Pour Tony Blair, "sans un accord international, on ne peut rien faire", en référence au fait que les Etats-Unis ne sont pas signataires de l'accord de Kyoto (Le Monde, 10/05/2007)
Tony Blair fait sur YouTube le bilan de son action politique
Quelques semaines avant de quitter son poste de premier ministre, Tony Blair soigne sa sortie médiatique : sur un ton détendu, il a défendu son bilan en répondant aux questions des internautes de YouTube relayées par John O'Farrell, un chroniqueur caustique de la vie politique britannique, sur la chaîne du Parti travailliste, Labourvision. L'entretien a été découpé en six extraits, mis en ligne sur YouTube, deux par deux, mardi 24, mercredi 25 et jeudi 26 avril. Sur un ton badin, John O'Farrell présente l'événement comme une première dans l'histoire du Web, "ni Margaret Thatcher ni Winston Churchill" ne s'étant plié à l'exercice. Le débat s'oriente ensuite sur les réussites et les échecs de son mandat, les internautes insistant sur les disparités de richesse existant au sein de la population britannique ou sur le récent rapport de l'Unicef classant le Royaume-Uni en dernière position pour le bien-être des enfants.
Le ton change dans la seconde partie, consacrée à la guerre en Irak, l'un des "principaux événements de la décennie" pour les internautes participants, selon John O'Farrell. Tony Blair, qui considère qu'il est trop tôt pour porter un jugement sur ce qui s'est passé et se passe en Irak, continue de soutenir qu'il a pris "la bonne décision", même si les preuves de l'existence d'armes de destruction massive se sont révélées trompeuses. "J'ai déjà dit que nous devions présenter nos excuses pour le fait que l'information était mauvaise, mais je ne m'excuserai pas pour le fait d'avoir renversé Saddam."
John O'Farrell aborde ensuite la question de l'éducation, un thème présenté comme central par Tony Blair avant même son élection. "Considérez-vous avoir apporté des améliorations significatives ?" demande-t-il au premier ministre. "Oui", affirme le premier ministre après un temps de réflexion, prenant pour exemple l'augmentation sensible du taux de réussite au "CSE", l'équivalent du BEPC français. Il justifie ensuite le prix élevé de l'entrée à l'université par le nombre toujours plus élevé d'étudiants accédant à ce niveau d'études, ajoutant que les aides pour les plus pauvres sont aussi plus nombreuses.
Tony Blair revient par ailleurs sur la question de la santé, un des domaines, avec l'éducation, où son gouvernement a fait ses plus gros investissements et d'importantes réformes. Il reconnaît que ces dernières font l'objet de nombreuses critiques de la part des personnels de santé. "Mais le patient aujourd'hui a plus de pouvoir, plus de choix", explique-t-il, fier de s'être attelé à ce qui, selon lui, était le principal problème lors de son arrivée au pouvoir en 1997 : les délais d'attente pour une opération. "Si nous menons nos réformes à bien, à la fin de l'année, il y aura huit semaines maximum entre le premier rendez-vous chez legénéraliste et l'opération."
La cinquième partie de l'entretien aborde le statut de l'Ecosse, une question d'actualité puisque les Ecossais se rendent aux urnes jeudi 3 mai pour renouveler leur Parlement. Ce scrutin pourrait s'avérer déterminant : le Parti national écossais (SNP) est en tête des sondages, et son candidat a promis un référendum sur l'indépendance en cas d'élection. Dans la vidéo, Tony Blair défend son bilan, dont la création d'un Parlement écossais autonome, qui gère les domaines de l'éducation, de la santé ou du logement. "Pourquoi" devenir indépendante, interroge-t-il, puisque "l'Ecosse va bien". Répondant ensuite à des questions sur l'immigration, il plaide pour une politique combinant une meilleure reconnaissance des bénéfices apportés par l'immigration au pays, et un contrôle plus strict des immigrés.
Enfin, l'entretien se conclut autour de la question du changement climatique. Pour Tony Blair, "sans un accord international, on ne peut rien faire", en référence au fait que les Etats-Unis ne sont pas signataires de l'accord de Kyoto sur le réchauffement climatique. "Le seul moyen de décider les Etats-Unis à signer un nouvel accord, et je crois que c'est possible" explique-t-il, est de faire signer également la Chine et l'Inde. Il compte pour ça sur le résultat de discussions entre les pays du G8, la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud. Enfin John O'Farrell lui demande s'il pense qu'il a su utiliser au mieux les atouts qu'il avait en main pendant ces dix années au pouvoir. "Quand vous faites ce métier, vous devez vous rendre compte (...) qu'il y a des choses que vous auriez pu mieux faire et c'est dans la nature de ce travail, mais je crois qu'à la fin, c'est le peuple qui est le meilleur juge."
Un sondage commandé par The Observer révèle que 58 % des Britanniques estiment que la Grande-Bretagne n'est pas un pays plus heureux qu'en 1997. 69 % jugent même qu'il est devenu plus dangereux, la guerre en Irak étant présentée comme le plus grave échec de Tony Blair.
Aline Leclerc
LEMONDE.FR | 24.04.07 | 20h05 • Mis à jour le 02.05.07 | 19h37
