Beaucoup d’entre nous pensent que notre devoir est de voter non à tous les projets gouvernementaux (Jack Lang, Libération, 21/07/08)

Publié le par François Alex

Vous vous abstiendrez, donc…

Je voterai le texte. Avant d’arrêter ma décision, je me suis entretenu avec Jean-Marc Ayrault [président du groupe PS à l’Assemblée nationale, ndlr] et mes amis du Pas-de-Calais, notamment Serge Janquin et Frédéric Cuvillier [respectivement patron de la fédération PS du Pas-de-Calais et député-maire de Boulogne].

Votre vote ne risque-t-il pas d’apparaître comme une rupture avec le Parti socialiste ?

Deux conceptions de la politique se sont à ce sujet affrontées au sein de notre parti. Beaucoup d’entre nous pensent que notre devoir est de voter non à tous les projets gouvernementaux. Cette logique franche et nette a le mérite de la clarté. Je la respecte.

Mon sentiment est autre. Par leur nature, certains textes - notamment les textes constitutionnels - peuvent justifier un vote concordant de l’ensemble des formations politiques. Cette conception est celle de nos amis des autres démocraties européennes. Au demeurant, gauche et droite ont adopté ensemble les réformes constitutionnelles proposées par Lionel Jospin sur la parité politique et sur la réduction à cinq ans du mandat présidentiel. De même, la loi proposée par Jacques Chirac sur la laïcité a été approuvée à l’unanimité par le Parlement. Le projet soumis au Congrès de Versailles comprend cinquante propositions qui, toutes, marquent une avancée positive et parfois plus audacieuse que ne l’était le projet socialiste de juin 2006.

Cela est-il suffisant pour approuver le projet de loi ?

Beaucoup des nouveautés viennent de la gauche elle-même : la saisine du Conseil constitutionnel par les citoyens (François Mitterrand en rêvait), la création d’un défenseur des droits du citoyen (souhaitée en 1996 par Lionel Jospin), le retrait du président de la République du Conseil supérieur de la magistrature (proposé par notre convention sur les acteurs de la démocratie, en 1996), le renforcement des droits de l’opposition réclamé par nos députés à la commission des lois de l’Assemblée nationale, comme l’égalité du temps de parole entre opposition et majorité, le caractère public des travaux des commissions, l’extension des questions d’actualité aux sessions extraordinaires, la création de commissions d’enquête à la diligence de l’opposition, l’autorisation du Parlement aux opérations militaires extérieures, le référendum d’initiative populaire.

Des droits nouveaux pour lesquels nous nous sommes toujours battus sont consacrés par le texte : égalité professionnelle et sociale entre les hommes et les femmes, protection des langues régionales, pluralisme et indépendance des médias.

Tout est bon, alors, dans ce texte…

Il comporte des lacunes auxquelles, en quinze ans de pouvoir, nous n’avons jamais su porter remède. Je songe à l’absence du droit de vote des étrangers aux élections locales, au refus de changer le mode de scrutin du Sénat, au maintien du cumul des mandats ou à l’irresponsabilité illimitée du chef de l’Etat. Il nous faudra rouvrir un jour le chantier et transformer profondément notre régime politique.

Malgré ces manques, vous voterez donc le projet ?

En mon âme et conscience, je ne peux m’opposer à des mesures dont je suis l’un des coauteurs. Ce serait un reniement de ma vie d’intellectuel. J’apprécie que François Hollande me donne acte de ma cohérence. Je reste fidèle aux enseignements de Pierre Mendès France, dont j’ai été l’un des amis : toujours respecter son idéal de gauche, sans, à aucun moment, sacrifier l’impératif d’honnêteté intellectuelle. Je crois avoir toujours servi sans la moindre faille la cause du socialisme dès mes premiers engagements militants, à l’âge de 15 ans.

Ne craignez-vous pas des mesures de rétorsion de la part de vos amis ?

L’intimidation que certains auraient tentée à mon encontre n’aurait fait que renforcer ma conviction. Ne mélangeons pas le circonstanciel et le durable : Nicolas Sarkozy aura depuis longtemps quitté l’Elysée que cette Constitution continuera à s’appliquer. Léguons à nos successeurs des institutions un peu plus démocratiques.

Seriez-vous devenu sarkozyste ?

Moins que jamais. Je suis un opposant déterminé. C’est sur d’autres fronts que nous devons mener, sans merci, combat contre la politique gouvernementale : l’éducation, la santé, l’économie, l’immigration… J’y suis en première ligne.

photo: Le socialiste Jack Lang, aux côtés de Nicolas Sarkozy, à l'Elysée, le 18 juillet 2007 (Reuters).

Jack Lang: «Je voterai le texte, j’en suis coauteur»

Jack Lang, député PS et vice-président de la commission sur les institutions à l’origine de la réforme, explique à Libération pourquoi il vote aujourd'hui pour la réforme constitutionnelle.
Recueilli par PASCAL VIROT
QUOTIDIEN : lundi 21 juillet 2008


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/340046.FR.php

© Libération

Publié dans INSTITUTIONS

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