L'ex-socialiste va tenter une expérience assez inédite, en faisant travailler ensemble une équipe doublement mixte, mi-droite mi-gauche, mi-publique mi-privée (Le Monde, 20/05/2007)
Le tranfuge Besson prépare un cabinet de cohabitation
Paria du PS, transfuge pas tout à fait comme les autres à l'UMP, et pour la première fois membre d'un gouvernement : la tâche d'Eric Besson, nommé secrétaire d'Etat à la prospective et à l'évaluation des politiques publiques, n'apparaît pas des plus simples pour constituer un cabinet.
L'ex-socialiste va tenter une expérience assez inédite, en faisant travailler ensemble une équipe doublement mixte, mi-droite mi-gauche, mi-publique mi-privée. Ainsi, le directeur de cabinet de M. Besson sera UMP, et le responsable de la prospective, "un copain de gauche" encarté au PS.
Le premier est une vieille connaissance de la Drôme, département où M. Besson a été élu député en 1997, mais dont il préfère encore taire le nom. Membre de la direction d'une grande entreprise publique et familier des cabinets ministériels, l'appartenance à l'UMP de l'intéressé serait une garantie pour les relations avec les autres directeurs de cabinet des ministres du gouvernement Fillon.
"BEAUCOUP DE FÉLICITATIONS"
La venue du "copain" de gauche paraît moins sûre. Rejoindre M. Besson, c'est se fâcher avec sa famille politique qui n'a pas digéré le passage dans l'autre camp, en pleine campagne électorale, de son ancien responsable aux questions économiques. L'un de ses anciens amis, approché quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle, dit avoir décliné une offre : "Impossible", tranche-t-il.
"Je n'ai aucun problème, affirme M. Besson. Ma boîte mél est saturée d'offres de socialistes et d'UMP. J'ai des paquets de candidatures spontanées. Et j'ai reçu beaucoup, beaucoup de félicitations de députés socialistes..." Malgré sa rupture, l'homme dit qu'il se "sent toujours de gauche", décidé à défendre ses "valeurs". En gage de faisabilité, il cite la plate-forme politique de l'UMP mise au point pour les élections législatives et que, dit-il, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont fait "relire" à quelques centristes, Gilles de Robien, Hervé Morin et lui-même, pièces rapportées, comme on dit, de la famille.
M. Besson ne soutiendra aucun candidat aux législatives. Il ne se rendra pas dans son département de la Drôme, où la socialiste Anne-Marie Reme-Pic a dû prendre en catastrophe, au mois de mars, son relais dans la 2e circonscription.
Mais il y a bien, en réalité, un précédent : en 1958, le socialiste André Boulloche avait rejoint le gouvernement de Gaulle avant de faire partie, l'année suivante, de celui de Michel Debré, comme ministre de l'éducation nationale. Un désaccord sur l'enseignement privé avait mis fin à l'expérience onze mois plus tard.
LE MONDE | 19.05.07 | 12h55 • Mis à jour le 19.05.07 | 12h55
(photo) REUTERS/PHILIPPE WOJAZER
Eric Besson, secrétaire d'Etat à la prospective et à
l'évaluation des politiques publiques, le 18 mai 2007.