le moyen de redresser l'économie de sa Réion après l'effondrement de son industrie textile et de ses chantiers navals. A titre d'exemple, voyons ce qui a été réalisé dans l'agglomération bordelaise. Alain Rousset, élu maire de Pessac, dans la banlieue bordelaise, s'est rendu en délégation au Centre Ideon dans les mois qui ont suivi son élection. Il créait Bordeaux Unitec dès janvier 90, avec les maires des communes qui se partagent avec Pessac. le plus grand campus universitaire bordelais. Comme Ideon, Bordeaux Unitec dispose d'incubateurs, de pépinières, d'hôtels d'entreprises. Des entreprises de R&D ont fait construire leurs propres bâatiments, l'une est une entrprise nationale, l'autre, une ancienne " jeune pousse " devene grande. 200 entreprises innovantes y ont été créées depuis dix ans ; l'une d'entre elles, créée par une femme, a atteint le niveau mondial dans sa " niche ".

Les présidents de Région sont très engagés dans ces actions, comme Alain Rousset président de la Région Aquitaine. Rappelons qu'ils sont tous socialistes, à un près.

L'unique femme parmi eux, Ségolène Royal, s'est battue vivement pour la création d'un Pole de Compétitivité en Poitou-Charentes, ce qui n'était pas évident. Elle est aussi la seule parmi les candidats potentiels à la présidence de la République à avoir cette expérience de la gestion et de l'animation d'une grande unité territoriale. Certains lui reprochent de ne pas avoir eu la charge d'un grand ministère, de ne pas avoir un projet de plan pour la France. En fait, elle s'y est préparée concrètement sur le terrain, en " faisant ", pendant que d'autres en sont encore au stade du discours idéologique.

Pierre

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M
 J'apprécie ce nouveau blog dont je salue la qualité. <br /> Permettez-moi de vous signaler un article  sur "Ségolène Royal et le renouvellement" sur le blog d'Initiative Européenne et Sociale (IES)aujourd'hui . <br /> http://initiativeeuropeenneetsociale.over-blog.com<br /> A vous. <br /> marc d'Héré
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