Le fait qu'il y ait un parti du centre n'exonère pas le PS de sa nécessaire modernisation. (Jean-Marie Bockel, Le Figaro, 26/04/2007)

Publié le par François Alex

 

Jean-Marie Bockel : "Il ne faut pas diaboliser Nicolas Sarkozy"

Propos recueillis par YOLANDE BALDEWECK.

Publié le 26 avril 2007
Actualisé le 26 avril 2007 : 07h43

Le sénateur maire PS de Mulhouse, ancien ministre de Laurent Fabius, souhaite « sortir d'un climat de guerre civile larvée ».

 

 
LE FIGARO. - À gauche, certains appellent à un vote « tout sauf Sarkozy ». Qu'en pensez-vous ?
 
Jean-Marie BOCKEL. - Naturellement, je soutiens Ségolène Royal, son courage, son audace, sa volonté de modernisation. J'exprime un vote de soutien et non pas un vote de rejet. Je ne m'inscris pas dans une démarche « tout sauf Sarkozy ». Il ne faut pas diaboliser Nicolas Sarkozy, pas plus qu'il ne faille discréditer Ségolène Royal.
 
 
 
Le Pen a constitué un danger pour notre pays, mais pas Ségolène Royal, pas François Bayrou et pas Nicolas Sarkozy. Que le vote en faveur de l'extrême droite ait baissé est une bonne chose, mais je rejette l'idée d'une lepénisation des esprits. Je me rends compte dans ma ville, où le recul de Le Pen est spectaculaire, que c'est le contraire. D'ailleurs, aussi bien Sarkozy que Royal et Bayrou ont progressé chez nous.
 

 
Comment voyez-vous le second tour ?
 
Nous avons un face-à-face entre deux démocrates capables de gouverner la France. Lui n'est pas un autoritaire, elle n'est pas une incompétente. Avec ces deux candidats de haut niveau, toutes les conditions sont réunies pour qu'il y ait un débat de qualité entre les deux tours qui rendra possible, après le 6 mai, des convergences sur des questions essentielles pour le redressement de la France, comme la crise des banlieues, le modèle social, la croissance économique. Nous devons sortir d'un débat caricatural, d'un discours limité à la pêche aux voix, d'un climat de guerre civile larvée qui insulteraient l'avenir alors qu'il existe des sujets de vraie différenciation et d'éventuels points d'accord sur lesquels on peut débattre sans tabou. Le deuxième tour doit être celui du parler vrai.
 

 
Approuvez-vous la proposition d'ouverture de Ségolène Royal à François Bayrou ?
 
C'est bien d'essayer. Cela permettra à la candidate de mieux se faire entendre des centristes même si Bayrou n'y donne pas suite. En même temps, Ségolène Royal doit s'engager dans une démarche de modernisation accélérée, non pas du projet socialiste qui est dépassé, mais du « pacte présidentiel » sur cette ligne social-libérale qu'avec quelques amis j'incarne et qui devrait à présent se faire mieux entendre. Elle peut le faire, tout en rassemblant l'ensemble de la gauche. Je verrais bien pour demain ou après-demain un grand discours fondateur sur le socialisme du XXIe siècle, qui pourra constituer le déclic pour les électeurs centristes. Je suis prêt à contribuer à cette démarche si on me le demande.
 

 
Sur les questions de société aussi, elle doit clarifier son discours, le « pacte présidentiel » allant déjà dans la bonne direction. Ce sera plus efficace que la diabolisation par certains des propositions de Sarkozy. Après le 6 mai, ce sera pour le PS l'heure de vérité et toutes les avancées qui auront été faites avant faciliteront la démarche d'après. Il me paraît souhaitable que les deux grands partis, le PS et l'UMP, jouent pleinement leurs rôles. Le fait qu'il y ait un parti du centre n'exonère pas le PS de sa nécessaire modernisation.
 

 
Vous êtes de ceux qui se sont exprimés devant le club Diagonale, qui regroupe des « sarkozystes de gauche ».
 
Ma démarche au sein de ma famille politique est claire. Je n'ai pas suivi Michel Rocard dans son appel aux centristes avant le premier tour pour ne pas affaiblir Royal. De toute ma vie d'élu, j'ai été en capacité de dialoguer, à la fois avec ma propre famille politique même en acceptant d'être minoritaire, et avec l'autre bord. Je n'ai pas toujours été compris. Je garderai la liberté de dialoguer avec ma famille politique, mais également avec François Bayrou et avec Nicolas Sarkozy. Ce que j'ai fait hier, je le ferai demain.
 

Publié dans BIG BANG

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