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Devant la grogne populaire, le CPE, dans la forme voulue par le Premier ministre, est mort et enterré. Plusieurs questions peuvent se poser après la mobilisation qu'il a suscitée. Le marché du travail est-il trop figé ? La flexibilité est-elle synonyme de précarité ? Le modèle social français est-il réformable et si oui, faut-il s'inspirer de l'exemple de nos voisins ?
A quelque chose malheur est bon : c'est l'occasion, aujourd'hui, de nouer un vrai dialogue social. Encore faut-il que les parties en présence le veuillent vraiment.
1 Les Français sont-ils allergiques à la flexibilité?
C’est une spécificité hexagonale, la flexibilité est vampirisée par le débat idéologique. Mais les jeunes ne la craignent pas forcément. Ce qu’ils redoutent avant tout c’est la précarité et la difficulté de s’insérer dans la société. Or les anti-CPE l’ont claironné: la flexibilité est synonyme de précarité. Cette démarche, qui occulte en grande partie la réalité du marché du travail, est décriée par Bernard Brunhes, (groupe BPI de consultant). Il explique: «Le marché n’est pas aussi figé qu’on le dit. Les CDI n’empêchent pas les licenciements économiques et les jeunes sont abonnés depuis longtemps aux CDD et aux stages». Quant à Laurence Parisot, présidente du Medef, elle relativise: «Le débat sur la flexibilité dans le travail est au moins ouvert».
2 Quelles réponses à la crise?
Pour certains, la réponse à la crise, c'est le contrat unique. Inspiré du modèle danois, il fixerait dès l'embauche les indemnités de sortie contre la possibilité pour les patrons de mettre fin à un contrat de travail. Garantie financière pouvant être accompagnée d’une garantie de formation. Autre piste avancée par l’association "Croissance plus": «Si une entreprise veut plus de flexibilité, on lui augmente ses charges Unedic.»
3 Faut-il brûler le modèle français?
La mobilisation à la moindre réforme du «modèle social français» est récurrente. Face au conservatisme hexagonal, ce système est perçu à l’étranger comme injuste, coûteux et inefficace. Dans "Faut-il brûler le modèle français", Dominique Meda, sociologue, fustige un système privilégiant la valeur d’échange plutôt que la valeur d’usage. Elle propose de s’appuyer sur la dynamique du marché pour promouvoir plus d’égalité et une meilleure sécurité pour tous.
4 La jeunesse est-elle sacrifiée?
Deux jeunesses s’opposent aujourd'hui. L'une, étudiante et lycéenne, est soucieuse d'intégration dans la société. Elle s'est engagée politiquement pour refuser précarité et flexibilité qui lui semblaient incarnées par le CPE. L’autre, déjà sur une voie professionnalisante, entend bien trouver sa place sur le marché de l'emploi. Plus pragmatique, elle est déjà entrée dans la ronde des stages, CDD et intérim et s’accommode d’un monde du travail déréglementé «Ils sont prêts a se bouger, ils veulent montrer ce qu’ils savent faire» témoigne Jean-Daniel Lévy, analyste au CSA.
Au final, c’est plus le fonctionnement du système éducatif, et celui de l’université, qui se pose pour une jeunesse, incapable de se projeter sur le marché du travail où le salarié doit être avant tout rentable.
Dossier Florent PEREZ
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