Figures de campagne

Publié le par François Alex

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VIE POLITIQUE - ELECTIONS 2007 - 


FRANÇOIS EWALD

Figures de campagne [ 23/01/07 ]

A quelque quatre-vingt-dix jours de l'élection présidentielle, et sans préjuger de ce qui pourra advenir, on peut d'ores et déjà repérer quelques motifs qui marquent cette campagne et qui feront l'actualité politique dans la période qui s'ouvre. Il ne s'agit pas des mesures que les uns ou les autres peuvent proposer, comme en matière de fiscalité, et dont on sait combien ils peuvent lier les candidats une fois confrontés à la réalité du pouvoir, mais plutôt d'inflexions dans la manière dont se posent les problèmes politiques.

Le premier motif est l'apanage de Ségolène Royal. Elle tient dans la manière dont elle a su s'emparer du thème et des techniques de la démocratie participative pour à la fois contourner le Parti socialiste et en obtenir l'investiture. On peut noter qu'elle n'a réussi que pour avoir apporté la preuve qu'elle était une femme libre eu égard aux dogmes du parti. Les conséquences de la manoeuvre sont importantes. Il en va du rôle des partis politiques. Le parti peut élaborer, douloureusement, ses propositions, de fait la candidate ne se sent guère liée et remet l'ouvrage sur le métier d'une démocratie participative et décentralisée. On ne sait pas encore ce que sera le programme de Ségolène Royal, on sait seulement qu'elle fait le pari d'une campagne où la politique se définirait comme un travail de la population sur elle-même et non comme la proposition d'un programme octroyé en quelque sorte par en haut. La rupture proposée par Ségolène Royal est moins d'ordre dogmatique que pratique, dans la manière de faire de la politique.

De ce point de vue, la différence avec la candidature de Nicolas Sarkozy est notable. Sa campagne est classique. Il a son programme, qui est en même temps celui de son parti, et qu'il propose au vote des Français. On reste dans une logique « top-down ». Dans les deux cas, il peut y avoir des cafouillages. Nicolas Sarkozy a connu sa période blanche qu'il a su retourner grâce au succès du congrès de son d'investiture, au moment ou Ségolène Royal connaît la sienne pour des raisons qui tiennent à la méthode qu'elle a choisie. Le « temps de l'écoute », comme elle dit, et des débats participatifs, est une étape qui n'est pas faite pour intéresser les médias. Le résultat de l'élection, la victoire de l'un ou de l'autre ne sera pas sans effet sur la manière de pratiquer la politique à l'avenir.

Le deuxième acquis de cette campagne tient dans le coup de force réalisé par Nicolas Hulot. Utilisant habilement le thème du réchauffement climatique, il a réussi à imposer son « pacte écologique » à tous les candidats, un pacte selon lequel ils s'engagent à mettre leur propre programme derrière le sien. L'écologie du « pacte écologique » est assez différente de celle que défendaient les Verts, qui voulaient avoir réponse à tout. L'écologie de Nicolas Hulot n'est pas tant une politique qu'une morale. Il veut changer nos modes de vie. Il veut une société frugale, une « société de modération ».

De fait, l'opération a brusquement fait vieillir les Verts et leur parti. L'écologie plébiscitée à travers Nicolas Hulot est une morale qui peut être universelle et qui se détruit à devenir partisane. Il n'y a donc plus guère de place pour un parti écologique, puisque l'écologie doit désormais imprégner tous les programmes de tous les partis. Mais si Nicolas Hulot a brusquement ringardisé les écologistes, son problème reste qu'il n'existe que comme pouvoir moral. Il est un peu comme le pape. Nicolas Hulot, combien de divisions ?

Troisième dimension de ce début de campagne : le retour du thème national. Il est remarquable que Ségolène Royal aussi bien que Nicolas Sarkozy aient cru nécessaire de centrer leurs discours d'investiture sur la France, la France, qui doit « reprendre conscience d'elle-même » (Ségolène Royal), « la France comme pays, la France comme nation, la France comme patrie » (Nicolas Sarkozy). L'horizon européen, la mondialisation avaient créé une difficulté concernant le territoire politique pertinent. Soit il fallait penser qu'il serait celui d'un espace plus large que la nation ou que la politique n'avait plus à se définir par un territoire parce qu'il n'y serait plus question que de problèmes économiques ou sociaux, des problèmes d'individus seulement soucieux de leur bien-être, de leur quotidien. Au rebours de ces pronostics, la France fait retour, la communauté nationale semble à nouveau devoir être investie comme le vrai lieu de la politique. Point de salut en dehors de la nation, vrai lieu des solidarités.

Trois thèmes se dégagent donc : la démocratie (qui doit être réinventée à partir des techniques de la démocratie directe), une morale (qui se formule désormais à partir d'une responsabilité environnementale), la nation (comme véritable espace de la politique). Si tous ces thèmes sont importants, on peut craindre qu'ils ne confortent le mouvement de repli qui a fait le « non » au référendum européen. Démocratie directe, morale de la nature, recherche de la proximité nationale, on a là trois motifs principaux du néo-rousseauisme qui continue de dominer la France d'aujourd'hui.

On peut aussi penser que le néo-rousseauisme ne domine le débat politique que par défaut, tant qu'on n'aura pas expliqué comment la France et les Français peuvent tirer avantage de la mondialisation. Il reste quatre-vingt-dix jours pour trouver la solution de l'équation.

Mardi 23 janvier 2007

FRANÇOIS EWALD est président du conseil scientifique et d'évaluation de la Fondation pour l'innovation politique

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juliana 23/01/2007 23:43

j'ai vu le même article sur le site suivanthttp://s6.bitefight.fr/c.php?uid=58226