La réforme de la représentativité syndicale, laissée en jachère depuis 1950, introduit un changement profond des relations sociales (Le Monde, 26/07/08)

Publié le par François Alex

Quatorze mois après son élection, Nicolas Sarkozy a-t-il mis en oeuvre une politique en rupture avec le modèle social français ? La réponse mérite d'être nuancée, car plusieurs lectures du sarkozysme social sont possibles. L'adoption, le 23 juillet, de la loi "pour la rénovation de la démocratie sociale et la réforme du temps de travail" illustre l'ambivalence de la politique sociale du chef de l'Etat. Tant sur le fond que sur la méthode, le sarkozysme apparaît flexible.

La réforme de la représentativité syndicale, laissée en jachère par tous les précédents gouvernements depuis la fixation de ses règles, en 1950, introduit un changement profond des relations sociales. Les syndicats ont là le moyen de retrouver une légitimité perdue. La loi sur le service minimum dans les transports terrestres a donné satisfaction à l'électorat de droite sans mettre en cause le droit de grève. La modernisation du marché du travail amorce une "flexisécurité" qui fait la part plus belle, notamment sur la rupture du contrat de travail, à la flexibilité, mais elle résulte d'un accord entre le patronat et les syndicats.

L'ambivalence se retrouve sur les 35 heures. La loi sur le temps de travail ne signe pas formellement la mort des 35 heures, mais elle vide potentiellement les lois Aubry de leur substance. Sur les heures supplémentaires, la faculté de rendre le repos compensateur facultatif ou de porter jusqu'à 282 jours par an le temps de travail des cadres, le détricotage des 35 heures se poursuit. Mais la loi n'est pas d'application directe. Elle suppose des accords dans les entreprises, alors que la moitié d'entre elles sont sans syndicats.

La méthode de M. Sarkozy est tout aussi flexible. Il a su engager de nouvelles relations avec les syndicats, mais il a brisé la confiance esquissée avec la CGT et la CFDT en ne reprenant que partiellement leur accord avec le patronat. Cette déchirure risque de peser lourdement sur les prochains chantiers. L'autre limite du sarkozysme social est financière. Le président peut se flatter d'avoir appliqué rapidement son programme. Mais, avec des caisses vides, il se trouve obligé de baisser la voilure. On le voit sur le revenu de solidarité active (RSA), qui pourrait être renvoyé à 2010 pour ne pas être un revenu sans argent. Réformer, c'est aussi financer les réformes.

Article paru dans l'édition du 26.07.08
Edito du Monde

Sarkozysme flexible

LE MONDE | 25.07.08 | 13h24

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Publié dans SOCIAL SARKOZYSME

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