Aujourd'hui, comme Ségolène Royal n'est plus victimisée, elle se sent moins centrale (Figaro, 10/07/08)

Publié le par François Alex

L'ancienne candidate à l'Élysée est coutumière d'accès de colère très calibrés contre Nicolas Sarkozy.

Cela fait trois jours que l'appartement de Ségolène Royal a été cambriolé. En ce lundi de la fin juin, l'ex-candidate à l'élection présidentielle reçoit quelques journalistes dans ses locaux parisiens du boulevard Raspail. Officiellement, il s'agit de présenter son dernier livre, Si la gauche veut des idées, écrit avec le sociologue Alain Touraine. Officieusement, c'est aussi l'occasion d'un échange informel sur la préparation du congrès de Reims en novembre où les socialistes doivent se choisir un nouveau chef. Et puis aussi de parler de ce cambriolage, perpétré la veille de la présentation de sa contribution à la Maison de la chimie à Paris.

Ségolène Royal assure ne pas vouloir s'étaler sur le sujet. Mais se montre tout de même très prolixe, décrivant dans les moindres détails, jusqu'aux plus choquants, l'état dans lequel elle a retrouvé son appartement. Des bijoux de sa fille posés en évidence sur un lit. Un Palm Pilot sorti de son rangement et posé lui aussi bien en évidence dans l'appartement. Et surtout, déchirées et posées sur un meuble, les minutes du procès-verbal de sa précédente plainte pour un précédent cambriolage, pendant la campagne présidentielle. Une mise en scène «glauque» destinée, selon elle, à l'intimider : «Ils auraient voulu me faire comprendre qu'ils pouvaient entrer chez moi quand ils veulent et comme ils veulent qu'ils ne s'y seraient pas pris autrement», assure-t-elle. «Ils» : Ségolène Royal évoque alors une «officine privée», sans plus de détails. Depuis mardi soir et son intervention sur France 2, elle met implicitement en cause «le clan Sarkozy».

Provocation ? Bourde ? Ségolène Royal est coutumière des deux. En prenant connaissance, mercredi soir, des déclarations de l'ancienne candidate, François Hollande, qui dînait avec Julien Dray et quelques proches, s'est montré atterré mais pas surpris. «Elle ne fait pas de la politique comme nous», a-t-il coutume de dire à ceux qui s'inquiètent auprès de lui des prises de position de la présidente de la Région Poitou-Charentes. C'est la méthode Royal. Celle qu'elle applique depuis les primaires socialistes de 2006. Celle qu'elle applique aujourd'hui pour tenter de s'emparer de ce parti dont elle ne supporte pas le mode de fonctionnement.

 

S'installer dans le rôle de première opposante

 

Ces provocations lui permettent, le temps d'une polémique, de se placer au centre du jeu et de faire entendre une voix qu'elle veut entièrement consacrée à lutter contre le pouvoir sarkozyste. La semaine dernière encore, à contre-courant du consensus national, elle contestait au chef de l'État le moindre rôle dans la libération d'Ingrid Betancourt. Tollé général, jusque dans les rangs du PS.

Quant à ses fameuses bourdes, lorsqu'elles lui attirent des commentaires grinçants de la part de la majorité ou de son propre camp, elles contribuent à la victimiser, ce qui n'est pas forcément pour lui déplaire. Pendant la campagne présidentielle, elle avait beaucoup joué sur cette corde. Comme par exemple après ses propos sur «la rapidité» de la justice chinoise, lorsque les réactions agacées des socialistes avaient contribué à façonner son image de «seule contre tous» dans le parti.

Dans quelle catégorie ranger ses commentaires sur la «coïncidence» entre la «mise à sac» de son appartement et ses attaques contre le «clan Sarkozy» ? À l'évidence, le propos était réfléchi. Dans la même veine que la «saine colère» poussée contre Nicolas Sarkozy pendant le duel télévisé de l'entre-deux-tours. Interrogé il y a une semaine sur RTL à propos du cambriolage, l'avocat de Ségolène Royal, Jean-Pierre Mignard, évoquait déjà la possibilité d'un «fait politique».

C'est avec les élections municipales que Ségolène Royal est entrée de plain-pied dans la course à la succession de François Hollande à la tête du PS. Avec un leitmotiv : dénoncer, dénoncer et dénoncer encore la politique de Nicolas Sarkozy. Et un objectif : s'installer dans le rôle de première opposante au chef de l'État. «Ségolène Royal n'est pas un citoyen lambda. C'est le principal leader de l'opposition en France. Elle a la voix qui porte le plus fort», plaide dans son équipe politique la députée Aurélie Filippetti.

Il est vrai que la présidente de la Région Poitou-Charentes ne s'est pas montrée avare de formules assassines à l'encontre du chef de l'État. «Le roi s'amuse», lâche-t-elle alors que Nicolas Sarkozy traverse sa période bling-bling. On dirait un «mélange inquiétant de Silvio Berlusconi et de Doc Gyneco, avec une montre de 50 000 euros au poignet», ironise-t-elle en présentant sa contribution. Nicolas Sarkozy «vit dans un autre monde où l'argent n'a pas d'importance puisqu'il croule sous l'argent», lance-t-elle après les propos du président sur l'impact réduit des grèves en France. Des attaques ciblées, violentes et volontairement provocatrices.

Mais au PS, tout le monde n'a pas envie de la laisser s'installer dans ce rôle d'opposante en chef. Dans la perspective du congrès de Reims, beaucoup ont en tout cas essayé de s'en emparer. En écrivant des livres, en tenant des discours enflammés lors de meetings, en attaquant systématiquement la moindre prise de parole de Nicolas Sarkozy. Pourtant, et de l'aveu même de nombreux cadres du parti, personne n'a encore vraiment réussi à endosser le costume.

Dans cette quête, Ségolène Royal a perdu un atout. Ses détracteurs ayant compris le bénéfice qu'elle pouvait retirer des attaques portées contre elle, tous s'appliquent désormais à ne pas la faire apparaître en victime. «Aujourd'hui, comme Ségolène Royal n'est plus victimisée, elle se sent moins centrale. Et l'on voit bien qu'elle est à nouveau dans cette espèce d'état d'esprit où il faut absolument qu'elle soit attaquée pour exister», s'agace le fabiusien Claude Bartolone qui avait notamment dirigé la communication de la candidate pendant la campagne présidentielle.

 

Ses ennemis au PS ne veulent plus l'attaquer

 

Martine Aubry qui, en privé, n'a pas de mots assez durs contre Ségolène Royal, s'interdit de formuler la moindre critique en public. Lorsque le groupe des «Reconstructeurs» s'est réuni début juin, les animateurs de la journée se sont appliqués à étouffer très vite les huées et sifflets qui montaient dans la salle à l'évocation de Ségolène Royal. Ce groupe qui essaye de rapprocher les courants fabiusien, strauss-kahnien et aubryste avait très vite identifié le risque d'apparaître comme un front anti-Royal. «Il ne faut pas créer l'impression d'un cartel des non», expliquait alors à la tribune Pierre Moscovici.

Il faut croire que la consigne a été respectée, et même au-delà du groupe des «Reconstructeurs». Car rarement les ennemis de Ségolène Royal l'auront aussi peu attaquée qu'en cette période de préparation de congrès. Au point de la gêner. Ses propos sur le cambriolage lui ont en tout cas permis de jouer à front renversé. Ses détracteurs ne voulant plus l'attaquer, elle s'est soumise par ses déclarations au feu nourri de la majorité dont les principaux membres ont rivalisé de déclarations assassines à son encontre.

Résultat, au PS, tout le monde, ou presque, a volé à son secours. Le presque, ce sont ses rivaux déclarés qui ont observé mercredi un silence assourdissant, alors que la polémique battait son plein. Bertrand Delanoë et Martine Aubry n'ont pas fait de commentaire. Laurent Fabius a prudemment refusé d'«entrer dans la polémique». Mais comment faire autrement ? Au-delà des circonvolutions de l'attaque de Ségolène Royal, il reste une accusation, lourde, proférée sans la moindre preuve, à l'encontre de Nicolas Sarkozy ou de son «clan» : celle d'avoir fait mettre à sac son appartement pour l'intimider.

Ségolène Royal ou la stratégie de la provocation

Par François-Xavier Bourmaud
10/07/2008 | Mise à jour : 11:29 |
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Publié dans ROYAL GATE

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