Le social sarkozysme se résume en une formule, la «valorisation du travail» (Monde, 22/06/07)

Publié le par François Alex

A la limite, François Fillon pourrait s'affranchir de l'obligation de prononcer, à l'ouverture de la session parlementaire, un discours de politique générale. Nicolas Sarkozy l'a fait pour lui. Mercredi 20 juin, d'abord devant les parlementaires de la majorité puis lors de sa première intervention présidentielle sur TF1, le chef de l'Etat, plus imperator que jamais, a détaillé les priorités de son action. « Tout ce que j'ai promis de réformer, je le réformerai », a-t-il martelé. Omniprésent, - au point de participer au prochain conseil européen des ministres de l'économie ! -, il a fait du travail l'objectif cardinal de toutes les politiques publiques. 

Le social-sarkozysme se résume en une formule, la « valorisation du travail ». A cet égard, l'avant-projet de loi-cadre sur le service minimum dans les transports, présenté jeudi 21 juin par Xavier Bertrand, ministre du travail, aux partenaires sociaux, est très éclairant sur les finalités et les méthodes de cette démarche. Le texte entend à la fois appeler à des négociations sur l'anticipation des conflits - selon des procédures d'« alarme sociale » déjà expérimentées - et organiser un service public en cas de grève. Les agents grévistes devront prévenir « deux jours avant » de leur volonté de faire grève, et ils pourront être remplacés, a précisé le chef de l'Etat, par « des salariés non grévistes ».

M. Sarkozy joue sur du velours. Serpent de mer du débat social depuis plus de vingt ans, le service minimum figurait en bonne place parmi les promesses de campagne du candidat. L'idée est plébiscitée, sondage après sondage, par une large majorité des Français. M. Sarkozy, qui veut réduire le droit de nuisance et de blocage des syndicats pour mener à bien, au nom de la « valorisation du travail », certaines réformes, comme sur les régimes spéciaux de retraite, va plus loin. Nonobstant le fait que le droit de grève est un droit individuel inscrit dans la Constitution, il reprend son idée - d'abord mise de côté pour ne pas braquer les syndicats - d'imposer un vote à bulletins secrets pour déterminer, « au bout de huit jours d'un conflit », s'il y a ou non une majorité pour cesser le travail.

Sa méthode affichée est celle de la concertation - prévue par la loi du 31 janvier 2007 -, mais au pas de course et avec une obligation de résultats, celle de parvenir à un consensus sur les orientations qu'il a lui-même fixées. Sans surprise, la CGT gronde. Mais même les syndicats modérés s'alarment, la CFE-CGC redoutant une « mascarade de concertation » et la CFTC craignant que cette attitude ne « réveille les crispations » sur le service minimum. Le président entend ne pas « renier » son programme. Très bien. Mais il prend un risque : imposer le social-sarkozysme à la hussarde et contraindre des syndicalistes français qui auraient bien davantage besoin d'être convaincus et renforcés.

Social-sarkozysme

Article paru dans l'édition du 22.06.07

Publié dans SOCIAL SARKOZYSME

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article